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Lumière Nocturne Amy Blankenship Les Liens Du Sang #2 Steven Wilder avait succombé à cette tentatrice au coup de batte facile de bien d'autres manières qu'en tombant simplement au sol... il voulait la garder à ses côtés. Apprendre qu'elle était promise à un mafieux suffit à le pousser à la kidnapper et à en faire sa compagne… pour sa propre protection, bien entendu. Tout le monde dit qu'il y a deux chemins dans la vie, mais pour Jewel Scott, les deux paraissent tout aussi dangereux. L'un mène à Anthony, un loup-garou meurtrier et psychopathe, qui est également à la tête de la mafia de la ville, et son fiancé… contre sa propre volonté. L'autre chemin mène à Steven, un couguar-garou qu'elle a tenté d'assommer à coups de batte de base-ball  à leur première rencontre. Il avait riposté en la kidnappant et en faisant d'elle sa compagne. Steven Wilder avait succombé à cette tentatrice au coup de batte facile de bien d'autres manières qu'en tombant simplement au sol... il voulait la garder à ses côtés. Apprendre qu'elle était promise à un mafieux suffit à le pousser à la kidnapper et à en faire sa compagne… pour sa propre protection, bien entendu. Anthony Valachi était obsédé par Jewel quand elle n'était encore qu'une enfant et, selon la loi du plus fort, il avait fait en sorte qu'elle devienne sa fiancée. Si quiconque pensait pouvoir la lui enlever, il avait tort… mortellement tort. Lumière nocturne Les Liens du Sang-Livre 2 Translated by Louise Le Bars Copyright © 2012 Amy Blankenship English Edition Published by Amy Blankenship French Edition Published by TEKTIME All rights reserved. ISBN: ISBN-13 Chapitre 1 Quinn Wilder parcourut le bureau de Warren du regard, en se demandant si la découverte de l'auteur des meurtres était une bonne ou une mauvaise chose. L'essentiel de la dispute était passé… du moins l'espérait-il. Il jeta un coup d’œil à Kane, maintenant que le vampire avait le dos tourné à la pièce. Kane n'avait pas tenté de se défendre... Michael l'avait très bien fait pour lui. Il aurait dû être furieux contre le vampire aux cheveux blonds et aurait dû s'excuser en même temps, mais pour le moment, tout ce que Kane lui inspirait était une peur inhabituelle et, en tant que prédateur, il n'aimait guère cette sensation. Kane esquissa un petit sourire narquois en regardant par la fenêtre. Il avait vraiment besoin de baisser le volume, après avoir entendu les pensées des uns et des autres. Alors comme ça, les jaguars et couguars étaient de nouveau réunis... en une bonne vieille alliance. Qu'est-ce qu’ils voulaient qu'il fasse, une danse de la joie ? Eh bien non, il n'était pas d'humeur. « Les vampires sans âme nous dépasse en nombre, en moyenne dix vampires pour un métamorphe. Si mes souvenirs sont exacts, Devon a toujours été un sacré bagarreur. Peut-être devrions-nous l'appeler et le faire revenir ici pour nous venir en aide ? intervint Steven à son tour. Au rythme où l'armée de vampires s’accroît, cette bataille est perdue d'avance pour nous. Si nous ne mettons pas sur pied une armée à nous, alors nous pourrions aussi bien commencer à faire nos bagages et à nous faire la malle. — Si les familles n'avaient pas rompu tout contact entre elles pendant tant d'années, tu saurais déjà que Devon est occupé en ce moment même à suivre sa compagne réticente de l'autre côté du globe, répondit Kat à Steven, bien qu'elle fixait Quinn d'un air irrité en prononçant ces paroles. — Sarcasme noté, lança Steven avec un grand sourire. Son grand frère avait mis les nerfs de Kat en pelote en la kidnappant, la dernière fois. En posant les yeux sur Quinn, il se demanda pourquoi son frère n'avait rien dit au sujet de Dean leur prêtant main forte contre les vampires qui rôdaient près du night-club. Avoir à leurs côtés un déchu leur donnait le droit de s'en vanter… et non de le cacher comme un secret honteux. Il avait entendu parler de l'autre déchu, qui avait contribué à retrouver la compagne de Devon et son amie, mais à présent qu'il était parti en compagnie de Devon et des deux demoiselles, Dean figurait actuellement comme leur seul atout. — Je suis pour l'idée de demander à Devon de rentrer, en espérant que le déchu... quel est son nom, déjà ? — Kriss, répondit Kat. — Si Kriss revient avec Devon, alors nous pourrons mieux considérer notre engagement dans cette guerre, parce que nous avons déjà à nos côtés un déchu disposé à nous aider, termina Steven. — Et comment allons-nous faire au juste pour les ramener ici ? demanda Quinn en lançant un regard à Warren. Tu sais comment se comportent les mâles de notre espèce lorsqu'ils trouvent une partenaire. Devon ne reviendra qu'en compagnie de sa promise. — J'ai quelque chose à te suggérer… Dis-lui la vérité, lâcha Kat avec humeur en soutenant le regard de Quinn quand il se tourna vers elle pour lui faire face. Elle haussa un sourcil à son adresse puis sourit avec satisfaction quand il finit par détourner ses yeux des siens. Quinn lui répondit mentalement par une grimace mais ne répliqua rien à voix haute. Kane sortit une cigarette de son étui et l'alluma avant de dire à son tour : « Si je puis me permettre, la demoiselle gagne un point. Si on veut que les chatons reviennent, il faut leur donner envie de revenir. — Bien sûr, dit Michael en tentant de détendre l'atmosphère qui régnait dans la pièce. Je poserai un bol de crème sur le pas de la porte de derrière et attendrai qu'ils se pointent avec un filet à papillons. Kane et Kat sourirent tous les deux en visionnant Michael assis dans l'ombre avec un filet à papillons dans les mains, à attendre que quelques chatons innocents viennent laper le bol de crème. — Kriss doit revenir, reconnut Kat en guise de conclusion. Je l'ai vu se battre et il est aussi redoutable qu'une bombe. Mais si je l'ai bien cerné, il ne rentrera pas sans Tabby. — Comment convaincre un déchu d'abandonner ses occupations et de choisir son camp dans une guerre ? demanda Steven. — Tu ne peux pas, affirma Michael. Les déchus sont rares. Les deux seuls que j'ai pu rencontrer sont Dean et Kriss, et crois-moi, tu ne veux pas les pousser à bout. Il regarda Quinn avant de continuer : — Y a-t-il la moindre chance que Dean puisse demander à Kriss d'écourter ses vacances ? » Plusieurs autres questions furent débattues entre les jaguars mais Kane sentit un frisson glacial lui parcourir la peau, qu'il refoula aussitôt. Il savait parfaitement de qui ils étaient en train de parler. Si Kriss revenait... Tabatha aussi. Tout le monde excepté Michael sursauta lorsque Kane fit brusquement volte-face pour les regarder. « La guerre a déjà commencé, alors quand vous aurez fini de vous réconcilier, peut-être pourrez-vous vous intéresser à la chasse », lança-t-il. Il ouvrit la fenêtre et sauta par-dessus bord, se contrefichant de savoir qu'ils étaient au deuxième étage. Son long imperméable noir flotta derrière lui, semblable à de sombres ailes, avant qu'il ne disparaisse complètement de leur champ de vision. Une fois Kane volatilisé, Michael leva les yeux au ciel face à la sortie dramatique de son ami, et s'approcha pour fermer la fenêtre. Tous les autres croyaient que Kane avait atterri sur la terre ferme mais lui savait qu'il les surplombait, du haut du toit. En vérité, cette rencontre se passait bien mieux que ne le pensait Michael. Michael se demanda si Kane se rendait vraiment compte des conséquences de son acte, lorsqu'il avait enfoui la pierre de sang au plus profond de sa chair. Quand il s'était mordu le poignet et avait laissé couler son propre sang au creux de la blessure de Kane, il l'avait fait pour deux très bonnes raisons. L'une d'entre elles avait été d'accélérer la guérison de la blessure faite par le poignard, mais la deuxième raison avait été purement égoïste. Maintenant que leurs deux sangs s'entrmêlaient dans les veines de Kane, il pouvait suivre les moindres mouvements de son ami. L'idée que Kane était en ville depuis un certain temps et qu'il n'en avait rien su le mettait encore en rogne. Il ne s'était même pas donné la peine de le rechercher parce qu'il croyait Kane mort. S'il avait retrouvé Kane un peu plus tôt… peut-être aurait-il pu mettre fin à cette pagaille avant que Kane ne perde tout contrôle de la situation. Mais maintenant qu'il avait offert son sang à Kane, ce mélange serait bien plus efficace qu'un dispositif de localisation. Si Kane décidait de s'enfuir... il n'irait pas bien loin. « Je ne comprends pas pourquoi Kane met aussi peu du sien à ce sujet, puisque c'est lui qui a provoqué l'explosion chez les vampires, dit Nick, toujours adossé contre la porte. Ça ne le gênait pas de mêler Michael à leurs débats, mais il pensait que compter sur Kane était une mauvaise idée. L'homme ne semblait pas vraiment du genre constant. — Tu es juste contrarié à l'idée que Kane ait choisi de ne pas être l'ennemi », précisa Warren bien que lui-même n'était pas vraiment ravi de la participation de Kane à leurs affaires. Mais il n'allait pas souligner le fait que Kane avait poussé Quinn à kidnapper sa sœur... pas avant qu'il ne soit vraiment convaincu que la résurrection du vampire fût en réalité une bonne idée. Michael commença à prendre fait et cause pour Kane, mais mais il risquait de piétiner bien trop de plates-bandes et il y avait assez de culpabilité en jeu. Il savait que Kane continuait de lui cacher quelque chose et il mourait d'envie de savoir de quoi il s'agissait avant que ce secret n'engloutisse son ami tout cru. Il espérait que Kane se réveillerait et réaliserait qu'il n'était plus seul désormais. D'un autre côté, Michael savait que Kane avait traversé une expérience telle qu'il ne serait jamais complètement capable d'en saisir l'horreur. S'il s'était retrouvé dans la même situation, Michael n'était pas sûr qu'il aurait gardé son sang-froid. Kane avait été trahi par l'un de ses meilleurs amis et condamné à un exil éternel sans presque aucun espoir d'évasion. Il plissa les yeux en regardant la fenêtre, réalisant soudain qu'il y avait une question qu'il avait complètement oublié de poser. Comment Kane était-il parvenu à s'extraire de sa tombe ? ***** Kane allait et venait sur le toit du Moon Dance, les poings campés sur les hanches. Il pouvait encore voir l'expression sur le visage de Kriss quand ce dernier l'avait lancé à travers l'entrepôt comme un simple déchet. Il n'était pas de taille à lutter contre le déchu... personne ne pouvait défier la puissance que ces êtres avaient en eux. Même s'ils appelaient Kriss en renfort, et que Tabatha revenait avec lui, Kane savait que Kriss n'aurait aucunement l'intention de la partager. Cela ne se produisait pas très souvent, mais Kane pariait sur la pierre de sang enchâssée dans sa chair que le déchu était amoureux de Tabatha. Si c'était vrai, alors Kane n'avait aucune chance d'approcher son âme sœur. Il avait laissé passer sa chance et cela le faisait beaucoup souffrir. Même si elle n'avait pas d'ange déchu assis sur l'épaule, Tabatha n'aurait rien à faire avec lui à présent. En ce qui concernait les autres, il se contrefichait que les métamorphes l'apprécient ou pas. Ce n'était pas un concours de popularité à gagner à tout prix. « Peut-être est-ce pour le mieux qu'ils ne m'aiment pas », murmura-t-il en promenant le regard sur la cité. Kane acquiesça pour lui-même avec conviction et enfouit ses mains dans ses poches. Il resterait suffisamment longtemps pour sauver la ville de cette racaille vampirique qu'il avait involontairement créée. Mais une fois ce chapitre clos, il recommencerait à sortir comme bon lui semblerait. Ainsi, quand il prendrait la décision de s'en aller, personne ne se préoccuperait assez de lui pour le suivre. Il s'assombrit à cette pensée. ***** Trevor s'avança dans l'allée de Envy et arrêta la voiture. Il désirait vraiment lui parler et voir comment elle allait. Peut-être avait-elle eu du temps pour réfléchir à ce qu'il lui avait raconté la dernière fois... après tout, c'était bien la vérité. Jetant un coup d’œil à l'objet posé sur le siège passager de sa voiture, il esquissa un petit sourire avant de s'en saisir. Il avait vraiment maltraité le jean qu'il avait "emprunté" un peu plus tôt à Chad dans la semaine, et maintenant il allait le lui rendre. C'était sa bonne action du jour. Jusqu'ici, personne n'avait été envoyé en enfer pour avoir eu le sens de l'humour. Déroulant le jean, il remarqua la couche de crasse et l'huile de moteur noire qui le tâchait. Il rit intérieurement en contemplant à nouveau son ouvrage sur l'entrejambe. Trevor avait fait une exception toute particulière et s'était changé spécialement sous sa forme canine pour déchirer joyeusement la zone concernée. Hanna, le vieux chat de Madame Tully, qui avait décidé de vivre avec lui, était montée dessus et avait reniflé le jean, avant de tourner sur elle-même, de soulever la queue et d'asperger d'urine l'entrejambe du pantalon pour masquer l'odeur de chien que Trevor y avait laissé. Trevor ne se souvenait pas d'avoir autant ri de toute sa vie. « Parfait », murmura-t-il. Sortant de la voiture, il se dirigea vers la porte d'entrée et jeta le jean dans les buissons, presque pris d'un nouveau fou rire quand il vit le vêtement glisser du feuillage pour atterrir sur un énorme nid de fourmis. Cet instant n'avait pas de prix. Sonnant à la porte d'entrée, il enfonça ses mains dans ses poches et attendit que la porte s'ouvre. Quand elle tourna enfin sur ses gonds, Trevor prit son