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Au Cœur Du Temps Amy Blankenship Le Cœur du Temps Série : The Guardian Heart Crystal (Roman 1) Author : Amy Blankenship Translated by Sofia Mohamed Copyright © 2010 Amy Blankenship English Edition Published by Amy Blankenship French Edition Published by TEKTIME All rights reserved. ISBN: ISBN-13 La Légende du Cœur du Temps Les mondes peuvent changer... mais les vraies légendes ne disparaissent jamais. L'ombre et la lumière se battent constamment depuis la nuit des temps. Les mondes sont formés et écrasés sous les pieds de leurs créateurs, mais le besoin continu de bien et de mal n'a jamais été en question. Cependant, un nouvel élément est parfois jeté dans le mélange... la seule chose que les deux camps veulent mais qu'un seul ne peut avoir. Paradoxal dans la nature, le Cristal du Cœur du Gardien est la seule constante que les deux camps s'efforcent toujours d'atteindre. La pierre cristalline a le pouvoir de créer et de détruire l'univers connu, mais elle peut en même temps mettre un terme à toutes les souffrances et les conflits. Certains disent que le cristal a son propre esprit... D'autres pensent que les Dieux sont derrière tout cela. À chaque apparition du cristal, ses gardiens ont toujours été prêts à le protéger de tous ceux qui l'utiliseraient de manière égoïste. L'identité de ces gardiens demeure inchangée et ils aiment avec la même férocité, qu'importe le monde ou le temps. Une fille se trouve au milieu de ces anciens gardiens et est l'objet de leur affection. Elle a en elle le pouvoir du cristal lui-même. C'est la détentrice du cristal et la source de son pouvoir. Les limites s'estompent régulièrement, et lentement, « protéger le cristal » se change en « protéger la prêtresse des autres gardiens ». C'est le vin qui abreuve le cœur de l'ombre. C'est le moyen permettant de rendre les gardiens du cristal faibles et sensibles aux attaques. L'ombre a besoin du pouvoir du cristal et de la fille, tout comme un homme aurait besoin d'une femme. Parmi toutes ces dimensions et ces réalités, vous trouverez un jardin secret connu sous le nom de Cœur du Temps. À cet endroit, la statue d'une jeune prêtresse humaine s'agenouille. Elle est entourée d'une magie ancestrale qui garde son trésor secret caché et bien conservé. Les mains de la jeune fille sont tendues comme si elle attendait que quelque chose de précieux y soit placé. La légende raconte qu'elle attend que la pierre puissante connue sous le nom de Cristal du Cœur du Gardien lui revienne. Seuls les Gardiens connaissent les vrais secrets de la statue et savent comment elle a vu le jour. Avant l'apparition des cinq frères, leurs ancêtres, Tadamichi, et son frère jumeau, Hyakuhei, protégeaient le cœur du temps durant sa période la plus sombre. Pendant des siècles, les jumeaux ont protégé le sceau qui empêchait le monde humain de chevaucher le royaume des démons. Cette tâche était sacrée, et les vies humaines, tout comme celles des démons, devaient être protégées et rester secrètes pour l'autre monde. Inopinément, sous leur règne, un petit groupe d'humains était accidentellement entré dans le monde des démons à cause du cristal sacré. Durant une période trouble, ses pouvoirs avaient provoqué une déchirure dans le sceau qui avait séparé les dimensions. Le chef du groupe d'humains et Tadamichi étaient rapidement devenus alliés, faisant un pacte pour fermer la déchirure dans le sceau et pour garder les deux mondes séparés l'un de l'autre pour toujours. Cependant, à cette période, Hyakuhei et Tadamichi étaient tous les deux tombés amoureux de la fille du chef humain. La déchirure avait été réparée par Tadamichi et la fille du chef contre la volonté de Hyakuhei. La force du sceau avait été décuplée, séparant le dangereux triangle amoureux pour toujours. Le cœur de Hyakuhei était détruit... Même son propre frère de sang, Tadamichi, l'avait trahi en s'assurant que la prêtresse et lui soient séparés pour l'éternité. Une fois perdu, l'amour peut devenir la chose la plus épouvantable. Le cœur brisé de Hyakuhei se changea en colère et en jalousie malveillantes causant une lutte entre les frères jumeaux, mettant fin à la vie de Tadamichi et séparant leurs âmes immortelles. Ces éclats d'immortalité créèrent cinq nouveaux gardiens pour préserver le sceau et le protéger de Hyakuhei qui avait rejoint les démons au sein du royaume du mal. Prisonnier de l'ombre qui l'avait consumé, Hyakuhei chassa toutes les pensées liées à la protection du cœur du temps... Au lieu de cela, il consacra entièrement son énergie au bannissement du sceau. Ses longs cheveux noirs atteignant ses genoux et un visage appartenant uniquement aux plus séduisants dissimulaient le véritable mal caché sous cette apparence angélique. Alors que la guerre commence entre les forces de la lumière et de l'obscurité, une lumière bleue aveuglante est émise de la statue sanctifiée, signalant que la jeune prêtresse s'est réincarnée et que le cristal a refait surface de l'autre côté. Alors que les gardiens sont attirés par elle et deviennent ses protecteurs, la lutte entre le bien et mal commence vraiment. D'où l'entrée dans un autre monde où l'obscurité domine dans le monde de la lumière. C'est l'une de leurs nombreuses aventures épiques... Chapitre 1 « Souvenirs brisés » - Kyoko !!!!!! Le cri de rage de Toya pouvait être entendu dans toute la forêt environnante. Alors que le son de son hurlement désespéré s'affaiblissait, tout devint silencieux comme la mort tandis que tous les yeux faisaient attention au prochain mouvement de Hyakuhei. Personne n'aurait pu arrêter cela. Tout s'était passé trop vite pour pouvoir réagir. Ce qui s'était passé avait paralysé de peur les cinq gardiens. Ils ne pouvaient pas croire qu'ensemble, ils étaient devenus les protecteurs du cristal du cœur du gardien pour combattre Hyakuhei... seulement pour le voir gagner. Seulement pour perdre la seule personne qu'ils aimaient et protégeaient tous. Là, planant au centre du champ de bataille... leur pire cauchemar se déroulait. Hyakuhei tenait Kyoko contre