expression la plus sérieuse. « Eh, dit-il d'un ton calme. Chad soupira et s'adossa contre le chambranle de la porte. — Eh toi-même, l'étranger. — Écoute, je sais que j'ai merdé et j'aurais voulu parler à Envy... ou du moins essayer, si tu promets de ne pas laisser le taser à sa portée, expliqua Trevor avec un petit sourire. — Ça ne m'aurait pas posé de problème, mais Envy n'est pas là, répondit Chad en s'éloignant de l'embrasure de la porte pour se redresser de toute sa taille. Jason avait mentionné le nom de Trevor dans la même phrase que le mot "harceleur", et il espérait que Jason ait tort. — Elle a décidé de partir en vacances pour se changer les idées, ajouta-t-il, avec Tabatha et Kriss. Je ne sais pas encore quand elle rentrera. Trevor inspira profondément et pencha la tête quand il sentit que l'odeur de Envy dans la maison n'était pas de la première fraîcheur. Au moins Chad ne lui mentait-il pas sur l'absence de sa sœur chez eux. — Il faut que tu la préviennes pour moi sur deux-trois détails, alors. — Comme quoi ? demanda Chad, d'un air très sérieux. — Il faut qu'elle reste loin de Devon Santos. Ce n'est pas quelqu'un de bien et il finira par lui faire du mal, argumenta-t-il, dans l'espoir de mettre Chad de son côté en faisant appel à son instinct protecteur de frère. Chad s'assombrit face à l'avertissement de Trevor et croisa les bras sur son torse nu. — Comme toi, tu veux dire ? L'attitude suffisante de Trevor plongeait tête la première. — Eh, je n'ai fait qu'une partie de mon travail. Je ne voulais pas que mon travail blesse Envy d'une manière ou d'une autre. Voilà pourquoi je ne lui ai jamais dit ce que je faisais dans la vie. Il détourna les yeux et enfonça les mains plus profondément dans ses poches, conscient que Chad n'avait aucune idée de ce qui se passait. Il espérait vraiment que Envy n'avait pas répété à Chad tout ce qu'il lui avait dit. Les civils n'avaient pas besoin de savoir ce qui se passait la nuit... et encore moins un policier. — La nuit où vous m'avez trouvé au night-club, je lui ai dit que j'étais sous couverture mais je ne pense pas qu'elle me croit, ajouta-t-il, en guettant la réaction de Chad ou le moindre indice révélant qu'il en savait bien trop pour être innocent. Chad poussa un soupir. — Écoute, je sais que tu aimes bien ma sœur, mais elle a tourné la page. Je pense que tu devrais l'imiter. Je ne te dis pas ça en tant que collègue ou en tant qu'ami. Je te parle comme quelqu'un qui est passé par là. Laisse-la respirer et prendre ses propres décisions. Tes bonnes intentions sont désormais inutiles, je crois qu'elle sort avec Devon, maintenant. Trevor braqua son regard sur le visage de Chad. — Quoi ? demanda-t-il d'un ton qui menaçait d'éclater. — De ce que j'en sais, elle sort avec Devon », répéta Chad sans détour. Trevor sentit un frisson remonter le long de son dos, puis se détourna pour s'éloigner à grands pas de la porte d'entrée, sans ajouter un seul mot. Chad fronça les sourcils lorsqu'il remarqua un chat derrière une vitre de la voiture de Trevor, qui se penchait sur le tableau de bord. L'autre rentra prestement dans sa voiture, fit démarrer l'engin, et sortit en trombe de l'allée. « Jason, pensa Chad tout haut, j'espère vraiment que tu te trompes quand tu le traites de harceleur. » Chad savait que Envy avait quitté la ville avec Devon pour rejoindre Kriss et Tabatha pour de petites vacances. Il n'allait pas le dire à Trevor alors que Envy lui avait fait jurer de garder le secret. De toute façon, cela n'avait plus d'importance, parce que ce que faisait Envy à présent ne regardait plus Trevor. Chad secoua la tête et s'apprêtait à retourner à l'intérieur lorsqu'il vit quelque chose de bleu du coin de l’œil. Son visage s'éclaira quand il aperçut le jean par terre et il se dépêcha de le ramasser, en grimaçant à la vue des fourmis qui se promenaient dessus. Sa bonne humeur s'envola lorsqu'il vit dans quel état piteux il était, et ses yeux s'arrondirent de manière comique lorsqu'il vit l'entrejambe en lambeaux. Chad laissa retomber la main qui tenait le jean et lança un regard assassin à la rue avant de maugréer : « Ton compte est bon, sale clebs. » Chapitre 2 Kat bougea pour se rapprocher de la fenêtre. Elle voulait être aussi loin que possible de Quinn. Elle faillit lever les yeux au ciel avec agacement lorsqu'elle réalisa qu'en s'étant déplacée, cela n'avait fait que mettre Quinn pile dans son champ de vision. Elle aurait aimé que Envy soit là. Il fallait vraiment qu'elle discute avec cette autre femme... ou une autre femme, tout simplement. Cela aurait été sympa d'avoir un peu de soutien dans cette conversation qui dégageait tant de testostérone. Jetant un regard circulaire sur la pièce, elle se rendit compte que tous les membres de la famille couguar n'était pas présents. « Où sont Micah et Alicia? demanda Kat en sachant qu'ils auraient dû participer à cette rencontre... et peu importait la nature de cette discussion. Quinn regarda Warren avec une expression signifiant qu'il souhaitait que le jaguar lise entre les lignes de ce qu'il s'apprêtait à répondre, et assure ses arrières : — Alicia n'est pas rentrée du pensionnat depuis un mois et nous ne la mêlons pas à cette bataille. C'est trop dangereux pour les filles. » L'expression de Kat s'assombrit aussitôt et elle sembla sur le point de faire voler quelques têtes du côté de la famille couguar. « Et Micah? interrogea Warren, avant que Kat n'ait le temps de commencer les hostilités, suite à cette remarque. — Injoignable, lança Quinn d'un ton si hargneux qu'il attira sur lui les regards curieux de tous. Nous avons sans arrêt essayé de l'appeler, mais il refuse de répondre sur son portable. » Steven soupira devant l'obstination de Quinn et intervint : « Micah est absent depuis deux semaines. — Quoi ? demanda Warren avec une colère soudaine. Mais pourquoi n'êtes-vous pas venus nous demander de l'aide ? — À cause de ce stupide journal, se moqua Kat. Évidemment, il avait peur que nous ne puissions assumer ce qu'il contenait, à cause de nos susceptibilités respectives. Michael secoua la tête, conscient que, jusqu'à ce que les deux familles ait résolu leurs différends, il valait mieux qu'il joue les arbitres. — D'accord, pendant que nous nous penchons sur le cas du vampire, nous ouvrirons également l’œil sur d'éventuels indices concernant la disparition de Micah. — La logique veut que Micah revienne de lui-même, il le fait toujours », dit Quinn avec un haussement d'épaules. Kat jeta un regard irrité vers la fenêtre encore embuée. Comme Quinn osait-il sous-entendre que les filles ne devaient pas être impliquées dans cette guerre ? Ils pouvaient bien exclure Alicia de leurs débats s'ils le voulaient, et cela vaudrait probablement mieux, puisque Alicia était la plus jeune de la fratrie. Mais s'ils osaient tenter de l'arrêter, elle, ils allaient devoir se préparer à une grosse surprise. Le problème étant qu'à présent, elle s'inquiétait aussi pour Micah. Quinn aurait dû passer l'éponge et les appeler à l'aide. Il savait parfaitement qu'ils leur aurait prêté main forte en dépit de leurs différends. Et puis, si leurs pères s’étaient entre-tués... les fautes des anciens ne devaient pas retomber sur leurs enfants. Sans qu'elle ne le soupçonne, Warren était secrètement de l'avis de Kat. Quinn aurait dû les contacter au moment où Micah avait disparu. Il était parfaitement au courant des disputes auxquelles se livraient les frères. D'habitude, les désaccords disparaissaient lorsque Micah partait sans crier gare, et son absence pouvait durer des jours entiers... mais pas des semaines. Steven et Nick étaient restés en contact pendant des années, et Nick continuait de le voir pour se tenir au courant de la vie de la famille couguar. Lorsque Micah et Quinn s'étaient battus, Micah disait toujours à Steven où il allait, surtout s'il avait l'intention de rester absent plus d'une journée. Cette fois-ci, Micah n'avait laissé de message à personne, ce qui voulait dire qu'il n'allait pas s'absenter trop longtemps. « Après le dangereux nid de vampires que Steven et moi avons découvert dans l'église, personne n'aura à s'aventurer seul dehors ce soir. Nous devons nous allier, lança Quinn en changeant de sujet. Steven se sentit bizarre lorsque l'image de la fille qu'il avait trouvée puis perdue cette fameuse nuit à l'église lui revint à l'esprit. — Je pense que je vais y retourner cette nuit pour m'assurer que l'église est débarrassée de ce nid. Nous avons peut-être négligé un détail crucial. — J'irai avec Steven, proposa Nick qui souhaitait passer du temps avec son bon vieux partenaire à la mauvaise langue. Kat eut un accès de panique alors qu'elle faisait le calcul en silence. Michael irait forcément en compagnie de Kane, et elle n'avait vraiment aucune envie de faire équipe avec ce triste sire en raison de son tempérament instable. Ne restait plus que Warren et Quinn. — J'y vais avec Warren, lança Kat. — Non, la reprit Warren. Nous avons besoin que quelqu'un surveille le night-club. — Que je sois une fille ne veut pas dire que je ne sais pas me défendre toute seule », les avertit Kat, avant de sortir calmement de la pièce. Tous les hommes de la pièce se crispèrent quand elle referma doucement la porte derrière elle. « Et merde, chuchota Nick, j'aurais presque préféré qu'elle claque la porte. Steven et Quinn n'avaient pas vu Kat depuis quelques années mais ils se rappelaient sans mal son tempérament explosif. Une porte fermée doucement derrière une Kat en pétard était dix fois pire que si elle était sortie en trombe. Elle était énervée... non, c'était plus que de la colère. Elle était furieuse. — Je vais appeler Devon et lui raconter ce qui vient de se passer », annonça Warren en sortant son portable de sa poche de pantalon. Il détestait faire ça à son propre frère, mais si ce dernier ne ramenait pas ses fesses dans le coin, il n'en aurait peut-être plus du tout pour rentrer. Composant un numéro qu'il avait en abrégé sur son portable, il s'approcha d'une autre porte menant à la chambre attenante. Warren patienta alors que le téléphone à l'autre bout du fil continuait de sonner. Finalement, il entendit quelqu'un décrocher, suivi immédiatement d'une voix qui marmonnait un juron. « Mais qu'est-ce que tu me veux, toi ? demanda Devon d'un ton groggy mais joyeux. Warren expliqua brièvement ce qui s'était passé depuis le départ de Devon et Envy, qui n'avait eu lieu que depuis vingt-quatre heures. Devon soupira. — Putain, à peine je quitte la ville que tout part en vrille. — Je te laisse encore quelques jours puis tu rentres à la maison, dit Warren. J'ai besoin que tu fasses quelques chose pour moi pendant ces quelques jours. — Et qu'est-ce que c'est ? interrogea Devon d'une voix bien plus réveillée. — Il faut que tu demandes à Kriss de nous assister dans cette tâche. Dis-lui que Dean a déjà accepté mais que nous aurons sûrement besoin de lui aussi. S'il le faut, demande à Envy de convaincre Tabatha de revenir ici avec Kriss pour nous aider, parce que d'après ce que j'ai entendu, si elle revient, le déchu la suivra. — Je vais voir ce que je peux faire, dit Devon. Kriss est quelqu'un de spécial. Il fait les choses à son propre rythme, tu sais. Warren hocha la tête. — Ça me rappelle quelqu'un que je connais bien. Devon eut un petit rire. — D'accord, frangin, mais je ne promets rien. — On se revoit dans quelques jours », conclut Warren avant de raccrocher. ***** Quinn repéra Kat sur l'un des écrans de surveillance accrochés au mur. Puisque tout le monde attendait que Warren termine sa conversation, il s'approcha des écrans comme pour passer le temps. L'ennui ne faisait pas partie des émotions qu'il ressentait en regardant Kat. Des années auparavant, il l'avait trouvé belle, mais il avait sous-estimée celle qu'elle était devenue. Pendant des années, il avait continué d'observer Kat à distance. Il avait même embauché des espions pour travailler ici, au Moon Dance, et lui faire des rapports sur elle... jusqu'à ce que la dernière espionne en date qu'il avait à son service finisse comme l'une des dernières victimes du meurtrier. Son corps se tendit lorsqu'un type marcha droit sur elle, derrière le bar où elle se tenait, et lui attrapa le bras. Avec la caméra orientée parfaitement comme il fallait, Quinn comprit que l'inconnu n'était pas d'humeur amicale. ***** Trevor fit irruption au Moon Dance, ne sachant s'il avait envie de mettre l'endroit sens dessus dessous ou bien de noyer sa colère dans deux ou trois gallons d’alcool. Il avait tenté de contacter Envy mais de toute évidence, elle l'évitait. Tabatha et Kriss étaient probablement en train de contrôler leurs appels en même temps qu'elle. Lorsqu'il avait demandé au frère-qui-savait-tout où Envy était passée, il avait été terriblement tenté de lui arracher la tête devant ses réponses si vagues sur l'endroit où se trouvait Envy. Trevor localisa Kat qui servait des verres derrière le même bar où elle avait toujours travaillé. Il s'approcha d'elle et lui saisit le bras pour capter son attention, mais le regard qu'elle lui jeta le fit reculer et prendre un siège. « La soirée spécial tasers est terminée. Puis-je te proposer autre chose ? Par exemple, une adhésion à vie à l'un des autres bars ? lança Kat en battant des cils d'un air faussement innocent. Le regardant dans les yeux pour finir, et y constatant l'air malheureux qui y flottait, elle haussa les épaules avant d'ajouter : Désolée, ma vraie cible est hors de portée. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Trevor se massa les tempes. Il serait damné le jour où il comprendrait le sexe opposé. Ce n'était pas comme si elles facilitaient les choses. — Quelques réponses seraient les bienvenues. — Du genre ? repartit Kat. — Du genre, où est-ce que ma copine se cache en ce moment ? Un léger haussement de sourcil fut la première réaction de Kat alors qu'il attendait sa réponse. — Ta copine ? Tu as donc remplacé Envy si rapidement ? rétorqua Kat avec un petit sourire narquois jusqu'à ce qu'il la fusille du regard en silence. Oh, tu fais référence à Envy. — Tu crois ça ? répondit Trevor d'un ton sarcastique. — Tout ce que je sais, c'est que ton ex-petite amie et mon frère se sont envolés pour une sorte de lune de miel. Kat haussa les épaules, consciente que ce qu'elle disait se rapprochait bien plus de la vérité que ce que Envy pouvait croire. — Je croyais qu'elle était avec Tabatha et Kriss ? questionna Trevor qui sentit sa pression sanguine augmenter dangereusement, pendant qu'il se demandait si Chad lui avait menti à ce propos. Kat lui versa prestement un verre de Feu en priant pour que le breuvage puisse dompter la rage qu'elle voyait flamboyer dans ses yeux. — C'est le cas. Tabby et Kriss sont avec eux. Elle poussa le verre devant lui en ajoutant : Cadeau de la maison. » En l'observant descendre le verre, elle fut étonnée de remarquer que les lumières qui les surplombaient révélaient des larmes dans ses yeux. Merde, la situation craignait. Elle regretta instantanément d'avoir été aussi méchante avec lui. Elle se surprit à souhaiter que Quinn ait éprouvé ce sentiment de honte en pensant à elle. Cela aurait été bien s'il avait pu lui montrer la moindre émotion la concernant, ou bien qu'elle avait ressenti pour lui. Merde, elle serait même capable de vivre avec l'idée de Quinn qui la larguait, s'il avait seulement eu le cran de lui dire les choses en face. Tendant une main au-dessus du bar, elle posa une main compatissante sur l'épaule de Trevor puis réfléchit à un moyen de le distraire et de se trouver à elle-même un partenaire de jeu du même coup. Kat sourit lorsqu'une idée commença à se former dans son esprit. Il était plus ou moins prêt à la traiter de jaguar la nuit dernière, donc il était évident qu'il ne mentait pas quand il se disait enquêteur dans le paranormal. Si c'était une armée que les gars voulaient mettre sur pied, alors le moins qu'elle pouvait faire était d'aider au recrutement de ses futurs membres... n'est-ce-pas ? « Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je vais servir d'appât aux vampires qui ont laissé des cadavres sur le pas de notre porte. Elle s'apprêtait à faire le tour du bar mais Trevor lui saisit le poignet si vite qu'elle ne le vit même pas esquisser son geste. Elle se contenta de hausser les sourcils à la vue de la main refermée sur son bras avant d'ajouter : — À moins que tu ne décides de m'aider, il vaudrait mieux pour toi que tu me lâches. — Tu es sérieuse, là ? demanda Trevor. Il avait aussi penché pour l'idée que c'était les vampires, puisque de toute évidence ils semblaient connaître un baby boom en ce moment... oh, et aussi à cause des marques de crocs à moitié masquée sous un autre blessure. L'inconvénient dans tout ça était qu'il n'avait encore jamais négocié avec des vampires... seulement pendant son entraînement. Il avait besoin d'un prétexte pour traîner dans les parages jusqu'au retour de Envy, alors pourquoi ne pas le faire en compagnie de la sœur de son rival ? Lorsque Kat hocha la tête et retira doucement sa main, Trevor secoua la tête en sachant déjà qu'il allait le regretter. — Tes frères viennent-ils avec toi ? — Oh, ils iront très bien, mais dans des directions différentes. Elle fit une petite moue avant d'ajouter : On dirait que personne ne veut faire équipe avec la fille du groupe. Comme pour appuyer sa remarque, Steven et Nick choisirent ce moment précis pour dévaler l'escalier et se diriger vers la porte de concert. Nick lança à Kat un regard dur, espérant qu'elle saisirait le message et qu'elle ferait ce que Warren lui avait demandé de faire... rester sur place, en sécurité. Il se détendit lorsqu'elle lui fit un petit sourire, comme si tout était pardonné. Reportant les yeux sur l'escalier, Kat hocha la tête avant de lancer : — Tu vois, l'équipe est de sortie ce soir, excepté le nombre impair... c'est-à-dire moi. Elle adressa un grand sourire à Trevor, d'un air qui se voulait détaché. Mais il n'y a pas de problème, je me fiches de partir en chasse toute seule. Trevor fit un petit sourire taquin et s'accouda les bras croisés sur le bar. Il se pencha en avant pour inciter Kat à faire de même puis lui murmura deux mots. — Pas seule », la reprit-il en secouant la tête négativement. Quinn et Warren firent halte après être descendus dans le night-club. Warren savait qu'ils étaient en sureffectif ce soir donc le bar serait noyé de monde, ce qui ne l'empêchait pas d'émettre des ordres toutes les deux minutes. Alors qu'il était occupé à cela, Quinn scruta Trevor avec une hargne. Il n'avait pas manqué la scène qui s'était déroulée sur l'écran de surveillance, assistant ainsi à la façon dont Trevor s'était approché de Kat et lui avait empoigné le bras... ainsi que la danse de gestes évocateurs qui avait suivi. De quel degré de familiarité se situait cette relation entre Kat et cet homme ? La façon dont ils se comportaient l'un en face de l'autre, c'était comme s'ils partageaient quelque secret que le reste d'entre eux n'était pas autorisé à entendre, et cette idée lui tapait sur les nerfs. « Qui est le type qui discute avec Kat ? demanda Quinn lorsque Warren eut terminé de parler dans son microphone. Warren se tourna pour regarder l'ex-petit ami de Envy. Il en déduisit que Kat expliquait à Trevor que Envy n'était plus disponible, ce qui était une bonne idée puisque sans ce charmant Trevor qui restait au bar, peut-être l'enquêteur en paranormal irait enquêter ailleurs. — Ce n'est que le masochiste du coin qui aime se faire taser par de jolies femmes », répliqua Warren en souriant d'un air moqueur à sa propre plaisanterie. Quand Quinn ne souriait pas, ça lui fit tout à coup regretter l'équipe qu'il formait avec Michael. Il se demanda s'il n'était pas trop tard pour changer de partenaire puis oublia cette idée. Mettre Quinn et Kane dans la même équipe provoqueraient un désastre qui n'attendait que de se réaliser. Trevor sentit que quelqu'un le fixait et jeta un coup d’œil en direction de la porte. Il eut du mal à réprimer l'expression de surprise qui voulait s'afficher sur son visage quand il aperçut Quinn Wilder en compagnie de Warren Santos. S'il avait été plus soupçonneux, Trevor aurait pensé que les deux hommes étaient impliqués dans les meurtres et complotaient au sujet de leur prochain méfait. Mais ses pensées étaient tournées vers les connards des forces policières de la région. « Qu'est-ce que le propriétaire du Night Light fabrique ici ? demanda Trevor en se tournant de nouveau vers Kat. — Nous essayons tous de résoudre le problème que représentent les vampires, dit Kat en soutenant le regard de Quinn d'un air de défi. Oh mon Dieu, il semble un peu secoué. Dans l'idée de vérifier sa théorie, elle se rapprocha de Trevor comme si elle lui chuchotait des petits mots doux à l'oreille. — Possèdes-tu des armes que nous pouvons utiliser, histoire d'avoir nos chances ? demanda-t-elle avec un clin d’œil, tout en comprenant qu'elle venait de gagner un compagnon pour la soirée. Trevor y réfléchit un petit moment, faisant mentalement la liste de tout ce qu'il avait dans le coffre de sa voiture. — Ouais, j'ai quelques bricoles dans la voiture, affirma-t-il. Nous aurons besoin de passer chez moi pour prendre quelques affaires supplémentaires rangées dans mon coffre d'armes. » « Parfait », pensa Kat. Alors que Warren et Quinn passaient devant le bar, Warren fut à nouveau distrait par ce qui lui parvenait dans l'oreillette. Quinn ne prit pas garde au retard. Cela lui laissa un moment pour découvrir ce qui se passait du côté du couple souriant du bar. Kat vit Quinn arriver vers eux et longea prestement le bar afin que Trevor ne puisse surprendre leur conversation et que Quinn ne trahisse pas sa couverture. Tendant la main vers une bouteille, elle se retourna pour tomber nez à nez avec Quinn qui s'était posté entre elle et le bar. « En quoi puis-je vous aider, monsieur ? demanda Kat en haussant les sourcils d'un air sarcastique. Tu devrais savoir que les patrons ne sont pas autorisés à aller derrière le bar. Quinn avança d'un pas vers elle bien que c'était déjà difficile d'avancer plus près dans cet espace étroit. Posant une main sur l'étagère à côté du bras de Kat, il la piégea sur place avec efficacité. S'apercevant qu'elle regardait par-dessus son épaule à lui dans la direction de l'homme avec lequel elle discutait... Quinn grommela : — Ne sois pas distraite ce soir, Kat. Je te préviens. Ce n'est pas parce que tu ne viens pas avec nous à la chasse qu'un vampire ne peut pas franchir la porte de ce bar à tout moment. Kat soupira, en sachant parfaitement que c'était le plus vieux tour du monde. Faire croire à une personne qu'elle était importante en lui déléguant un petit boulot sans danger. — Ça ira », l'informa-t-elle en passant sous le bras de Quinn et en retournant vers Trevor. Et si j'ai besoin de quelque chose, j'ai déjà avec moi quelqu'un qui accepte de me le donner. Cette dernière phrase fut prononcée d'un ton suggestif. C'était un pur mensonge, mais Quinn l'avait fichue en rogne. Elle sourit en elle-même en sachant que Quinn penserait que le sous-entendu de sa phrase était d'ordre sexuel, alors que Trevor penserait qu'elle faisait référence à la chasse aux vampires de la soirée. Warren choisit ce moment pour mettre fin à ses occupations et faire signe à Quinn qu'il était prêt à partir. Quinn serra les lèvres en s'arrêtant dans le dos de Kat et se pencha sur elle, effleurant presque son oreille de ses lèvres lorsqu'il lui lança un « Passe une nuit sans risque ». Il regarda la chair de poule envahir la nuque de Kat et son épaule avec un air de satisfaction. Kat s'agrippa au bord du bar en sentant ses genoux flancher. Elle retrouva ses esprits puis sursauta lorsque la voix de Michael surgit juste derrière elle. « Fais attention à ne pas trop tirer la queue du chat, chérie », lui rappela en signe d'avertissement Michael, avant de faire un signe de tête à Trevor et de partir retrouver Kane sur le toit du night-club. Trevor fronça les sourcils devant le regard surpris de Kat. « Est-ce que c'était un vampire ? demanda-t-il, perplexe. — Non, c'est un vrai gentleman qui nous aide à traquer les véritables monstres, répondit Kat d'un ton assuré avant d'ajouter pour elle-même : et il est le seul à ne pas faire d'histoires quand je parle de sortir ce soir. Cependant, on dirait que nous prenons du retard, ajouta-t-elle tout haut. Es-tu prêt à partir ? » ***** Kane allait et venait sur le toit, en fumant une cigarette et s'agitant de temps en temps dans tous les sens. Il commençait à devenir nerveux à force d'attendre la venue de Michael. « Les jaguars et les couguars, rouspéta-t-il. Ils sont pires que des chats domestiques. Chacun doit asseoir sa domination sur les autres. J'aurais préféré faire équipe avec les Coyotes plutôt que de traiter avec eux. » Michael arriva sur le bord du toit juste derrière Kane, le surprenant dans sa crise de nerfs. Il s'assombrit lorsque Kane devint subitement silencieux et jeta un regard de son côté, prenant conscient de sa présence. « Merde, Kane, va-t-on enfin parler de ce qui te tracasse ou pas ? demanda Michael en réduisant la distance entre eux. — Ou pas, répondit Kane. — Très bien, dit Michael qui laissa passer un silence tout en sachant que Kane détestait encore plus la tactique du silence que la tentative d'une discussion. Il adorait avoir raison. Kane s'avança jusqu'au bord du toit, rétablissant de la distance entre eux. Il avait oublié comment Michael pouvait s'approcher de quelqu'un sans faire le moindre bruit… ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé. Il lança : — Raven semblait un peu déçu que son armée ne soit pas au complet dans l'entrepôt qui lui servait de planque... certains de ses sbires manquaient à l'appel. Ma théorie est que les vampires qui étaient absents de notre petite fête macabre avaient sûrement besoin d'un endroit où passer la journée, alors je vais aller faire un petit tour pour vérifier tout ça. » Michael ne dit pas un mot lorsque Kane sauta à nouveau du toit pour atterrir sur le trottoir en-dessous. Alors qu'il s'apprêtait à imiter Kane en s'approchant du bord, quelque chose sur le toit de l'immeuble de l'autre côté de la rue retint son attention. Jetant un coup d’œil dans cette direction, Michael surprit le mouvement d'une ombre qui disparaissait de son champ de vision. Quelque chose dans cette ombre lui semblait familier mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Kane était-il suivi ou était-ce lui la cible ? Essayant de mettre cette pensée de côté pour l'instant, il baissa les yeux et sourit triomphalement en se laissant tomber. Bien qu'il n'avait plus Kane sous les yeux, et qu'il connaissait le chemin menant à l'entrepôt, au lieu de suivre une route il choisit d'emprunter celle que traçait son propre sang dans les veines de Kane. Le temps d'arriver jusqu'à l'entrepôt, il entendit les cris des vampires que Kane avaient pris au dépourvu. Il s'arrêta sur le seuil de l'entrée du bâtiment, employant sa vision pour voir dans l'obscurité de l'immense salle. Kane avait déjà deux vampires sur lui et il y en avait bien plus qui semblaient penser que la tactique de l'attaque collective était une bonne idée. Se faufilant à l'intérieur, Michael referma la porte derrière lui et s'avança dans la direction des échos que faisait la voix de Kane. « Laisse-moi m'en occuper. Contente-toi de ne pas te laisser dépasser par les autres, dit un Kane un peu essoufflé pendant qu'il tordait le cou du vampire qui tentait de lui trancher la gorge. Il bondit lorsque des crocs s'enfoncèrent dans son épaule, lui faisant perdre sa prise sur son premier adversaire. Michael haussa tellement les sourcils qu'ils disparurent sous sa tignasse fouettée par le vent, mais il retourna sur ses pas afin de s'adosser contre la porte. — D'accord, si tu es sûr de toi. Il croisa les bras sur sa poitrine et se laissa aller contre le métal. — Bon, eh bien… je m'ennuie, là, dit-il après un moment avant de regarder les vampires sans âme qui ne s'étaient pas encore joints à la bataille. Je suppose que l'un d'entre vous ne me fera pas l'honneur de s'enfuir ? ajouta-t-il à leur intention. Quand Kane entreprit de décapiter le premier vampire qu'il affrontait, l'une des lignes de touche se retourna pour faire exactement ce que Michael avait prévu, mais Kane allongea un bras et saisit son ami par la veste en cuir qu'il portait. — Je ne crois pas, non, grommela-t-il en le faisant participer à la mêlée. — Ta maman ne t'a donc jamais appris à partager ? répliqua Michael avec un sourire, en regardant Kane mettre le vampire à terre. Il comprit que Kane avait besoin de la douleur pour l'aider à se sentir vivant en cet instant. Il ne doutait pas que Kane serait le dernier vampire encore debout et que ce lâcher de haine et de violence pourrait bien aider son ami à s'ouvrir à lui… Une thérapie idéale, en somme. — Ma mère était une voleuse, répondit Kane, en faisant un bond et en poussant des deux pieds sur le torse d'un vampire qui lui fonçait dessus tête baissée. Le vampire vola dans les airs et Kane atterrit sur le dos. Lançant ses jambes vers l'avant, il retomba sur ses pieds en un instant. Elle ne croyait pas au partage, ajouta-t-il. — Nous savons tous les deux que ta mère n'était pas une voleuse, le réprimanda Michael. C'était une dame de bonne famille. Kane reçut un coup au visage et fut projeté en arrière. Michael suivit le mouvement alors que Kane le dépassait en volant et atterrissait dans le même amas de détritus où Kriss l'avait envoyé auparavant. Il soupira quand il remarqua que Kane devenait un bordel à lui tout seul. Kane se rua dans la mêlée derechef, taillant les monstres en pièce sur son passage. — Besoin d'un peu d'aide ? demanda Michael par-dessus le bruit des os cassés et des bruits de pas dans des flaques de plus en plus importantes. Il se mit à rire quand Kane commença à marmonner un des sorts de Syn mais qu'il reçut un coup de poing dans la bouche avant d'avoir pu finir de le réciter. — Non », grogna Kane en crachant du sang au visage de celui qui l'avait cogné si fort qu'il voyait des étoiles. Arrachant un morceau de bois d'une chaise qu'ils avaient cassée dans la lutte, il le planta dans la bouche du vampire avec une telle force qu'il ressortit par l'arrière du cou de ce dernier. Michael fit la grimace mais n'intervint pas. Il observait la scène de près, comptant trois vampires à terre et plus que quatre en état de se battre. Kane était un combattant courageux, bien plus en cet instant qu'avant de se retrouver enterré vivant. Ce qui rappela à Michael une question qu'il ne lui avait as encore posée : comment Kane avait-il réussi à briser le sortilège qui le liait sans avoir reçu le sang de son âme sœur ? Moins de vingt minutes plus tard, Kane tomba à genoux. Il regarda à travers la brume rouge qui troublait sa vision vers le bruit d'un claquement qui arrivait tout près. Il essuya le sang qui coulait de sa bouche et tenta de se relever du sol. Il éclata de rire quand il ne réussit pas sa manœuvre, le sol glissant à cause des flaques de sang. « Et le vainqueur remporte une centaine pansements et une bonne nuit de repos dans la maison de Michael, lança son ami. Il se baissa et en passa un bras autour de la taille de Kane pour l'aider à se mettre sur ses jambes. Ils chancelèrent tous deux avant qu'il réussit à maintenir leur équilibre. — Tu as une maison ? demanda Kane en espérant qu'en continuant de parler il ne s'évanouirait pas avant qu'ils atteignent leur destination. Il savait où Michael habitait, mais il ne voulait pas l'admettre parce que ça ne ferait que rappeler à Michael qu'il était en colère après Kane pour être resté en retrait. Il n'était pas vraiment content de lui à ce sujet mais il ressentait le besoin de garder ses distances. — Ouais, je suis grand maintenant. De plus, les cercueils sont tellement "has been", ironisa-t-il. Il se crispa intérieurement en réalisant que Kane ne trouvait sûrement pas cette plaisanterie très drôle. C'est très grand. C'était une sorte de musée de style victorien dans le temps, jusqu'à ce qu'ils en construisent un autre en version améliorée à Beverly Hills. Peut-être que si tu emménageais avec moi, cette maison deviendrait plus chaleureuse. — Je veux un chiot, lança Kane sans prévenir, alors occupé à poser un pied devant l'autre, choisissant la meilleure technique pour ne pas tomber. — Tu veux un quoi ? demanda Michael. — Si nous emménageons ensemble, alors il faut que je me trouve un chien. » Michael sourit à son vieil ami. Il lui semblait que l'amour de Kane pour les chiens n'avait pas diminué au cours des décennies. Chapitre 3 « Alors, qu'est-ce qui se passe avec Micah ? demanda Nick à Steven alors qu'ils entraient dans le parking attenant à l'église, pour se garer entre deux bus. — Micah et Quinn sont revenus à leur débat infini sur qui doit établir les règles et Micah a fini par s'énerver, répondit Steven en sortant de la voiture. Il trouvait toujours drôle l'idée que des jaguars conduisent... vous l'avez deviné... des jaguars. — Merde, ajouta-t-il, ils ont appris l'un à l'autre comment se battre, alors si ils se tapent dessus, ce n'est pas grave. — Alors, pourquoi n'est-il pas revenu ? insista Nick. — C'est là toute la question, dit Steven en soupirant. Quinn pense que Micah s'est enfui mais j'en sais plus que lui. — Et qu'est-ce qui te rend si sûr de toi ? demanda Nick avec curiosité. — Alicia n'était que depuis deux semaines à la maison avant qu'il ne disparaisse. Micah a compté les jours quand il l'a ramenée. Même du temps de Nathaniel, c'était Micah qui se comportait le plus en père pour elle. Il n'était encore jamais parti comme ça, surtout maintenant qu'elle est rentrée. Il haussa les épaules avant d'ajouter : Ou s'il a décidé d'abandonner la famille, alors il se peut qu'il l'ait au moins emmenée avec lui. » Nick acquiesça en se demandant si les vampires étaient responsables de la disparition de Micah. D'une manière ou d'une autre, ça n'annonçait rien de bon, alors pour le bien de Micah, Nick espérait que ce dernier avait juste perdu son calme et ne l'avait pas encore retrouvé. Il poserait plus de questions à Alicia le lendemain. Steven leva les yeux sur l'imposante silhouette de l'église avec tout son enchevêtrement de statues et de sculptures. Le fait qu'elle semblait importée directement de Rome en disait long sur l'argent dont les humains pécheurs avaient dû faire grâce à sa porte. Les hommes très riches étaient ceux qui péchaient le plus, c'est pourquoi ils affichaient leur religion avec tant d'ostentation et de luxe. En vérité, cet endroit était celui où le Maire venait serrer des mains et échanger de l'argent avec la mafia, tous les dimanches après la messe. Donc, la question qu'il se posait était... par quel hasard cette jeune fille s'était-elle retrouvée là au beau milieu de la nuit ? L’église était quasiment plongée dans l'obscurité en dehors de deux fenêtres éclairées au deuxième étage. D'après son souvenir, la lumière venait probablement du bureau. Il se demanda si le prêtre qu'il avait quitté en sécurité dans le placard vivait ici en réalité. Quelque chose qui ne lui était jamais venu à l'esprit jusqu'à maintenant. Les catholiques formaient un groupe dévoué, ils leur accordait bien ça. Il avait déjà mis Nick au parfum sur ce qui s'était passé la nuit dernière... et bien plus que ça, en tout cas. Il n'y avait pas moyen qu'il évoque de nouveau l'incident de la robe d'enfant de chœur. Secouant la tête, Steven s'approcha de l'entrée en s'attendant à ce qu'elle soit fermée mais, malheureusement, elle était grande ouverte. « Pas très intelligent, ça, commenta Nick d'un air préoccupé en sortant son poignard au poignet d'os de son étui tout en se faufilant à l'intérieur de la bâtisse. On aurait plutôt pensé qu'après les événements de la nuit dernière, ils auraient fermé les portes. — Peut-être que, comme ils disent... c'est toujours ouvert, répliqua Steven dans un haussement d'épaules tout en entrant néanmoins avec prudence. Ou peut-être que le vieux prêtre attend de la compagnie. — Je répète, ce n'est pas très intelligent, coupa Nick brusquement, conscient qu'ils n'étaient pas les seuls êtres surnaturels en ce lieu. Je sens des humains à l'étage mais il y a quelque chose d'autre ici et je doute fort que cette chose soit venue à confesse. — Je vais m'assurer que le prêtre se trouve en sécurité. Si tu tombes sur des vampires, ne fais pas le malin et laisse-les où ils sont jusqu'à ce qu'on appelle des renforts », ordonna Steven en montant l'escalier, laissant Nick seul face à sa décision. Nick pencha la tête d'un air songeur et entreprit de chercher la cave de l'église. En général, plus malveillants étaient les monstres... et plus profond ils aimaient se terrer. Il ne prit pas la peine de se cacher au cours de son entreprise puisque l'ennemi pouvait voir dans l'obscurité aussi bien que lui-même. Repérant pour finir la porte indiquant "cave", Nick l'ouvrit et descendit rapidement les marches. Il plissa le nez devant l'humidité qui y régnait, et éternua. Il avait toujours détesté les caves. Steven faisait la même chose à l'étage, ouvrant des portes et regardant ce qu'elles cachaient sur son passage. Voyant de la lumière filtrer sous la porte du même bureau dans lequel il était entré la nuit dernière, il y toqua. L'odeur qui y régnait lui parvenait de derrière la porte et il sut que le vieillard était seul. « Est-ce que c'est toi, Jewel ? » lança la voix du vieillard. Steven recula prestement d'un pas lorsque la porte s'ouvrit brusquement... et tomba nez à nez avec le prêtre. Son visage ridé et bienveillant à l'expression affable changea sensiblement, et ses yeux s'arrondirent en même temps qu'il ouvrait la bouche de surprise. Steven tendit la main en sachant déjà ce qui allait suivre, et son attente ne fut guère déçue lorsque le prêtre tenta de lui claquer la porte au nez. Poussant la porte, Steven pénétra dans la pièce en laissant le poids du vieil homme collé à la porte se refermer derrière lui. Faisant volte-face, il s'empara de la première arme qui lui tomba sous la main et la lança à travers la pièce avec impatience. « Je vous l'ai dit la dernière fois, je ne suis pas un vampire. — Je me suis réveillé dans le placard, lui rappela le prêtre qui reculait contre son bureau. Steven poussa un soupir en regardant les mains du vieil homme palper tout ce qui se trouvait sur la table dans l'intention évidente de trouver une nouvelle arme. Il haussa les sourcils en voyant ses doigts se crisper autour d'une grosse agrafeuse. — Je ne veux pas vous faire de mal, l'informa Steven. Mais si vous ne lâchez pas cette agrafeuse, vous allez encore vous réveiller dans ce placard. Il fit un signe de tête reconnaissant à l'intention de l'homme lorsque celui-ci lâcha lentement l'objet en question et se redressa de toute sa taille, qui était loin de se comparer à celle de Steven. — J'ai comme le sentiment que vous n'êtes pas venu ici afin de vous confesser, lança le vieil homme, dont la voix était toujours teintée de peur. — Oh mon père, je sais que j'ai péché, répliqua Steven avec un petit sourire ironique, mais s'apercevant que sa plaisanterie n'avait pas l'effet escompté, il tira une chaise vers lui et la tourna en remarquant que l'homme tressaillit devant son geste vif. Il s'abstint de lever les yeux au ciel et enfourcha la chaise, s'accoudant au dossier. — Est-ce que ma responsabilité partielle dans le fait que vous soyez toujours en vie compte à vos yeux ? Si je ne vous avait pas écarté du danger, vous ne seriez sûrement plus du côté des anges à l'heure qu'il est. — Comment avez-vous… commença à interroger le prêtre, qui parut tout à coup plus vieux à Steven alors qu'il contournait son bureau pour s'asseoir lourdement. — Lorsque je suis arrivé, reprit-il, j'ai descendu l'escalier et trouvé des étrangers qui nettoyaient partout. Tout ce désordre... je suis resté caché. Ils ont travaillé si vite et avec une telle discrétion. Vous pourriez faire tout ça ? — Me croiriez-vous si je vous disais que nous avons un ange comme allié ? Lorsque le prêtre leva le menton et lui décocha un regard sévère, Steven continua : — Mon ami et moi-même sommes ici pour nous assurer que l'église est toujours propre. — Vous pensez qu'il y en a encore ? demanda le prêtre en se frottant le visage. — Je sais qu'il y en a encore. La