lui tout en fixant son visage terrifié. La moitié inférieure de son corps avait commencé à fusionner avec la sienne, tout comme il l'avait prévu. Il essayait lentement de l'absorber dans son corps et dans le vide de son âme, ainsi que le Cristal du Cœur du Gardien. Tous ceux qui regardaient pouvaient voir que le Cristal était corrompu puisque l'obscurité provenant uniquement du mal luisait en lui. Les mains de Kyoko étaient posées contre le torse de Hyakuhei alors qu'elle le repoussait désespérément, essayant de toutes ses forces de se libérer de ce gardien changé en démon. Cela le faisait rire. Hyakuhei était dorénavant sous l'emprise du pouvoir qui se propageait dans sa chair et son sang, et les piètres tentatives de la prêtresse pour lui échapper l'amusaient beaucoup. Ses longs cheveux noirs comme l'ébène tournaient autour d'eux comme s'ils avaient leur propre vie. Les pointes soyeuses des cheveux noirs se faufilaient derrière Kyoko comme une bande en fer pour aider à retenir son petit corps contre le sien. Kyoko se sentait sans défense alors qu'elle luttait contre l'attraction de son corps ne faisant qu'un avec le sien. Elle ne voulait pas tomber dans le vide froid et sombre qu'était son âme. Elle pouvait sentir tous les démons dedans... l'attendant. Plus elle était attirée dans son corps, plus cette partie de son corps devenait froide. Ses jambes piquaient comme si de la glace se formait le long de sa peau et comme si elle se faisait piquer par un million d'épingles en même temps. Elle savait que si elle ne faisait pas quelque chose rapidement, ils seraient tous perdus. Elle pouvait voir les cinq frères qui l'avaient protégée ces dernières années... alors qu'ils se tenaient là et observaient. Ils voulaient tous l'aider mais ils avaient trop peur d'agir tant qu'elle était retenue tel un bouclier. Elle ne voulait pas perdre face à ce traître des gardiens. C'était leur propre oncle... Pourquoi s'était-il retourné contre ses neveux il y a si longtemps ? Les yeux vert émeraude de Kyoko fixaient à nouveau ceux de l'ennemi sous l'empire de la colère et de la crainte. Cela ne pouvait pas arrivé... pas après tout ce qu'elle avait traversé. Tout était de sa faute. Ses yeux se plissaient devant le regard noir et ferme de Hyakuhei. Elle avait amené le Cristal dans ce monde et elle le retirerait de celui-ci si elle devait l'emmener tout droit en enfer avec elle. Kyou se tenait à tout juste six mètres et dégaina rapidement son épée de destruction « Hakaisha » dans une colère noire et aveugle. Il n'aimait pas cette pensée : son oncle... son ennemi, touchant la seule fille humaine qu'il eût jamais appris à respecter. Elle avait l'air si dangereusement fragile dans les bras d'un homme fou, la lutte étant maintenant entre la pureté et le mal. Le maître du royaume des gardiens... Kyou, le plus âgé de la fratrie, ne pouvait rien faire sans blesser Kyoko en même temps. Il savait secrètement que le pouvoir du Cristal ne pouvait pas lui faire de mal car il avait utilisé un sort permettant de bloquer tous les sorts avant cette bataille. Il s'était préparé en cas où Hyakuhei aurait essayé d'utiliser le Cristal du Cœur du Gardien contre lui. Mais cela... il ne l'avait pas prévu. Il ne voulait pas voir Kyoko blessée... jamais, pas tant qu'il avait le pouvoir de l'arrêter. Il ne se débattit pas lorsque les fantômes sombres et démoniaques envoyés par Hyakuhei sortirent du sol comme s'ils sortaient tout droit d'un cauchemar caché et s'enveloppèrent autour de son corps mortel pour le tenir tranquille. Kyou fixait Toya en voyant que la rage brûlait dans les yeux argentés de son petit frère. Hyakuhei avait recouvert Toya d'une horde de fantômes démoniaques essayant de le garder à distance, mais Toya luttait toujours contre eux avec une ardeur redoublée. Intérieurement, Kyou était heureux de voir son frère immobilisé... Sans cela, Toya attaquerait sûrement, peu importe les conséquences. La simple vue de Kyoko en si grand danger avait poussé Toya au-delà du point de rupture. Kyou pouvait sentir le pouvoir du gardien de Toya s'intensifier à chaque battement de cœur, ainsi que son propre pouvoir et celui de ses frères. À tout juste trois mètres, les yeux d'un bleu glacé de Kotaro s'élargissaient avec incrédulité. Il ne voulait pas voir Kyoko blessée mais il ne pouvait rien faire pour l'éviter. Ses deux bras étaient ensanglantés à cause de la bataille et ses jambes n'étaient pas dans un meilleur état. À cet instant, il n'avait même pas la force d'attaquer alors qu'il se démenait pour se lever, luttant contre la douleur. Son esprit toujours figé par la peur pour la fille qu'il aimait plus que tout. - Ne t'avise pas de lui faire du mal, ou je te traquerai même jusqu'en enfer, Hyakuhei, souffla Kotaro d'une voix rauque, montrant ses crocs pointus tandis que ses yeux d'un bleu glacé brûlaient d'un désir de vengeance. L'air lui-même autour de lui semblait prendre vie avec une ardeur redoublée tandis que les débris tourbillonnaient autour de lui à cause de ses souffles puissants. Kamui était effrayé, mais voir Kyoko se débattre dans les bras de Hyakuhei lui avait fait perdre la tête. De la poudre multicolore brillait dans son regard rempli de colère. Sans penser aux conséquences, Kamui courut tout droit vers Hyakuhei avec ses simples griffes, un courage inimaginable né de son amour pour la prêtresse et vu par tous. Les démons de l'ombre au service de Hyakuhei le repoussèrent, jetant son corps dans la boue et faisant s'envoler les débris. Kaen saisit Kamui fermement, du feu jaillissant de ses pieds alors qu'il se mettait à l'abri, veillant toujours sur le plus jeune des gardiens durant la bataille. En déposant Kamui, affaibli, sur le sol et hors de danger, Kaen lança un regard de braise à Hyakuhei et se tint entre le plus jeune des gardiens et le danger. Suki était à genoux en tenant toujours son père dans ses bras. Son corps à présent sans vie et sa haine envers Hyakuhei pour avoir tué Sennin la faisaient bouillonner de l'intérieur. Son regard se posa à présent sur Kyoko, elle espérait pouvoir empêcher sa meilleure amie de subir le même triste sort qui avait frappé un vieil homme si sage. Shinbe se tenait devant Suki d'un air protecteur, empêchant Hyakuhei de voir son corps. Le vent causé par la colère de Kotaro faisait s'envoler les cheveux bleu nuit de Shinbe sur son visage... ajoutant un air hagard à ses yeux entendus et d'une couleur similaire à l'améthyste. Son inquiétude pour Kyoko s'intensifiait alors qu'il sentait le pouvoir du Cristal grandir. - Non... Ce mot sortit de sa bouche comme si le vent l'avait soudainement assommé. Shinbe savait que si Hyakuhei obtenait entièrement le pouvoir du cristal du cœur du gardien, les deux mondes seraient en grand danger. Une larme brûlante coula le long de sa joue alors qu'il sentait son cœur se briser car il ne pouvait rien faire. - ...Kyoko. Hyakuhei regardait autour de lui ses ennemis qui s'étaient mis en travers de son chemin depuis si longtemps... la progéniture de son propre frère. Il savait qu'ils avaient peur de l'attaquer car il tenait à présent Kyoko tel un bouclier, et il pouvait ressentir la rage grandissant autour de lui. Ses ailes noires s'étendirent, créant une sombre toile de fond derrière lui tandis que ses yeux tout aussi sombres se braquaient sur la fille dans ses bras. - Ils essayent de te protéger, déclara-t-il d'une voix calme et apaisante, comme s'ils n'étaient pas en pleine bataille mais seulement en retrait, en train de l'observer. Il pouvait sentir le cristal sacré du cœur du gardien qui était toujours visible au centre de son torse nu. Son amour pour les gardiens luttant pour sa protection était la seule chose qui empêchait encore le cristal de sombrer complètement dans son corps et de lui donner le pouvoir qu'il désirait. La pureté de cet amour était son pouvoir, et elle l'utilisait pour essayer de lui retirer le cristal... il pouvait le sentir. Cependant, il pouvait également sentir le pouvoir qui coulait déjà dans ses veines, cela lui donnait envie d'en avoir plus. Son regard s'adoucit un instant tandis qu'il lui chuchotait comme s'il parlait à son amante : - Ce n'est pas assez. Hyakuhei décida qu'il utiliserait le pouvoir qu'il avait déjà obtenu du cristal contre Kyoko afin de détruire le lien d'amour qui unissait le petit groupe. Il savait qu'il devait l'arrêter... car son seul pouvoir était tout aussi puissant que le cristal qu'elle avait autrefois en elle. Le même cristal qui lui avait autrefois permis d'aimer... uniquement pour retirer cruellement cet amour de son étreinte par la suite. Il attira le visage rougissant de Kyoko vers le sien et déposa un doux baiser sur ses lèvres innocentes. En fixant ses yeux verts et troublés, il pénétra son esprit en utilisant le pouvoir du cristal du cœur du gardien. Hyakuhei cherchait ses souvenirs liés aux gardiens qu'elle aimait de tout son cœur... Il les lui prendrait. Voler ses souvenirs des personnes pour qui elle luttait affaiblirait son pouvoir et renforcerait le sien. Kyoko ne pouvait pas cligner des yeux. Elle sentait ses griffes malfaisantes dans son esprit, essayant de détruire ses souvenirs et de lui arracher la raison pour laquelle elle luttait... tentant de lui prendre son amour. Ses amis, chacun d'eux, elle ne pouvait pas le permettre. Kyoko sentait son pouvoir s'effondrer, la laissant avec une seule chose à utiliser contre lui, et c'était cette même chose qu'il essayait de prendre et de détruire. Ses yeux étincelaient d'une colère qui n'était plus réprimée. Elle agrippa ses cheveux noirs et soyeux et poussa son front contre le sien, tremblant avec un raz-de-marée de pouvoir. Sa voix perçant le silence du champ de bataille, elle s'écria : - Tu le veux tant que ça ? LÀ !! Prends-Le !!!! Les yeux dorés de Kyou brillaient intensément alors que la peur empreignait son corps comme la lame d'un couteau chaud. Qu'est-ce que la prêtresse faisait ? Il savait que quelque chose n'allait vraiment pas et sentait l'appel de ses pouvoirs psychiques... le poussant à écouter et à voir avant qu'il ne soit trop tard ! Il affina ce pouvoir et pénétra l'esprit de Kyoko en essayant de voir ce qui se passait. Il serait tombé à genoux en assistant à cela si les démons de l'ombre n'avaient pas été enveloppés si fermement autour de lui... le gardant immobile. Les sons et les images seraient implantés dans son esprit pour toujours, et quelque part, Kyou savait qu'il ne serait jamais capable d'oublier les sentiments qui le submergeaient. En effet, il réalisait en regardant dans son esprit que Kyoko avait entretenu des sentiments d'amour pour lui, tout comme pour ses frères. Il pouvait voir chaque toucher, sentir chaque émotion le caresser et chaque larme cachée le détruire comme cela avait dû la détruire. Kyou était également ébranlé par la frénésie en réalisant que Kyoko avait plus de pouvoir que ce que quiconque avait jamais pensé... un pouvoir dont elle-même n'était pas consciente. Il pouvait voir et ressentir chaque souvenir qui passait de son esprit à celui de Hyakuhei comme s'ils étaient jetés droit dans son cœur, là où il ne les libérerait jamais. Des années d'amour, de chagrin et de sacrifice... toutes données en un instant. Des larmes de colère ruisselaient sur les joues de Kyoko alors qu'elle poussait dans l'esprit de Hyakuhei chaque souvenir d'amour et d'amitié, de douleur et de sentiments inavoués qu'elle avait pour tous ceux qui luttaient avec elle. C'était la dernière arme qui lui restait. Aussitôt, la malveillance de Hyakuhei fut déstabilisée. Tout le monde sentait le changement du pouvoir tandis que le cristal commençait à passer d'une lumière sombre à une lumière blanche et aveuglante qui clignotait, et les spectres de l'ombre retenant Toya et Kyou se désintégrèrent dans les airs. Kyoko observait tandis que l'ange des ténèbres était désorienté, son visage pâle et parfait devenant déformé par la douleur. Au moment où elle se sentit glisser, Kyoko tendit ses deux petites mains et saisit le cristal, le retirant de sa chair. Elle savait ce qui devait être fait car elle pouvait déjà sentir son esprit perdre son combat contre les souvenirs qu'elle ne voulait