question est : sont-ils ici ? répliqua Steven, qui se redressa en se rappelant qu'il avait laissé Nick seul bien trop longtemps. Son ami était connu pour son tempérament intrépide et c'était bien ce qui le rendait nerveux. Nous ne voulons pas que les événements de la nuit dernière se répètent. Le prêtre le dévisagea avec attention comme pour déceler un mensonge dans les propos de Steven. Pour finir, le vieil homme lâcha un soupir et hocha la tête. — D'accord, je vous crois. Parfois les voies du Seigneur sont impénétrables. Faites ce que vous avez à faire. — Heureusement, cette fois nous ne débusquerons aucun… démon, et vous pourrez rester conscient si vous me promettez de rester ici. Il se remémora les paroles du prêtre quand il avait ouvert la porte : — Attendiez-vous de la visite ? — Oui, elle était censée venir me voir la nuit dernière, mais… s'interrompit-il, en pointant le pouce vers le placard. Elle a appelé il y a une heure en disant qu'elle était en route vers ici. Steven sentit son pouls s'accélérer. — Il y avait une jeune fille ici l'autre nuit et il faut que je lui parle... avec des cheveux blonds, belle. Vous la connaissez ? — Jewel ? demanda le prêtre. Bien sûr, je suis sensée la marier. — Quoi ! s'exclama Steven un peu trop fort avant de grommeler : Depuis quand les vieux prêtres se marient-ils avec de jeunes filles ? — Vous alors, vous êtes du genre perspicace, rétorqua le prêtre en secouant la tête et en se raffermissant. Elle n'est pas mariée avec moi… et puis de toute façon, cela ne vous regarde en rien. Laissez cette enfant tranquille. Elle a assez de problèmes avec les monstres de son entourage. N'allez pas vous mettre en tête de l'attirer dans une guerre de démons. Steven se rembrunit, n'appréciant guère ce que sous-entendait ces mots. Il aurait parié de l'argent que le prêtre allait dire "truands" au lieu de "monstres". Il ne s'occupait d'aucune autre race, ayant suffisamment à faire avec sa propre espèce de truands. Ils aimaient traîner au Night Light parce qu'il s'agissait d'un des night-clubs les plus chics de la ville. Cela vous aidait à vous détendre lorsque votre clientèle populaire ne pouvait prétendre à passer les portes. Il les avait fuis pendant des années et au moindre problème, il arrivait toujours quelque chose et ils disparaissaient complètement du paysage. La mafia irlandaise, italienne, russe, certains membres de l'IRA, des ex-membres du KGB, des Yakuza, et d'après la rumeur, même des membres des légendaires Illuminati… Steven s'en contrefichait. Ils étaient tous faits du même bois selon lui. Mais parfois ça ne faisait pas de mal d'en avoir quelques uns dans vos petits papiers. — Appelez-la et dites-lui de ne pas venir ici cette nuit, ordonna Steven au prêtre. Il poussa le téléphone vers le vieillard et croisa les bras avec patience afin de s'assurer que le prêtre allait exécuter sa demande. Le vieil homme serra les lèvres. S'il appelait chez la jeune fille et que son père décrochait en premier, Jewel aurait de gros ennuis et finirait sûrement face contre terre quelque part dans une allée. Sa propre condition de prêtre ne pouvait lui garantir plus de sécurité. — Elle ne vient pas, dit-il d'un ton hésitant, avant de répéter ces paroles avec plus de fermeté en jetant un coup d’œil à l'horloge suspendue au mur. Elle serait déjà ici en ce moment si elle était vraiment en chemin. Dans la poitrine de Steven se mêlèrent la déception de ne pas voir Jewel ainsi que la satisfaction de la savoir en sécurité. Ressentant le besoin d'une distraction, il se leva et remit la chaise dans le sens où il l'avait trouvée. — Je reviendrai pour vous annoncer quand nous aurons terminé. — Attendez ! héla le prêtre alors que Steven ouvrait la porte. Si vous tombiez sur elle... — Je l'enverrai vers vous directement », promit Steven avant de s'éloigner. En refermant la porte, Steven secoua la tête et longea le hall. Cet étage était propre et il devait aller voir Nick avant que quelque chose n'arrive. Alors qu'il descendait les marches, il regarda autour de lui mais ne vit Nick nulle part. « Parfait, où diable es-tu allé ? » maugréa Steven avant de se mettre à regarder derrière les portes closes. Il trouva à son tour la porte entrouverte menant à la cave et aurait pu se donner des gifles lorsqu'il comprit la logique de Nick. « Des endroits sombres, le sous-sol… MEC ! S'appliquant à faire beaucoup de bruit, Steven descendit les marches et plissa le nez face aux relents de chaleur humide. — Putain, ça pue ici. Il s’avança vers une autre porte ouverte et la franchit. Nick se tenait devant la chaudière, sa porte ouverte en grand et tisonnant quelque chose dans le feu avec une barre en acier. — Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ? demanda Steven. Pour toute réponse, Nick retira le tisonnier du feu avec les restes d'un crâne calciné qui pendait à son bout par le trou de l'orbite. — Je crois que l'on peut affirmer sans risque que certains des humains sur la liste des disparus ne seront pas retrouvés de sitôt. — Je crois que cette église est le repaire idéal pour que certains membres de la mafia locale y règlent leurs comptes, précisa Steven. — Dans une église catholique ? demanda Nick. Il n'y a donc plus rien de sacré aujourd'hui ? Steven haussa les épaules. — Comme certains le disent si bien, rien de plus sûr que la mort et les taxes. Nick laissa le crâne retomber dans la chaudière et referma la porte. — Ou dans notre cas, que la fourrure et les petits chats. Les deux hommes laissèrent échapper un petit grognement amusé avant que Steven ne retrouve un peu de son sérieux. — Bon, redevenons sérieux. Ils se séparèrent, chacun faisant son enquête de chaque côté de la pièce jusqu'à ce que Steven aperçoive quelque chose derrière l'énorme poubelle pleine de planches en bois. — Eh Nick, file-moi un coup de main. Nick s'approcha et aida Steven à bouger la poubelle sur le côté juste assez pour avoir un bon aperçu de ce qu'elle cachait, et qui n'était pas loin. Un petit tunnel exigu avait été creusé dans la pierre et plongeait dans le sol. Les ténèbres y étaient compactes et les deux félins parvinrent difficilement à observer ce qu'elles cachaient. — Allons y jeter un coup d’œil, lança Nick avant de se pencher en avant pour introduire sa fine carcasse dans l'ouverture. Steven tendit le bras vers Nick et le retint par le bras en secouant la tête. — Non, nous repartons d'ici et renseignons Warren et Quinn sur ce que nous venons de trouver. Un couguar a disparu et, d'après moi, ce n'est pas un couguar de trop. Je ne veux pas non plus ajouter un jaguar à la liste. — Mince alors, répliqua Nick en souriant et en serrant contre lui un Steven choqué. Toi... commença-t-il en reniflant de façon exagérée et en continuant d'une voix tremblante : Toi, on peut dire que tu tiens vraiment à moi. Steven repoussa brutalement Nick, envoyant valser le jaguar contre le mur. — Abruti, rouspéta-t-il pendant que Nick éclatait de rire. — Sortons d'ici. Au moment où ils atteignirent le haut des marches, Steven était convaincu que Nick avait perdu l'esprit quelque part en chemin. L'église était mortellement calme, et Steven regarda en direction du hall qui menait au bureau à l'étage, là où le prêtre attendait. — Attend-moi là une minute, dit Steven. Je dois dire un mot au prêtre. » Nick haussa les épaules et s'adossa à l'un des bancs pour patienter. « Salut, Steven. lança une voix qui surgit de nulle part. Nick sursauta et Steven laissa échapper un cri de surprise avant de trébucher et de s'écrouler au sol. Nick cligna des yeux en voyant sortir de l'obscurité un homme aux cheveux noirs qui souriait d'un air dément à Steven. — Merde, Dean ! hurla Steven en se relevant du sol. Arrête d'essayer de me donner les chocottes. Dean sourit d'un air diabolique et s'adossa à l'un des piliers près des bancs et croisa les bras sur sa poitrine. — Malheureusement, je n'ai même pas eu besoin de le faire. — Va te faire foutre ! gronda Steven. Je vais aller parler au prêtre. Je reviens. — Je voulais bien m'assurer que tu étais revenu rendre la robe d'enfant de chœur que tu as empruntée, le taquina Dean. Je détesterais le spectacle d'un pauvre garçon réduit à ne pas pouvoir s'habiller pour la messe. » Steven se figea lorsque Dean prononça ces paroles et fit volte-face pour fusiller du regard le déchu. « Une robe d'enfant de chœur ? intervint Nick en haussant tellement ses sourcils qu'ils atteignirent presque la naissance de ses cheveux. Tu as porté une robe d'enfant de chœur ? — Je me suis transformé, c'était une urgence. Il fallait que je sauve cette fille des griffes d'un foutu vampire, se défendit Steven. — Ouais, lança gaiement Dean. Cette même fille devant laquelle tu t'es fait démonter. — Comme si on ne t'avait jamais mis minable, toi, répartit Steven. Dean fit une pause et réfléchit un moment. — Non, je ne me suis jamais fait botter le cul, mais pilonner, plutôt. — Argh ! » fit Steven, en levant les bras au ciel et partant déambuler dans un autre couloir. Nick regarda Dean, « Une petite idée de l'endroit où il a caché la robe ? — Sous son lit, répondit Dean. Nick eut un petit sourire moqueur. — C'est un excellent élément de chantage, merci à toi. — Tout à fait, j'aime le voir embarrassé… ça, et aussi le fait qu'il semble penser que je vais à chaque fois lui botter les fesses ou un truc dans le genre. — Espèce de sadique, le taquina Nick en gloussant. — Je suis un déchu, expliqua Dean. Il nous en faut peu pour nous amuser. » Steven se dirigea vers le bureau du prêtre et leva une main pour toquer à sa porte quand il entendit des voix de l'autre côté. L'une d'elle qu'il reconnut être celle du prêtre, et l'autre, une voix féminine. Baissant sa main, il colla son oreille contre la porte pour mieux écouter ce qui s'y disait. Jewel allait et venait dans le bureau en essayant de rester concentrée mais c'était difficile. Ce qui lui vint en premier à l'esprit quand elle arriva dans le bureau fut qu'elle avait été agressée par des vampires et avait vu cet homme nu, ou métamorphe... peu importe ce qu'il était. Elle venait de passer les cinq dernières minutes à répondre aux questions du prêtre au sujet de l'autre nuit mais à ce moment-là, elle avait des problèmes bien plus graves. « Tu ne devrais pas venir ici au beau milieu de la nuit, dit le prêtre. C'est dangereux. Et si ton père ou ton fiancé t'attrapait ? Jewel marcha droit sur son bureau et tapa quasiment du plat de la main dessus. — Non, ce sont eux qui rendent tout cela dangereux... escalader ma fenêtre et passer la ligne de surveillance des gardes armés qui me retiennent prisonnière, pour ensuite essayer d'y retourner furtivement sans être prise sur le fait. — Ton père essaie simplement de te protéger. Il essayait de la calmer mais il savait bien qu'elle disait la vérité. Son père venait chaque semaine se confesser... pour se laver du sang qu'il avait sur les mains et sur sa conscience. — Non, il veut me forcer à me marier avec son associé pour rembourser une dette ! Une dette avec laquelle je n'ai rien à voir. N'existe-t-il pas une loi contre l'esclavage, dans ce pays ? — Mais lorsque toi et Anthony êtes venus ici même pour une rencontre, tu disais que tu l'aimais de tout ton cœur, souligna le prêtre. Ce n'est pas le genre de choses au sujet duquel on peut mentir. C'est une honte aux yeux de Dieu. — Oui, eh bien, ces deux gardes du corps qui se tenaient derrière nos chaises...vous vous en souvenez ? Celui qui était derrière moi enfonçait la pointe de son flingue dans mon dos. Je ne pourrais jamais aimer un barbare égotiste et brutal comme Anthony. Il a juré de me tuer moi et mon père si je n'allais pas jusqu'au mariage. Et un peu plus tôt das la soirée, quand j'ai essayé de dire à mon père que je ne voulais rien avoir à faire avec Anthony, il m'a giflée si fort que je peux dire avec exactitude la position des étoiles aujourd'hui, étant donné que je pouvais les compter. » Jewel et le prêtre sursautèrent lorsque la porte du bureau s'ouvrit si brusquement qu'elle alla claquer contre le mur attenant, faisant tomber quelques tableaux et une croix en or qui y étaient accrochés. Steven se tenait sur le seuil, les fusillant tous deux du regard. Cependant, la sombre ecchymose sur la joue de Jewel fit voir rouge à Steven. « Il faut que vous m'accompagniez tous les deux, dit-il. Les genoux de Jewel commencèrent à la lâcher quand elle vit cet homme mystérieux toujours vivant. Elle l'avait tant de fois imaginé tué par les vampires depuis qu'elle l'avait fui. Plusieurs fois même avait-elle regretté de s'être enfuie, jusqu'aux larmes. Maintenant qu'elle pouvait à nouveau respirer avec facilité, elle avait envie de hurler. Pourquoi, à chaque fois qu'elle venait parler au prêtre en privé, y avait-il toujours une urgence ? Elle avait moins peur de ce métamorphe que de son fiancé armé, et jusqu'à ce qu'elle entende une alarme d'incendie ou voit une face à crocs, elle n'irait nulle part. — Pas cette fois-ci, lui répliqua-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine. — Je ne peux pas laisser comme ça l'église sans surveillance, se mit à argumenter le vieillard, mais Steven le coupa aussitôt. Il s'approcha délibérément à grands pas du bureau en rétorquant : — Avez-vous passé un marché avec le diable en personne et décidé de donner votre paroisse en pâture aux vampires ? Est-ce vous qui brûlez leurs corps dans votre chaudière ? Lorsque le prêtre ouvrit la bouche mais que rien n'en sortit, Steven continua : — Ou alors est-ce les pécheurs que vous sermonnez qui ont commis tous ces meurtres dans votre cave et creusé un tunnel pour s'échapper ? — Oh Seigneur, lâcha le vieillard en jetant un regard sombre à Steven. Si je quitte l'église, combien de temps s'écoulera-t-il avant que je ne puisse revenir ? — Donnez-moi votre numéro de téléphone. Je vous rappellerai dans une ou deux heures. Ne revenez pas avant que nous ayons tiré toute cette histoire au clair. » Il poussa un soupir de soulagement en comprenant que ses arguments l'avaient emporté lorsque le vieil homme entreprit de vider ses tiroirs des affaires qu'il estimait assez importantes pour être emmenées avec lui. Jewel essaya de rester parfaitement calme tout en se rapprochant progressivement de la porte du bureau toujours ouverte. La liberté... pourquoi fallait-il toujours qu'elle se retrouve à fuir des cinglés ? « Ne me poussez pas à vous courir après, maugréa Steven entre ses dents en tournant brusquement la tête pour planter son regard dans celui de Jewel. J'ai dit qu'il pouvait y aller... pas vous. Jewel resta bouche bée, figée en plein mouvement. Comment osait-il lui donner des ordres ? Elle serra les dents en réalisant qu'elle lui avait obéi inconsciemment. Elle leva le menton avec un air de défi en tirant une conclusion. Dès qu'elle s'en irait, elle continuerait de fuir... tous les autres, y compris son père. — Qu'allez-vous faire d'elle ? interrogea le prêtre d'un air indigné. — Je vais faire ce que vous ne pouvez faire... la protéger », tonna Steven qui ne voulait pas se battre sur ce point. La vue de l'ecchymose sur la joue de Jewel l'avait fait littéralement sortir de ses gonds, et il serait damné plutôt que de la ramener à l'homme qui avait levé la main sur elle. « Je n'ai besoin de personne pour me protéger », répliqua Jewel, qui tournait les talons pour prendre congé mais s'arrêta net à la vue des deux hommes à l'expression menaçante qui se tenaient dans l'entrée. Dean avait senti la détresse de Steven dans l'escalier, et maintenant qu'il regardait la jeune femme qui en était responsable, il comprenait mieux ce que ressentait Steven. En lisant dans son âme, celui-ci surprit un regard fugitif de cet ange de la mort insaisissable. « Tu as tort, rétorqua-t-il, se déplaçant si vite que même les deux métamorphes ne parvinrent pas à le suivre des yeux. Tu as besoin de quelqu'un qui veille sur toi. » Jewel réprima un cri lorsque l'homme posa la paume de sa main tout contre sa joue douloureuse et que ses yeux devinrent couleur mercure. La main froide qui serrait depuis si longtemps son cœur de ses doigts de glace fondit comme neige au soleil. Tout à coup, elle se remémora des émotions dont elle avait oublié l'existence... la chaleur, le sentiment de sécurité... l'amour. Le prêtre recula contre son bureau lorsque grandit l'ombre d'une paire d'ailes se déployant au sommet de l'échine de l'inconnu, dans une lumière étincelante, avant de disparaître. « Je serai en bas », annonça Dean alors que le vent s'engouffrait dans l'espace qu'il venait de quitter. Steven ne savait pas pourquoi Dean avait choisi ce moment précis pour dévoiler son pouvoir mais il lui était reconnaissant de l'avoir fait. La joue de Jewel était guérie et le prêtre semblait touché par une vision de la lumière divine. « Nous devons partir... tout de suite », dit Nick du pas de la porte. Steven attrapa la main de Jewel et se dirigea vers la porte, heureux de voir qu'elle était tellement sous le choc de ce qu'elle venait de voir qu'elle ne riposta pas sur le moment. « Attendez, héla le prêtre, retenant Steven et Nick qui se tournèrent vers lui. Est-ce que c'était... ? hésita-t-il en désignant l'endroit où Dean s'était tenu peu de temps auparavant. Steven sourit spontanément devant l'excitation qui pétillait dans les yeux du vieil homme. — Ouais... c'était lui. » Le prêtre souriait à son tour quand Steven et Nick quittèrent la pièce en traînant Jewel à leur suite. Il hocha la tête avant de commencer à rassembler les effets nécessaires. Selon lui, Dieu était en train de préparer la Terre à Son retour. Steven et Nick sortirent de l'église mais Steven fit s'arrêter Jewel dans leur marche pour jeter un coup d’œil à la fenêtre du bureau. Il poussa un soupir de soulagement en constatant qu'il n'y avait plus de lumière dans la pièce. « On dirait que le vieux est en train de suivre ton conseil, dit Nick. Steven secoua la tête. — Je crois plutôt que c'est parce qu'il a vu la vraie nature de Dean et qu'il a vécu une sorte d'expérience spirituelle. Il m'a donné son numéro, je l'appellerai quand on aura rendu cet endroit sûr. — Je ne pense pas que ce sera l'affaire de deux ou trois heures, souligna Nick. — C'est comme ça, répondit Steven. Maintenant, retournons au night-club histoire de tenir Warren et Quinn au courant des dernières nouvelles. » Dean s'assit sur le toit de la cathédrale et sourit en baissant les yeux sur le trio qui quittaient l'église. Il avait apporté à Steven toute l'aide qu'il pouvait lui fournir mais le sort de guérison qu'il avait lancé à la fille ne ferait pas éternellement effet. Il pouvait sentir la montée des ténèbres sous la bâtisse avec les vampires qui sortaient du tunnel. Contrairement aux vampires de la nuit dernière, ces monstres-ci étaient mus par une force bien plus sombre et sinistre que tout ce que Dean avait déjà pu voir auparavant. Le visage de Dean s'assombrit lorsqu'il se demanda pourquoi il ne l'avait pas remarquée après avoir nettoyé l'église de son premier nid de vampires. Cette influence-là était très ancienne et très puissante. Aussitôt qu'il l'avait cernée, les ténèbres s'étaient envolées et seule la présence des vampires pouvait être perçue. Le déchu retourna à l'église afin de vérifier que le vieil homme avait bien quitté les lieux vivant. Chapitre 4 Trevor et Kat avaient suivi le vampire qu'ils avaient découvert en pleine balade dans la ville. « Mais qu'est-ce qu'il fabrique ? murmura Kat, qui commençait à avoir des soupçons. — On dirait qu'il fait du shopping », répondit Trevor quand le vampire s'arrêta devant une vitrine et contempla ses étalages plongés dans l'obscurité. Ce vampire était jeune, à peine âgé de dix-huit ans selon toute apparence. Il avait des cheveux noirs et raides et portait des lunettes rondes. Avec ses cheveux coiffés en arrière, il aurait pu être presque présentable sans la pâleur de sa peau. Ses deux poursuivants accélérèrent le mouvement lorsque le vampire se détourna brusquement de la fenêtre et commença à redescendre la rue. Même si les magasins étaient fermés à cette heure de la nuit, les trottoirs étaient peuplés. Ils avaient découvert le corps de la dernière victime du vampire gisant de tout son long sur une pelouse tondue. Grâce à leur odorat, ils étaient parvenus à retrouver le suceur de sang alors que ce dernier atteignait Rodéo Drive. Une fois sur place, Trevor avait retenu Kat en lui rappelant qu'il y avait bien trop de monde autour d'eux pour courir aveuglément après leur cible. Maintenant, ils se retrouvaient à suivre un vampire à pied et ni l'un ni l'autre n'était d'humeur à faire la conversation. Tout ce qu'ils savaient, c'était qu'ils étaient dans un bus, et ils ne prêtaient pas vraiment attention à leur destination. Finalement, le vampire tendit le bras et tira le cordon pour signaler sa sortie prochaine. Kat et Trevor descendirent à l'arrêt suivant avant de faire le bilan de leur poursuite. Le vampire continua sa promenade et Kat émit un grognement frustré. « Je commence à croire que ce vampire est défoncé. Nous avons fait presque un tour complet, se plaignit-elle. Nous sommes seulement à quelques pâtés de maisons du night-club. — Il est parti par là ! » s'exclama Trevor avant de se précipiter vers une ruelle dans laquelle le vampire s'était soudainement engouffré. Les tennis de Trevor firent un bruit chuintant lorsqu'il aborda l'entrée de la ruelle avant de la scruter avec attention. Kat se tenait à côté de lui, se baissant un peu subitement afin qu'ils puissent tous deux observer du coin de la rue où ils étaient postés. « Fais chier, jura Trevor avant de dégainer son 9mm. — Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi tu portes un flingue, dit Kat, même si elle savait que Nick en portait une aussi. Ce n'était pas l'arme sur laquelle comptait Nick... mais sur les balles en bois fabriquées tout spécialement qu'elle contenait. Ces trucs-là n'ont aucun effet sur les vampires, ajouta-t-elle. Trevor esquissa un petit sourire malicieux. — Tu oublies pour qui je travaille. Ces balles sont fabriquées dans le but d'exploser dès l'impact, et son intérieur est vide et rempli d'un peu d'acide chlorhydrique. Cette merde dévore tout ce qu'elle touche. — Pourquoi l'acide ne détruit-il pas l'intérieur de la balle ? demanda Kat, secrètement en quête d'informations à réunir pour ensuite les rapporter à Nick. — Il y a une enveloppe interne dans la balle qui l'isole de l'acide, l'empêchant ainsi de la désintégrer. J'ai oublié le nom de ce dispositif sur le moment, expliqua Trevor. C'est assez puissant pour être à l'épreuve de l'acide mais assez fragile pour se briser aussitôt entrée en collision avec la cible. Kat se redressa lentement avant de proposer : — On y va ? » Trevor resserra sa prise sur son arme et avança le premier, suivi de Kat qui, elle, avait en sa possession une dague effilée dans chaque main ; petite attention courtoise de la part de Trevor. Ils longèrent toute l'allée avant de comprendre que le vampire s'était volatilisé. Trevor relâcha sa position et baissa son arme avant de s'exclamer : « Il n'est plus là ! Kat laissa échapper un soupir plein de frustration. — Bon, puisque nous sommes à côté, nous pourrions aussi bien retourner au night-club ? » « Malgré tout le plaisir que j'ai eu à vous balader tous les deux, pauvres idiots, à travers la ville, lança une voix qui surgit de derrière eux, je me dois d'insister pour que vous restiez pour le dîner. » Kat et Trevor firent volte-face dans la direction de la voix et se figèrent à la vue du vampire qu'ils avaient traqué avec les cinq autres. « Ce fils de pute savait que nous étions en train de le suivre, gronda Trevor en dégainant à nouveau son arme et en la pointant sur la créature. Étant cernés sur trois côtés par des murs et bloqués par les vampires devant eux, Kat comprit qu'elle et Trevor allaient devoir mener un combat acharné pour sortir de ce traquenard. Elle s’accroupit très près du sol lorsque les vampires fondirent sur eux à une vitesse surnaturelle. L'un d'entre eux, doté d'une chevelure d'un rouge flamboyant, bondit dans l'intention manifeste d’avoir le dessus sur eux, au sens littéral du terme. Kat poussa sur ses pieds pour se donner de l'élan et l'attaqua en plein mouvement. Ses longs ongles effilés ressemblaient à des griffes en cet instant précis, bien qu'elle ne soit pas en train de changer de forme. Ils allèrent s'écraser au sol, le vampire atterrissant sur le dos et sous elle. Le suceur de sang serra son poignet droit si fort qu'elle sentit ses os commencer à craquer douloureusement. Ravalant la souffrance atroce, elle fit un mouvement de poignet en direction de celui du vampire pour y enfoncer sa dague en guise de riposte. Retrouvant sa liberté, Kat ne perdit pas de temps quand elle enfonça la main dans la poitrine de son adversaire et lui arracha le cœur. Trevor visa puis tira sur le monstre qu'ils avaient pisté toute la nuit. La balle frappa la créature à la gorge et, pendant un instant, elle reste là à fixer Trevor avec une expression incrédule avant de pousser un hurlement et de se lacérer la gorge. Son cri cessa net lorsque l'acide une fois libéré de son carcan atteignit la pomme d'Adam du vampire. Trevor, en réalité, n'eut pas le temps d'assister à ce qui s'ensuivit car il fut aussitôt attaqué par un autre vampire. Son corps fut propulsé contre le mur de la ruelle et de là, glissa au sol. Son 9mm vola dans les airs alors que le jeune homme tentait d'ignorer d'ignorer les étoiles qui dansaient devant ses yeux. L'autre vampire était en train de s'approcher de lui lorsque Trevor sentit quelque chose contre sa jambe. Baissant le regard, il vit la tête du vampire sur lequel il avait tiré peu de temps auparavant et s'en empara. Empoignant la tête coupée par les cheveux, Trevor la lança sur l'assaillant qui arrivait, alors qu'elle continuait de se désintégrer. La créature esquiva le projectile improvisé et feula dans sa direction, prêt à lui sauter dessus. Quelque chose de brillant traversa son champ de vision et Trevor vit une longue dague ressortir de la poitrine du vampire. Tournant la tête, Trevor aperçut Kat debout au milieu d'un carnage sanglant. « Attention ! » hurla Trevor. Kat brandit sa deuxième dague et hoqueta lorsque le vampire lui immobilisa la main et la contraignit en un geste circulaire à se blesser elle-même, directement dans l'intérieur de sa cuisse. La douleur qu'elle ressentit lui donna la force de repousser le vampire loin d'elle. Elle recula en titubant le plus vite possible vers Trevor et entreprit de retirer le poignard de sa cuisse. Un liquide chaud s'écoula aussitôt de la blessure et traça un sillon le long de sa jambe. Trevor savait qu'il fallait qu'il se passe quelque chose. Ils étaient tous deux blessés, à présent. Il pouvait sentir la douleur qui lui vrillait les côtes et l'épaule, là où il avait heurté le mur, et il éprouvait de la difficulté à respirer. Levant les yeux sur