pas oublier. Des larmes cristallines coulaient sur ses joues déjà striées. Elle avait cédé ses souvenirs afin de tous les sauver. Rapidement, avant de perdre ses pensées, elle déposa le cristal du cœur du gardien contre sa poitrine... parallèle à son cœur. Elle chuchota en se tournant vers Toya et Kyou s'élançant tout les deux droit vers elle : - Souvenez-vous de moi... s'il vous plaît... Trouvez-moi. La dernière chose que Kyoko entrevit tandis que sa vue commençait à se rétrécir fut eux deux, criant son nom et tendant la main vers elle. L'un avec les yeux dorés et humides, l'autre avec les yeux argentés et liquéfiés... et son monde devint noir. Kyou pouvait sentir Kyoko s'affaiblir et il pensait qu'elle était en train de mourir. Il s'élança avec Toya à l'unisson, essayant désespérément de l'atteindre lorsque tout changea, comme si une goutte d'eau avait frappé la surface de sa vue. Des vagues ondulaient vers l'extérieur en partant de Kyoko et elle disparut dans les airs. Puis, Hyakuhei cria de rage en disparaissant également. L'esprit de Kyou s'emballait tandis que le cri de son frère qui s'était joint au sien s'arrêtait brusquement, comme si le son avait été coupé d'un clin d’œil, et il savait que Toya avait également disparu. Kyou atterrit gracieusement sur l'espace vide où sa cible se trouvait une seconde plus tôt. Il lança son regard plein de colère autour de lui dans le déni. Tout le monde avait disparu. Kyou sentait l'adrénaline couler dans ses veines et se mélanger à son sang de gardien de haute naissance. Il avait tout vu et ressenti. Il possédait maintenant tous ses souvenirs. Kyoko s'était donnée entièrement pour les sauver, et au dernier moment, il avait entendu son souhait. Elle ne savait probablement pas ce qu'elle avait fait... mais elle les avait tous pris avec elle, le laissant derrière. Le sort qu'il avait lancé sur lui pour empêcher le cristal sacré d'être utilisé contre lui l'avait empêché de suivre les autres, où qu'ils fussent. Elle avait emmené tout le monde loin de lui avec seulement quelques mots chuchotés. Son corps se tenait fièrement debout. Ses cheveux argentés lui arrivant aux genoux flottaient autour de lui et la soie blanche de sa chemise flottait au vent comme s'il se tenait au cœur d'une tempête invisible qui égalait la tempête faisant rage dans son cœur tourmenté. Son apparence était celle d'un ange... royal, puissant et parfait, tandis qu'il considérait le champ de bataille désert. Jusqu'au moment où il posa sa main sur sa joue, attrapant l'unique larme cramoisie que lui-même n'avait pas le pouvoir d'arrêter. La vision de Kyou se troubla tandis que des plumes dorées provenant d'ailes qui avaient poussées tourbillonnaient devant lui, l'entourant d'une vaste lueur dorée et révélant sa vraie identité pour la première fois de sa vie sans âge. La seule blessure restante due à la bataille était l'entaille qui apparaissait dans son cœur... un cœur dont personne ne connaissait l'existence. Son regard se tourna en direction de la statue de la jeune fille qui se tenait à seulement quelques mètres de lui, et il chuchota : - Kyoko, je ne t'ai pas abandonnée. La distance de plus d'un millénaire n'est pas suffisante pour m'empêcher de te retrouver... Chapitre 2 « L'autre côté » De l'autre côté du Cœur du Temps, deux ans plus tard... et plus d'un millénaire dans le futur. La lettre était adressée au temple Hogo. Grand-père Hogo regardait l'élégante enveloppe que le coursier venait juste de lui remettre tandis qu'il la ramenait à la table où il buvait du thé. Avant qu'on frappât à la porte, il profitait de la paix et du calme dans la maison, habituellement trop active. Tout le monde était sorti pour la soirée. Tama était à la salle de jeux en ville avec des amis, et Kyoko était partie à la bibliothèque pour étudier, pendant que Mme Hogo était partie faire des courses. En prenant un petit couteau sur la table, Grand-père glissa avec précaution la lame tranchante à travers l'enveloppe aux bordures dorées. Il y parvint, sortant une lettre notariée rédigée sur un papier résistant aux bordures dorées, et commença à la lire. Plus il lisait, plus ses yeux s'élargissaient. C'était une bourse d'études, une bourse complète pour une école très chère située à la périphérie de l'autre côté de la ville. - K.L. Université. Sa vieille voix était pleine de stupéfaction pour la première fois depuis des années. Comme indiqué, tout serait entièrement payé, même le coût du dortoir dans lequel elle resterait, et c'était signé par le fondateur de l'école avec ses initiales indiquant K.L. Le visage âgé de Grand-père formait un sourire qui n'avait pas été aussi éclatant depuis bien longtemps. Kyoko allait être plus qu'heureuse. Il savait qu'elle avait peur que rater autant d'années d'études l'empêcherait d'être acceptée dans n'importe quelle école, et dorénavant, elle irait dans une école qui surpassait toutes les autres dans la région. Il fronça les sourcils pensivement... C'était l'école la plus difficile d'accès, car il ne connaissait personne qui avait jamais réussi à y entrer en postulant. Il y avait également une rumeur qui disait qu'il n'y avait que très peu d'étudiants à cause des critères requis extrêmement élevés rien que pour s'inscrire. Comment avait-elle été acceptée dans une école où elle n'avait même pas postulé ? Son esprit repensait aux deux dernières années. Kyoko avait mis à certain temps à reprendre le rythme des choses après être revenue de l'autel si désorientée. Ils avaient tous été perplexes lorsqu'elle était soudainement revenue, car elle ne se souvenait de presque rien concernant la période où elle était partie. La famille Hogo savait où elle avait été car elle avait fait plusieurs allers-retours à travers le portail du temps... Kyoko était la seule à être soudainement amnésique à ce sujet. Elle ne se souvenait même pas de Toya. Cependant, pour Grand-père, c'était une bonne chose car de toute façon, c'était préférable d'oublier ce gardien traversant le temps. C'était préférable d'oublier tout ce qui concernait l'autre côté et le danger qu'il avait