Kat, qui se tenait devant lui en bouclier, il réfléchit à leur prochaine riposte. Il fallait qu'il se transforme en quelque chose d'assez gros et fort pour continuer à lutter et survivre. L'inconvénient étant que, s'il changeait de forme, il devrait dévoiler sa véritable nature aux yeux de Kat. Son espèce n'avait jamais pu se mélanger aux autres tribus de métamorphes en raison de leur diversité. Ils pouvaient se mêler à n'importe lequel de ces clans puis disparaître sans laisser de trace, parfois pendant des décennies entières. Ils étaient des armes parfaites en cas de guerre. En raison de cela, n'importe quel animal dont il choisissait d'adopter la forme était toujours dix fois plus puissant que l'animal initial. Sous sa forme humaine, les mêmes règles s'appliquaient, mais ça ne les avaient pas vraiment aidés jusqu'ici. Néanmoins, s'il ne se transformait pas, ils seraient faits comme des rats. Tout à coup, Kat abaissa son arme et flancha. A cause de ses blessures, la métamorphose était deux fois plus lente que la normale. Son corps changea jusqu'à ce qu'elle se retrouve à quatre pattes. Ses vêtements glissèrent de son corps pour laisser place à un beau manteau de fourrure brune tachetée de noir. L'un des vampires restants chargea et Kat se redressa sur ses pattes de derrière, bloquant l'ennemi en une espèce de prise de catch. Ses griffes fouaillèrent les épaules de la créature et elle lui montra des crocs effilés. Sans y repenser à deux fois, Trevor choisit ce moment-là pour se métamorphoser. Les deux vampires encore debout feulèrent avec colère lorsque l'humain qu'ils cernaient se transforma en un ours kodiak. Trevor donna un énorme coup de patte à l'ennemi le plus proche, et écharpa la moitié de son corps, laissant retomber les jambes de leur propriétaire sans vie. Sachant que le vampire n'était pas mort, Trevor se rapprocha tranquillement de lui avant d'écraser la tête du monstre entre ses mâchoires puissantes. Il se redressa sur ses pattes pour aider Kat lorsque les deux derniers vampires l'attaquèrent de toutes leurs forces. Trevor recula de quelques pas en titubant avant de rugir férocement et d'en frapper un avec violence, l'envoyant valser à travers la ruelle. Il rugit de nouveau quand le dernier enfonça ses canines dans son omoplate. Il entendit le cri de jaguar de Kat et sentit le contact du mur de briques tout contre sa tempe, avant de s'écrouler sous le choc. ***** Quinn et Warren avaient passé au peigne fin toute la zone dans un périmètre de cinq kilomètres du night-club. « Il n'y a rien dans les alentours., constata Quinn avant de laisser libre cours à sa frustration. Quelque chose n'était pas normal... il pouvait le sentir dans l'air. Warren perçut la tension qui pointait dans la voix de Quinn. — Après la bataille de l'entrepôt, on ne peut pas dire que je sois vraiment surpris. » Son portable vibra, ce qui fit sursauter les deux hommes et qui en dit long sur l'état de leurs nerfs. Il sortit son portable de la poche de son jean. « Salut, dit Warren à son interlocuteur, avant de hocher la tête après un moment. D'accord, nous allons y jeter un coup d’œil. » Il mit fin à la communication et rangea le téléphone dans sa poche avant de lancer à Quinn : « C'était Nick, il semblerait qu'ils aient trouvé un tunnel souterrain sous l'église. — Nous devrions aller voir ce qu'il en est », répondit Quinn, qui essayait d'ignorer le fait que sous sa peau courait un flot d'adrénaline et il n'avait pas la moindre idée d'où cette sensation pouvait lui venir. Le cri distinct d'un jaguar traversa le calme de la nuit, interrompant les deux hommes dans leur marche. Ils tournèrent la tête dans la direction du bruit avant d'échanger un regard. « Kat ! » s'exclamèrent-ils à l'unisson. Warren sortit immédiatement le portable de sa poche et le mis dans un étui attaché autour de sa jambe. Ce fut sans la moindre hésitation et quelques secondes plus tard seulement que les deux hommes avaient changé de forme et se précipitaient dans la rue. Les passants se mirent à crier et à s'enfuir pour ne pas se trouver sur le chemin des fauves, ce qui provoqua une panique générale. Quinn était le premier et se rua en pleine circulation, ce qui fit qu'une voiture to slam on its brakes. La voiture qui suivait derrière rentra sans la première et ainsi de suite, ce qui créa une réaction en chaîne. Warren bondit sur le capot de la première voiture et jeta un coup d’œil à l'intérieur pour s'assurer de la sécurité des passagers avant de partir à la suite de Quinn à travers la route. Le chauffeur de la voiture, choqué par ce qui venait d'arriver, s'empara de son portable. ***** Jason s'ennuyait à mourir. Rien de spécial ne s'était passé ces derniers jours, et avec Tabby et Envy parties en voyage, il commençait à devenir fou. Lorsque le téléphone sonna, il faillit sauter au plafond et se dépêcha de décrocher le combiné. « La station des gardes forestiers, j'écoute, articula Jason d'une voix terne. — Oui, répondit une voix tremblante. J'aimerais signaler quelque chose d'inhabituel. Jason poussa un soupir intérieurement puis attrapa un crayon et du papier. — D'accord, racontez-moi ce que vous avez vu, Monsieur. — La chose la plus étrange que j'ai jamais vue, dit l'homme dans un souffle. Je viens d'apercevoir un couguar et un jaguar en liberté courir au beau milieu de la ville. J'ai freiné brutalement lorsque le couguar s'est précipité devant moi et un jaguar est apparu sur le capot de ma voiture, m'a regardé, puis s'est lancé à la poursuite du couguar. — Ils se sont sûrement échappé du zoo, dit Jason, même si c'était là un mensonge qu’ils répétaient au public pour dissimuler le fait que la ville semblait en proie à une faune dangereuse ces derniers jours. — Non, s'exclama l'homme. Le jaguar avait un téléphone portable attaché à sa patte de derrière. Jason leva les yeux sur l'autre ranger qui se trouvait dans le bureau avec lui, Jacob Savage. — Donc vous êtes en train de dire que le jaguar avait un portable attaché à sa patte ? demanda Jason. Jacob faillit recracher son café et reposa la tasse, pour s'essuyer le nez, car il y avait fort à parier que le liquide était remonté jusqu'à cet orifice. — C'est exactement ce que je suis en train de dire ! brailla l'homme assez fort pour que Jacob puisse l'entendre. Jason acquiesça. —Très bien, Monsieur, calmez-vous. Vous disiez qu'il s'enfuyait, donc vous êtes en sécurité. Merci de votre appel, nous allons venir inspecter les lieux. » Jason se dépêcha de raccrocher le téléphone et le fixa un moment comme si l'appareil allait lui sauter à la gorge et le dévorer. « Sur ces bonnes paroles », lança Jacob après être venu à bout de sa quinte de toux. ***** Warren rattrapa finalement Quinn au moment où ils approchaient d'une ruelle, où l'odeur de Kat était la plus forte. Contournant l'angle de la rue, ils arrivèrent juste à temps pour assister au spectacle de Kat en train d'égorger un vampire, et d'un ours gigantesque plonger son énorme patte griffue à travers la poitrine d'un autre. Les griffes de la bête ressortit dans le dos du vampire, brandissant le cœur sanguinolent de la créature avant de le presser comme un ballon plein d'eau. Kat cligna des yeux, réalisant que d'une façon incompréhensible, au cours de la bataille... le nombre des vampires s'était multiplié. Elle eut à peine le temps de reprendre son souffle avant d'être attaquée par l'un des vampires encore debout. Elle poussa un cri primal lorsque des crocs tranchants plongèrent dans son flanc. Elle planta ses griffes dans le dos du vampire qui l'attaquait, essayant par là de lui faire lâcher prise. Tout à coup, elle sentit le poids sur son flanc disparaître et elle s'effondra, perdant connaissance à cause de l'accumulation de la douleur, de la perte de sang et de l'épuisement. Quinn vit le vampire attaquer Kat et sentit la rage monter en son sein. Il dévala la ruelle, en ne prenant pas garde de savoir si Warren le suivait ou non. Plaquant le monstre au sol, il lui feula au visage d'un air menaçant, avant de lui arracher la tête entre ses crocs acérés. Il pouvait sentir que sa victime enfonçait ses griffes en lui dans sa panique, mais il s'en fichait bien, continuant de lui déchirer le cou. Jetant la tête sur le côté, il se retourna vers Kat et émit un grondement. Trevor s'était occupé du dernier vampire en deux temps trois mouvements, le taillant en pièces jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un torse sans tête et sans membres. Il leva les yeux en entendant Kat hurler puis il vit un couguar bondir sur le vampire qui était en train de l'agresser. Lorsqu'elle reprit forme humaine, Trevor se plaça devant son corps nu et sans connaissance, se voûtant afin de la protéger d'une prochaine attaque. Un grognement profond attira son attention et il croisa le regard d'un couguar furieux qui avançait vers lui avec l'intention très manifeste de le tuer… Quinn Wilder. Suite à cet affrontement, Trevor était épuisé et ses réflexes s'en trouvaient ralentis. Il n'était pas apte à chasser Quinn et subit de plein fouet l'attaque frontale, sur le côté. Trevor fut propulsé à travers la ruelle et retrouva le mur de briques pour la seconde fois cette nuit-là. Trevor gronda et parvint à se relever sur ses pattes de derrière pendant deux secondes entières avant de s’affaisser et de glisser au sol. Quinn se rapprochait de lui et il ne voulait pas retrouver forme humaine devant le couguar, mais savait qu'il le fallait. Kat allait sûrement le leur dire, de toute façon... alors qu'avait-il à perdre ? Incapable de juger l'étendue de ses blessures à travers sa fourrure, il retrouva lentement son apparence humaine et tenta une fois de plus de se remettre sur ses pieds. Quinn se figea lorsqu'il vit l'homme aperçu au bar... Warren l'avait appelé Trevor. Il siffla quand son odorat lui indiqua que Trevor n'était pas un banal métamorphe… ou du moins, pas d'une espèce qu'il avait déjà eu l'occasion de croiser. Et ignorer ce qu'il s'apprêtait à affronter n'allait pas apaiser sa rage. Il avança d'un pas mais Warren surgit brusquement dans son champ de vision pour s'approcher de Trevor à son tour, revenant comme lui à son apparence humaine. Lorsque Trevor chancela, Warren passa le bras de ce dernier autour de son épaule. Il n'avait pas trouvé de raison valable pour laisser Quinn frapper un homme à terre. Trevor leva le regard sur Warren et lui adressa un petit sourire ironique en réalisant le désavantage de leur situation. « Le joli bordel, maintenant nous voilà tous complètement nus », murmura-t-il avant de tourner aussitôt de l’œil. Warren secoua la tête et ne put empêcher un large sourire de lui monter aux lèvres en réaction à la remarque tout à fait sensée de Trevor. Il y avait des moments comme celui-là où il était content d'avoir son portable sur lui, et d'avoir pensé à l'attacher comme il l'avait fait. Il reposa Trevor avec délicatesse contre le mur et allait sortir son portable lorsqu'il entendit Quinn grogner. Quinn s'était transformé et avait le regard posé sur la silhouette immobile de Kat. Ses vêtements se trouvaient à quelques pas d'elle, formant un tas de loques, immettables suite à sa transformation. Repoussant cette considération à plus tard, Quinn se mit à examiner ses blessures et se figea tout à coup en voyant le sang continuer de couler de l'intérieur de sa cuisse. Écartant sa jambe sur le côté afin de voir de plus près l'origine de cet écoulement, il tomba en arrêt devant la découverte d'une marque d'accouplement. Un grondement monta dans sa gorge avant qu'il ne puisse le refréner. Kat s'était accouplée avec un homme, qui avait laissé le sceau de son droit sur elle avant de l'abandonner. Quinn sentit la jalousie s'allumer au plus profond de lui et se pencha plus près de Kat afin de humer sa peau, dans l'intention de voir si l'odeur persistait toujours. Cette information ne fit qu'accentuer sa colère... elle ne sentait pas seulement l'odeur d'un autre homme, elle sentait merveilleusement bon. Regardant l'autre homme devant lequel Warren était accroupi, Quinn se demanda si la marque avait été laissée par l'ours-garou aux cheveux blonds. Warren s'empara de son téléphone en décidant d'ignorer le petit accès de colère de Quinn pour le moment. Kat avait besoin d'aide et il n'allait pas révéler à Quinn qui était l'auteur de la marque. Il le laisserait le plaisir immense de le découvrir par lui-même. « Madame Tully ? demanda Warren avant de sourire. Je vais bien, M'dame. J'étais en train de me demander si vous pouvez me retrouvez au Moon Dance. Ma sœur et son ami Trevor ont été blessés et nécessitent les soins médicaux que vous seule pouvez délivrer. » Warren resta silencieux un instant avant de conclure en hochant la tête : « Je vous remercie, Madame Tully. » « Je ne savais pas que tu connaissais Madame Tully, lança Quinn d'un ton calme. Il avait fait la connaissance de la vieille femme peu de temps après que les deux familles aient rompu tout contact. Warren esquissa un petit sourire moqueur en composant un autre numéro. Quinn s'imaginait-il être le seul endroit de jouer les espions ? — Nick a eu plus d'ennuis que je saurais les compter. Madame Tully s'est toujours occupée de le rapiécer et elle laisse toujours sa porte ouverte au cas où nous aurions besoin d'une retraite. — Cela m'étonne que nos chemins ne s'y soient jamais croisés, jusqu'à maintenant », répondit Quinn qui devenait de plus en plus suspicieux. « Nick, nous nous trouvons dans une