amené. Son regard devint triste un instant. Oui, la famille savait presque tout ce qui s'était passé car Kyoko faisait des allers-retours entre les mondes et une fois de ce côté, elle les mettait au courant des derniers événements. Il pouvait également voir qu'elle avait caché beaucoup de choses qu'elle ne voulait pas leur dire. Des choses que dorénavant, ils ne sauraient jamais puisqu'elle avait oublié ces secrets. Même après que son petit frère Tama lui avait raconté beaucoup de choses qu'il savait, elle avait simplement secoué la tête et baissé ses yeux. Elle se rappelait uniquement qu'elle était seule dans l'autre monde. Un monde rempli de monstres. Grand-père retroussait ses lèvres tout en méditant. Il savait que les choses avaient été corrigées car Kyoko disait qu'elle se souvenait de quelque chose en rapport avec le Cristal du Cœur du Gardien revenant en elle, et que c'était fini. Après quelques semaines, elle s'était replongée dans ses devoirs et avait d'excellentes notes, et maintenant, tout cela avait fini par payer. Grand-père entendit la porte d'entrée s'ouvrir et son sourire s'élargit. Embrassant la lettre comme si c'était une sorte de porte-bonheur sacré, il regarda sa petite-fille entrer dans la cuisine... Kyoko allait adorer cela. Trois semaines plus tard... Des yeux dorés l'observaient tandis que la fille du passé s'approchait de l'école. Il l'avait retrouvée et d'une manière ou d'une autre, il ferait à nouveau les choses correctement. Il sentit son bouclier humain glisser un instant alors que ses yeux flamboyaient d'or liquide en mémoire de tout ce qui s'était passé ce jour fatidique au milieu d'un champ de bataille mortel. Les rayons du soleil matinal à travers la fenêtre projetaient une ombre étrange derrière lui ressemblant à des ailes. Il leva ses mains griffues et plissa ses yeux, observant ses griffes se rétracter dans sa cape humaine. Il calma ses pouvoirs intérieurs en tournant à nouveau son regard égaré vers la prêtresse. Il était temps, et avec la pureté de Kyoko, il ressentait également l'éveil du mal autour de lui. La bataille inachevée commencerait bientôt. Cette fois... il ne ferait pas la même erreur. Kyoko contemplait l'énorme bâtiment. Pour elle, il ressemblait presque à un grand château venant tout droit d'un passé inconnu. Elle esquissa un sourire. Elle n'y pouvait tout simplement rien. Elle était toujours aussi heureuse après avoir appris pour la bourse, et le fait qu'elle vivrait vraiment ici. Elle regarda Tama. Il avait été d'une grande aide en l'accompagnant pour l'aider à porter ses affaires et à s'installer. Kyoko était contente d'avoir persuadé sa mère et son grand-père de rester à la maison et de se dire au revoir là-bas. Maintenant, elle se sentait presque étourdie par tant de liberté et prit une grande inspiration, la savourant. - Kyoko, est-ce que tu vas rester là toute la journée ou est-ce qu'on peut chercher ton dortoir ? Rouspéta Tama, même si la vue l'impressionnait aussi. Il leva les yeux vers la gigantesque voûte menant aux portes principales avec étonnement. Kyoko regarda la carte dans sa main et indiqua l'énorme bâtiment connecté au côté droit de l'école. - Ça devrait être le bon bâtiment. Elle se tourna et fit un clin d’œil à Tama. - Merci pour ton aide ce matin. Tama sourit, se sentant légèrement embarrassé. - De rien Kyoko, après tout, je me débarrasse de toi pendant un moment, et c'est largement suffisant. Il l'esquiva et s'en alla tout en essayant de la distancer, mort de rire. Kyoko commença à le poursuivre mais s'arrêta en pleine course, sentant un regard posé sur elle. Alors que la brise soufflait sur ses cheveux auburn en dégageant son visage, elle leva les yeux vers le bâtiment en se demandant à qui appartenait le regard qui la caressait sans pouvoir voir qui que ce soit. Elle avait été capable de sentir des choses bizarres ces dernières années, et elle savait sans l'ombre d'un doute que quelqu'un était là... en train de l'observer. Elle pouvait presque sentir son toucher. Elle crut voir du mouvement derrière une fenêtre à l'étage, mais en regardant de plus près, elle ne vit rien. Kyoko poussa un soupir intérieur en réalisant que le sentiment étrange avait à présent disparu. Elle mordilla gentiment sa lèvre inférieure en attendant de ne plus être déçue. Renonçant, elle rattrapa finalement Tama qui passait les portes. Tous deux se figèrent en regardant aux alentours. - Cet endroit est génial, chuchota Tama tout en levant les yeux, puis se pencha pour ajouter d'une voix sérieuse, tu devrais garder cette carte... Te connaissant, tu te perdras ici. Kyoko ne semblait pas l'entendre tandis que son regard se baladait à l'intérieur du hall principal. La salle dans laquelle ils se tenaient avait au moins trois étages, avec des escaliers qui remontaient aux autres étages en formant des spirales. D'un côté, il y avait une énorme bibliothèque, tandis que de l'autre côté, cela avait l'air d'être une aire de loisirs, et en plein milieu, un lustre gigantesque était accroché à la haute voûte. - Je n'aimerais pas du tout le voir tomber, confirma-t-elle dans le vide en hochant la tête. Un coin salon avec des meubles luxueux se trouvait en dessous. Il y avait déjà des étudiants debout et occupés à faire des choses, même s'il était très tôt. Elle voulait être là le plus tôt possible, et il était à présent sept heures et demi du matin. Elle s'empressa de regarder à nouveau le papier, se demandant où elle devait aller. Elle regarda Tama par-dessus son épaule en gémissant et pointa du doigt l'escalier en colimaçon devant eux. Ils avaient quatre valises à eux deux car Kyoko allait emménager, et elles étaient très lourdes. Le visage de Tama se décomposa. - Tu plaisantes. Il lâcha la poignée de la plus grosse valise sachant que cette fois-ci, les roues en dessous ne seraient d'aucune aide. - Pour l'amour de Dieu, je n'ai que douze ans. Elle redressa ses épaules avec détermination. Kyoko fut surprise lorsqu'une voix masculine derrière elle lui demanda : - Es-tu Mademoiselle Kyoko Hogo ? - Oui, répondit-elle en se retournant instantanément. Ses yeux s'élargirent lorsqu'elle tomba nez à nez avec un très bel homme. Il avait des yeux saisissants et d'un bleu glacé, et de longs cheveux bruns attachés en queue de cheval. Alors qu'elle le fixait avec admiration, elle sentit une brise étrange lui caresser le visage. Les pointes de ses doux cheveux au vent chatouillaient ses joues. Il lui fit un sourire très charmeur. Puis, à la grande surprise de Kyoko, il claqua des doigts et deux hommes arrivèrent de presque nulle part, prirent ses valises et montèrent les escaliers avec elles. Les yeux de Kyoko s'élargirent tandis qu'elle les regardait, mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, l'autre homme avait pris sa main dans la sienne et l'amena à ses lèvres pour l'embrasser tel un prince. - Mon nom est Kotaro, et je n'aurais pas voulu voir une personne aussi belle que toi porter quoi que ce soit d'aussi lourd. Maintenant, si tu veux bien me suivre, je vais te montrer ton dortoir. Kotaro se tourna avec assurance en ne lâchant pas sa main et monta les escaliers. La chaleur soudaine qui parcourait ses doigts et son bras semblait continuer à se répandre dans son corps... réveillant son sang de gardien. C'était son secret à garder. Kotaro serra légèrement la main de Kyoko, il savait qu'elle était celle qu'il avait patiemment attendue. Il l'avait senti au moment où elle avait pénétré dans la pièce. Kyoko haussa un sourcil délicat en se disant : - Mon Dieu, épargnez-moi les hommes chevaleresques. Dans quoi suis-je tombée ? Elle se tourna et haussa les épaules vers Tama qui se tenait là, la bouche grande ouverte. Kyoko pencha sa tête sur le côté et haussa un sourcil. - Fais attention Tama, tu risques de gober des mouches comme ça. Puis, avant de pouvoir se reprendre, elle se retourna et suivit la silhouette svelte de l'homme qu'elle ne connaissait que par son prénom, Kotaro. Elle nota dans sa tête un point pour elle sur son tableau noir imaginaire où elle inscrivait secrètement son score et celui de Tama. Elle l'entendit se vexer derrière elle tandis qu'ils montaient les escaliers et savait à présent qu'elle était en train de gagner. Ils croisèrent un autre homme qui descendait les escaliers, et alors qu'il passa près d'elle sans même la regarder, elle sentit un éclair traverser son cœur et sa respiration se coupa. Tous les sons disparurent alors qu'ils se croisèrent presque au ralenti. Puis, tout revint à la normale alors que son cœur manqua un battement et accéléra. Un sentiment de malaise se glissa à travers sa peau comme si elle avait manqué quelque chose... ou plutôt comme si elle avait perdu quelque chose et qu'il lui manquait terriblement. En essayant de se débarrasser de cette réaction étrange, elle ne s'était même pas retournée pour voir celui qu'elle avait croisé, sentant à cet instant que c'était mieux de ne pas savoir. - Eh bien, au moins, il y a assez d'hommes dans le coin pour te faire baver d'admiration, chuchota Tama, ce qui fit grogner Kyoko intérieurement. Elle se tourna en haut des marches, suivant Kotaro le long d'un grand couloir avec de nombreuses portes des deux côtés. Elle supposait que c'était les chambres du dortoir, mais il ne ralentit ou ne s'arrêta à aucun moment devant l'une d'entre elles. Au bout du couloir, il y avait écrit sur des portes « NE PAS ENTRER ». Elle fut quelque peu perplexe lorsque Kotaro et les deux hommes portant ses bagages passèrent les portes avec élégance comme s'ils étaient à leur place, uniquement pour se tourner vers un autre escalier. Tama se rapprocha de Kyoko et la nargua : - Je pense qu'ils t'envoient au cachot. Kyoko lui sourit d'un air suffisant par-dessus son épaule. - On est en train de monter, pas descendre, crétin - Une chambre froide et vide tout en haut de la tour alors. Tama lui donna un petit coup derrière la tête. - Eh bien, au moins, je garderai la forme, se dit-elle en atteignant le sommet d'un autre escalier élégant. Puis, ils se tournèrent vers un autre couloir, mais celui-ci était beau. Le sol avait même l'air d'être en marbre. Les portes étaient très éloignées. Il n'y avait que trois chambres dans ce couloir, et Kyoko s'inquiétait en se disant qu'après tout, Kotaro ne savait peut-être pas où elle devait aller. Kotaro marcha vers la dernière porte en se disant qu'elle devait être quelqu'un de spécial car peu de personnes avaient le droit d'entrer dans ce couloir, et il savait que c'était la meilleure chambre de tout le campus. Il arriva devant la porte et attendit Kyoko et son jeune ami. Kotaro sourit d'un air satisfait, elle était nerveuse. Il pouvait le sentir. Il regarda ses yeux émeraudes tumultueux et sentit déjà son cœur vaciller, mais pour l'instant, il ferait ce qu'on lui avait ordonné. Il tendit sa main, la paume vers le haut. - À présent, je vais prendre congé, mais si tu as besoin de quoi que ce soit... Il lui remit la clé de la chambre et lui lança un regard qui la fit rougir. Il fit une révérence avec courtoisie, puis fit signe aux deux hommes de le suivre. Kyoko et Tama se retournèrent tous les deux et les regardèrent avec un haussement de sourcils jusqu'à ce qu'ils soient hors de vue. Puis, Kyoko jeta à nouveau un coup d’œil à la porte et haleta. Juste là, sur la porte, on pouvait lire sur une plaque le nom de Kyoko Hogo écrit en lettres d'or. Tama fit une petite tape sur l'épaule de sa sœur en ricanant. - Tu sais... Tu risques de gober des mouches comme ça. Kyoko leva les yeux au ciel en effaçant mentalement le point qu'elle s'était donné plus tôt. Avec la clé, elle déverrouilla la porte et l'ouvrit timidement, jetant un coup d’œil à l'intérieur. Les yeux de Tama devinrent aussi gros que des soucoupes et il lui passa devant. - Impossible ! Cette chambre fait presque la taille de notre maison toute entière. Sa voix pleine d'admiration résonnait dans le silence. - Tu pourrais ouvrir un fichu cabaret dans cette baraque. - Alors, tu aimes mon cachot ? Kyoko remit le point à sa place. ***** Deux heures plus tard, après avoir remercié Tama et l'avoir renvoyé chez lui, Kyoko se trouvait dans la salle de bain, mettant ses