ruelle à dix pâtés de maisons à l'ouest du night-club et il faut que tu viennes nous chercher. Ramène des vêtements pour trois hommes et ta sœur, et viens avec le Hummer », dicta Warren sur son portable, avant de raccrocher sans attendre la réponse de Nick et de tourner son attention sur Trevor. « Est-ce que c'est lui, l'auteur de la marque de Kat ? demanda Quinn. — Ça, mon pote, ce n'est pas à moi de te le dire », répondit mystérieusement Warren. Chapitre 5 Nick venait tout juste de déposer Steven et Jewel au Night Light quand il reçut l'appel. Jewel s'était tenue très tranquille depuis le petit tour de magie de Dean à l'église mais il pouvait affirmer sans craindre de se tromper que peu importait ce qu'avait fait le déchu pour calmer la jeune femme, l'effet commençait à se dissiper. Plus ils s'éloignaient de l'église et plus elle devenait paranoïaque. Il ne pouvait qu'imaginer l'enfer qu'elle allait déchaîner sur Steven une fois sortie de son silence. Saluant Steven de la main, Nick saisit précipitamment son téléphone et jongla avec pendant un moment, quand il manqua de perdre sa prise. Il le rattrapa finalement à la troisième sonnerie avant de l'ouvrir. « Vas-y, parle », grogna-t-il. Son expression devint sérieuse puis il enfonça l'accélérateur jusqu'au sol. Heureusement, il avait décidé de conduire le Hummer pour ramener Steven et Jewel au Night Light. Il effectua mentalement un inventaire rapide puis poussa un petit soupir de soulagement en se souvenant que Warren avait gardé quelques vêtements dans le véhicule qu'il conduisait, suite à leur dernier camping. Personne n'avait pris la peine de ranger ses affaires et ces vêtements avaient sauvé Nick sur le trajet du retour. C'était une bonne chose que Warren et Quinn fassent à peu près la même taille... il n'y avait rien de pire que de tenter de rentrer dans des fringues trop petites. Activant le GPS sur son téléphone, il localisa l'endroit où se trouvait Warren. Tournant le virage suivant sans ralentir, Nick comprit qu'il n'allait pas aimer ce qu'il verrait une fois sur place. En réponse à une arrière-pensée, Nick saisit son téléphone et appela Devon pour lui faire connaître les derniers événements. Devon avait peut-être quitté la ville de son plein gré, mais il avait fait promettre à Nick de l'appeler plusieurs fois par jour pour le tenir au courant de tout ce qui se passait. ***** Steven guida Jewel à l'intérieur du night-club et l'escorta rapidement jusqu'à l'étage. Lorsqu'ils pénétrèrent dans sa chambre, il ferma la porte sans la verrouiller. Il ne voulait pas qu'elle se sente prise au piège. Jewel cligna des yeux et parcourut du regard la pièce dans laquelle on l'avait emmenée. Le lit était immense, avec une couverture d'un vert profond. Deux oreillers décoratifs le couronnaient, en plus d'une peluche... un couguar. Elle ne put s'empêcher de sourire à ce détail et un rire nerveux franchit ses lèvres avant qu'elle ne puisse le retenir. L'armoire était noir et laquée, ornée d'un grand miroir avec, posé en son centre, un petit pot rempli de bambous. De l'autre côté de la pièce étaient installés deux poufs, avec suspendu au mur un grand écran plat de télévision, accompagnée d'une console de jeu et d'une flopée de jeux vidéo. Jewel ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle était aussi calme mais cette sensation commençait lentement à disparaître et à se voir remplacer par de la terreur. Mais qu'est-ce qu'elle pensait faire ici ? « Pourquoi m'avez-vous amenée ici ? demanda Jewel, faisant volte-face pour dévisager Steven. — Parce qu'ici tu seras en sécurité, répondit Steven. Tu ne retourneras pas voir ton fiancé ou ton père. Ce qui restait de son calme se volatilisa aussitôt à ces paroles et Jewel secoua vigoureusement la tête. — Non, il faut que je rentre ! Si je ne le fais pas, Anthony va me tuer. — Il ne peut pas te tuer s'il ne peut pas te retrouver, raisonna Steven d'un voix si glaciale qu'elle aspira toute la chaleur de la pièce. — Qu'en est-il du Père Gordon ? demanda Jewel d'une voix qui montait dangereusement dans les aigus. Si ils le retrouvent, ils remonteront la piste jusqu'ici, ajouta-t-elle en commençant à faire les cent pas avant de continuer : Papa va être tellement fou de rage et Anthony... je ne veux même pas penser à ce qu'il fera. Steven se remémora l'ecchymose grande comme une main qui marbrait la joue de Jewel un peu plus tôt. — Pourquoi voudrais-tu protéger ton père alors que de toute évidence, lui ne te protège pas du tout ?! explosa-t-il. — Mais qui t'a donné le droit de t'en mêler !? hurla Jewel à son tour, qui retrouvait son assurance maintenant que Steven s'emportait contre elle. — Tu sais quoi ? Très bien, répliqua Steven en ouvrant la porte de la chambre. Voici la sortie, va retrouver ton fiancé et un mariage forcé dont le mérite en revient à ton cher Papa, incapable de mener correctement ses affaires. Aucun père digne de ce nom ne sacrifierait ses enfants pour rembourser une dette dont il est le seul et unique responsable. Jewel fixa la porte, avança d'un pas hésitant avant de retourner s'asseoir sur le lit. Elle posa les yeux sur le réveil et comprit qu'il était trop tard pour faire machine arrière de quelque manière que ce soit. Il était deux heures du matin… c'était l'heure à laquelle les gardes de son père changeaient de forme et sa dernière chance de rentrer chez elle sans se faire prendre. — Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? demanda Jewel en levant des yeux pleins de larmes Où irais-je ? Steven ferma la porte et s'agenouilla devant elle. — Et si tu commençais par tout me raconter ? — Quoi, par exemple? interrogea Jewel. Steven lui fit un petit sourire. — Ton nom de famille serait un bon début. Jewel poussa un soupir. — Je m'appelle Jewel Scott et mon père dirige un lieu de vacances pour le compte de mon… fiancé. Dieu que ce mot me laisse un goût amer dans la bouche. Steven sentit un grand poids s'envoler de ses épaules en réalisant à nouveau à quel point elle haïssait l'idée d'être mariée de force à ce type... non qu'il laisse un tel événement se produire, à présent. — D'accord, calme-toi et reviens en arrière dans ton histoire. Essaie de commencer par le début, suggéra-t-il. Prenant une grande inspiration, Jewel se mit à parler calmement, se contentant de laisser un flot de paroles s'échapper de ses lèvres. — J'étais en pensionnat lorsque Papa a commencé à avoir des ennuis à son lieu de travail. Un agent du gouvernement sous couverture s'y est présenté comme client, et tentait en réalité de démasquer les activités de la mafia qui s'y déroulaient. Quand Papa a découvert l'identité de cet homme... il a donné l'ordre de le tuer. Steven hocha la tête. — Que s'est-il passé ? — Papa a attendu trop longtemps pour le tuer... l'agent infiltré a délivré toutes ses informations à ses supérieurs. Puisque cet agent ne s'était pas enregistré ou je-ne-sais-quoi, le FBI a envoyé plus d'agents et Papa a été arrêté. Anthony Valachi l'a fait sortir de prison d'une façon propre à lui, probablement en corrompant l'un des hauts fonctionnaires, et ainsi toutes les charges contre mon père ont été abandonnées. Maintenant, Papa a une dette envers son patron. Ne trouvant pas d'autre moyen de la régler, une fois revenue de l'école, Papa m'a annoncé que j'étais fiancée à Anthony et qu'il en était heureux. Jewel prit une nouvelle inspiration et posa une main sur ses yeux. — Je ne veux pas encore me marier … je voulais m'occuper de mon avenir, aller à l'université et trouver un métier, peut-être même voyager un peu. Cet homme-là a deux fois mon âge. Maintenant, je suis la prisonnière et l'esclave de cet enfoiré et c'est l'erreur de mon père. Steven acquiesça et combattit le besoin de se redresser et de faire les cent pas dans la chambre. Finissant par capituler, il se mit à aller et venir dans la pièce. — Je peux arranger ça, dit-il avec fermeté tout en continuant de parcourir la pièce de long en large. Son esprit réfléchissait très vite. — Ouais, super, rétorqua Jewel en fronçant les sourcils, avec toi, et quelle armée ? » Elle se remémora tout à coup l'ange aperçu à l'église et leva les yeux sur Steven avec espoir. Steven avait reconnu le nom du fiancé de Jewel, qui était ce même homme avec lequel Micah s'était battu deux semaines auparavant avant de disparaître. Micah avait expulsé le concerné du night-club après l'avoir gratifié d'un coup de poing en pleine figure, le propulsant littéralement hors de son fauteuil. Steven avait encore un mal fou à ne pas exploser de rire en se remémorant cette scène. Quinn, cependant, n'avait pas paru sensible à l'aspect comique de cet épisode. Peut-être Quinn avait-il appris que Anthony était un grand patron de la mafia et qu'il avait essayé de le surveiller au nom de Micah. D'ailleurs, cela avait eu lieu la même nuit que la disparition de Micah. Il posa les yeux sur Jewel à nouveau, alors qu'il passait devant elle. Elle avait raison... Anthony Valachi avait deux fois son âge et un véritable connard arrogant. Il n'y avait ps moyen qu'il abandonne la jeune femme aux mains de cet homme ni à celles de son père violent… son père… le prêtre de l'église. Puisque cet homme lui devait une faveur, à présent, et ce grâce au coup de pouce de Dean... il allait la lui donner. Allumant son portable, il composa plusieurs chiffres et sourit lorsqu'il entendit quelqu'un décrocher à l'autre bout du fil. « Dean, es-tu encore à l'église ? Bien, retrouve le prêtre et attends-moi là-bas.» Il mit fin à l'appel et réduisit la distance entre lui et Jewel. S'agenouillant une seconde fois devant elle, il prit ses mains dans les siennes, frottant sa peau douce avec ses pouces de manière à l'apaiser. « Jusqu'où es-tu capable d'aller ? interrogea-t-il d'une voix déterminée en cherchant à croiser son regard. — Il va falloir faire bien plus que s'enfuir, répondit Jewel, qui détesta la petite voix qui sortit de sa gorge. Elle ne souhaitait pas faire entendre à quel point elle était effrayée. Elle se mordit la lèvre inférieure, soucieuse de savoir où Steven voulait en venir. — Si tout se passe bien, tu n'auras plus à fuir plus loin qu'ici. — Et à quoi penses-tu ? demanda Jewel qui chercha à retirer ses mains mais qu'il retint d'une poigne ferme. — Je pense que tu ne peux pas être mariée deux fois, avança Steven. Il tressaillit lorsqu'elle se jeta suffisamment en arrière pour échapper à son étreinte. Se redressant, il la dévisagea alors qu'elle rampait à travers le lit dans l'intention de mettre de la distance entre eux. — Écoute… commença-t-il. — Non, manqua de hurler Jewel en atteignant le côté opposé du matelas, se sentant un peu plus en sécurité alors que le lit faisait maintenant obstacle entre eux. Son visage s'enflamma lorsqu'elle se rendit compte que le lit serait de bien plus d'une seule façon entre eux si elle se mettait en tête d'accepter l'éventualité de cette folie. Elle détourna aussitôt les yeux du lit. — Et tout d'abord, je ne voulais pas me marier ! Alors pourquoi me marierais-je avec toi ? Les yeux de Steven se plissèrent sous l'insulte mais il n'allait certainement pas laisser l'orgueil de la jeune femme causer sa perte. S'il se mettait à la terrifier, la situation empirerait. De plus... pour le moment, elle était la seule piste le menant jusqu'à Micah. Steven esquissa un début de sourire sournois, à présent qu'il avait une raison supplémentaire d'atteindre son objectif. — Pourquoi te marier avec moi, me demandes-tu ? Parce que si tu peux faire semblant de la réalité de notre mariage devant ma famille et la tienne... alors il en ira de même dans l'intimité de la chambre. Et quant à l'armée dont tu me parles, souviens-toi que je ne suis pas humain, ni ma famille, ni mes amis. Donc, une fois que tu auras plaqué ton ex et qu'il voudra riposter… nous l'attendrons. — Et pourquoi ferais-tu cela ? insista Jewel en secouant la tête. Et qu'entends-tu par faire semblant ? Steven tendit la main vers le lit entre eux avant de répondre : — Pour répondre à ta première question, j'ai un frère qui a disparu depuis deux semaines maintenant, et la dernière personne en dehors de ma famille à l'avoir vu était ton prétendant, et ce n'était pas dans un contexte amical. Alors, quelle meilleure façon d'attirer son attention en le narguant ? — Concernant ta deuxième question, afin que ce plan fonctionne, tout le monde devra croire que nous sommes amoureux et avons l'intention de rester ensemble. Mais quand nous serons seuls, tu dormiras de ton côté du lit et moi du mien. Ce n'est pas comme si je voulais renoncer à ma liberté, moi non plus. Si tu peux jouer la comédie... alors moi aussi. Jewel sentit ses épaules se détendre en comprenant où il voulait en venir. — Personne mis à part nous ne saura la vérité ? — Juste notre ange gardien… Dean, répondit Steven avec un petit sourire taquin lorsqu'elle effleura aussitôt sa joue de ses doigts, là où Dean avait opéré son petit miracle de guérison. — Et une fois que Anthony ne représentera plus une menace ? murmura-t-elle. — Alors notre bon ami le prêtre annulera notre mariage et nous irons chacun de notre côté. Mais tout d'abord, il devra nous marier et, pour le pousser à le faire... il devra être convaincu de notre amour et du fait que nous l'ayons consommé. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/amy-blankenship/lumiere-nocturne/?lfrom=334617187) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.
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