affaires sur les étagères. Elle jeta à nouveau un coup d’œil à la baignoire qui était assez grande pour cinq personnes. Elle imita son petit frère en gémissant : - Impossible ! Elle pouvait sentir les poils sur sa nuque se dresser alors qu'elle se demandait encore si tout cela n'était pas une erreur. - Ouais, chuchota-t-elle à elle-même. Quelqu'un viendrait d'une minute à l'autre pour lui dire de remballer ses affaires. Elle savait juste qu'elle devait être dans la mauvaise chambre. Kyoko revint en arrière et regarda autour d'elle dans la chambre à coucher. Le lit était le plus grand lit qu'elle avait jamais vu et était déjà tout fait, avec un édredon doux et tout. La pièce était belle, ses légers tons bleus et pourpres étaient en accord avec le tapis à longs poils et le lit. Il y avait des touches de rouge foncé ici et là, et une penderie assez grande pour se perdre dedans. Elle entra dans le salon où tout était noir et or, il était équipé de tout ce dont une personne pourrait rêver. Elle avait déjà vérifié la cuisine. Elle était complètement remplie. Kyoko secoua la tête pour la énième fois. - Impossible. Elle mordilla sa lèvre inférieure en se demandant quoi faire. On était samedi matin et les cours ne commençaient pas avant lundi. - Bon, je ne peux pas rester cachée ici toute la journée, marmonna-t-elle. Ayant l'impression de s'introduire en douce là où elle n'était pas censée aller, Kyoko se dirigea vers la porte et faufila sa tête dans le couloir. Ne voyant personne, elle sortit et ferma la porte derrière elle, puis marcha discrètement vers les escaliers menant en bas. Elle avait encore l'impression d'être observée et cela lui faisait froid dans le dos, mais elle continua de marcher, n'osant pas se retourner pour voir. - Elle peut me sentir, se dit Kyou. Peut-être que ses pouvoirs n'étaient pas enterrés aussi profondément qu'il le craignait. Il savait exactement à quel moment elle avait quitté sa chambre, et il inhalait l'odeur persistante... en la savourant. Le souvenir de son odeur semblait rafraîchir d'autres souvenirs. - Bientôt, prêtresse, nous dévoilerons à nouveau tes pouvoirs. Tu peux choisir de les cacher... Mais pas pour longtemps. Il se pencha contre le mur dans le couloir, ses yeux dorés la suivant du regard jusqu'à ce qu'elle fût hors de vue. ***** Une fois au rez-de-chaussée, Kyoko pouvait respirer un peu plus facilement. Elle remarqua qu'il était maintenant rempli de personnes de son âge. Soupirant et se débarrassant de toute l'étrangeté se trouvant à l'étage, Kyoko se tenait là, perdue dans ses pensées pendant un long moment. Elle ne pouvait pas le supporter lorsque ses sens s'illuminaient de cette façon. Parfois, elle souhaitait ne pas pouvoir ressentir quoi que ce soit. Elle les repoussa dans les confins de son esprit tout en fixant le grand rez-de-chaussée du bâtiment. - J'ai besoin d'un interrupteur pour ce truc, marmonna-t-elle en pensant encore aux ondes étranges qu'elle percevait juste avant. Elle jeta un coup d’œil à la bibliothèque, puis dirigea rapidement son regard vers l'autre côté, décidant qu'elle voulait d'abord en savoir plus sur cet endroit. Elle avait l'habitude de faire de l'exercice depuis toujours, et elle voulait la garder. Ces deux dernières années, elle avait pratiqué des arts martiaux de toutes sortes, et elle adorait la liberté de mouvement que cela donnait à son corps souple. En traversant les salles de loisirs, elle remarqua plusieurs espaces d'entraînement. Dans l'une des plus grandes salles, elle pouvait voir à travers la vitre. Elle ne pouvait pas s'empêcher de s'arrêter et de les regarder un instant. Deux personnes avaient l'air de se battre à l'épée. Elle sourcilla en entendant le cliquetis du métal contre le métal. En s'approchant de la porte de la salle, elle écouta attentivement. - Tu n'es pas attentive, Suki. La personne habillée en noir parlait avec une voix virile et moqueuse tandis qu'elle paraît et tapait l'autre personne sur les fesses en riant. Kyoko ne pouvait pas voir leur visage car elles portaient un équipement de protection. - Shinbe ! C'était une voix très contrariée mais féminine. Puis, sans crier gare, la personne se jeta en avant et lui tapa sur la tête, ou plus précisément, lui frappa la tête avec l'épée d'escrime et retira brusquement son casque de protection. Kyoko fut surprise de voir de longs cheveux bruns se dévoiler le long du dos de la fille alors qu'elle marchait vers l'autre personne et lui donna un coup sur le torse avec son doigt, un sourcil tremblant. - C'est difficile de se battre sérieusement avec un lourdaud tel que toi. Shinbe retira son casque en souriant. Il leva ses mains en l'air en reculant, comme s'il se rendait. - Je suis désolé Suki, mais elles étaient là... et tu ne les protégeais pas. Ayant une sensation de picotement le long de sa peau, il fronça les sourcils et tourna lentement son regard d'améthyste vers la fille qui se tenait dans l'embrasure de la porte. - Hum, il semblerait qu'on ait une visiteuse. Kyoko observait tandis que la fille nommée Suki rougissait en lançant toujours un regard furieux à son adversaire, puis tourna la tête en marchant vers Kyoko avec un grand sourire. - Les hommes. Elle leva les yeux au ciel avant de tendre sa main de manière amicale. - Bonjour, je m'appelle Suki, et ce pauvre type, c'est Shinbe. Elle pointa son pouce vers celui qui marchait derrière elle, toujours souriant. - Suki, s'exclama le jeune homme nommé Shinbe. Tu me blesses profondément. Il accentua sa phrase en posant ses mains sur son cœur. Suki le regarda en fronçant les sourcils. - Shinbe... Si je pouvais te blesser, ton cerveau serait déjà en train de sortir par tes oreilles avec tous les coups que tu m'as forcée à te donner. Shinbe remua ses sourcils. - Tu sais que j'aime l'amour vache que tu me donnes. - Une minute, je vais t'en donner de l'amour vache, mais je ne veux pas faire peur à la nouvelle, rétorqua Suki. Kyoko l'aimait déjà, elle sourit en serrant sa main fermement. - Bonjour, je m'appelle Kyoko Hogo, mais Kyoko suffira. Elle fixa l'individu se tenant derrière Suki. - C'est un plaisir de vous rencontrer tous les deux. Il y avait quelque chose dans ses yeux qui attirait l'attention de Kyoko. Ses yeux d'une couleur similaire à l'améthyste étaient incroyables et vraiment époustouflants. Ses cheveux dépassaient légèrement ses épaules et étaient noirs avec des reflets bleus. Il lui faisait penser à un chanteur d'un de ces groupes de rock des années 80. Suki sourit de toutes ses dents. - Hé, j'ai entendu parler de toi. Ouais, je savais que tu viendrais aujourd'hui. J'allais venir te chercher sous peu et te montrer les environs. Soudain, son visage devint tendu et elle tourna sa tête sur le côté, clouant Shinbe avec un regard de travers. - Je ne ferais pas ça si j'étais toi. Kyoko pencha sa tête pour regarder. Effectivement... la main du type s'était arrêtée en plein vol, touchant presque les fesses de Suki, et il souriait avec un air innocent. Shinbe soupira et laissa retomber sa main. - Un jour, je découvrirai comment tu fais pour savoir, même en ayant le dos tourné. Suki grogna simplement. - Je sais, c'est tout ! Dit-elle tout en faisant un sourire amical à Kyoko. Viens avec moi, je vais me changer rapidement. Elle attrapa Kyoko par la main et l'emmena à l'extérieur de la pièce. Kyoko fixa à nouveau Shinbe pour le voir faire signe de la main. - Je vais m'amuser comme une folle avec ces deux-là, se dit-elle alors qu'elle se faisait entraîner dans le vestiaire des femmes. Suki pouvait déjà sentir qu'elle aimait Kyoko, et pour une raison inexpliquée, elle avait l'impression de la connaître sans jamais l'avoir rencontrée. - Kyoko, parle-moi un peu de toi pendant que je me change, dit-elle en allant derrière la paroi de séparation. Kyoko s'assit sur un banc en se sentant parfaitement à l'aise avec Suki. - Eh bien, je viens d'un petit village de l'autre côté de la ville. Et pour une raison qui m'échappe, sans que je m'y attende, j'ai reçu une lettre indiquant que j'avais une bourse ici. Kyoko pouvait entendre le « ouais » de Suki, alors elle poursuivit : - Je ne sais vraiment pas comment j'ai fait pour recevoir une bourse d'une école où je n'ai même pas postulé. Suki pouvait sentir l'interrogation dans cette déclaration et sourit en sortant sa tête dans le coin. - Ne t'inquiète pas pour ça. Tu es arrivée de la même manière que moi. Elle disparut à nouveau derrière la paroi en ajoutant : - Moi non plus, je n'ai jamais postulé ici. Kyoko fronça les sourcils. - Mais pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison. Tu la connais ? Suki revint de l'autre côté, complètement changée. Elle s'assit pour mettre sa paire de tennis. - Ouais, j'ai fini par comprendre. Enfin, en partie du moins. L'homme qui possède cette école cherche des gens qui ont... Suki marqua une pause en penchant légèrement la tête. - ...Des capacités uniques. Elle haussa les épaules en ajoutant : - Tu vas devoir t'habituer à beaucoup de choses quand tu vas commencer à rencontrer ceux qui vivent ici. Elle sourit en sachant qu'elle avait raison. Soudain, Suki se leva et jeta une chaussure sur la porte du vestiaire, souriant d'un air triomphant lorsqu'elle entendit une légère injure derrière la porte. Elle récupéra la chaussure et se rassit pour l'enfiler. - Alors, quelle est ta capacité unique ? La respiration de Kyoko semblait se bloquer alors que son esprit s'agitait. Personne ici ne pouvait savoir qu'elle était une prêtresse. Elle observa Suki d'un air coupable en fronçant les sourcils et détourna rapidement le regard en répondant : - Aucune à ma connaissance. Suki sourcilla mais haussa les épaules en sachant que tôt ou tard, elle découvrirait la vérité. - Allez, on y va. Shinbe nous attend probablement de toute façon. Elle ouvrit la porte, et effectivement, Shinbe se tenait là, assez proche de la porte pour avoir tout entendu. Il leur sourit innocemment tout en reculant. Suki ferma la porte derrière elles et pointa du doigt l'écriteau sur la porte. - Shinbe, tu ne sais pas lire ? C'est écrit « Vestiaire des Femmes ». Elle le regarda de manière acerbe. Shinbe haussa les épaules. - Oui, c'est pourquoi je me tenais à côté. Il s'écarta rapidement en bondissant lorsqu'elle leva sa main vers lui. - Suki... Je suis un homme... J'ai besoin d'affection. Quel meilleur moyen de l'obtenir que comprendre le fonctionnement de l'esprit féminin ? - Tu peux faire des recherches à la bibliothèque, répondit Suki en serrant les dents. Shinbe sourit. - Ma chère Suki, chaque livre concernant l'esprit féminin dans cette bibliothèque... est vide. Suki sourit à son tour. - C'est parce que tous les auteurs de ces livres dans la bibliothèque sont des hommes. Shinbe se pencha vers elle un peu plus près en haussant les sourcils. - Exactement. Je prévois d'être le premier à en écrire un qui aura du sens pour ceux d'entre nous ayant de la testostérone. Suki lança un regard vaincu à Kyoko puis jeta un coup d'œil à sa montre. - Hé, t'as faim ? Allons d'abord manger à la cafétéria. Kyoko hocha la tête. Elle avait été trop nerveuse pour manger ce matin, mais avec eux, elle se sentait comme à la maison et mourrait de faim. Shinbe tendit la main devant lui. - Les femmes d'abord. Il glapit lorsque Suki lui donna à nouveau un grand coup sur la tête. - Je n'ai pas été trop lente cette fois, n'est-ce pas... Maintenant, ouvre la marche, lui lança Suki avec un regard accusateur. Une fois que Shinbe marchait devant elles à distance suffisante, elle se rapprocha de Kyoko avec un sourire entendu. - Rappelle-toi de toujours le garder devant toi, sauf si tu veux être palpée. Kyoko ne pouvait pas s'en empêcher. Elle commença à rire et ne s'arrêta pas avant d'être à l'entrée de la cafétéria intégrée qui, selon elle, ressemblait plus à un petit restaurant. Ses yeux s'élargirent en s'approchant de Suki. - Tu sais, à chaque fois que je retourne ici, j'ai l'impression de ne pas être au bon endroit. Shinbe les amena à une table vers le fond de la pièce. Suki et Kyoko glissèrent sur un banc tandis que Shinbe s'assit de l'autre côté en ayant l'air d'être l'homme le plus innocent du monde. - Tu sais, il faut beaucoup de temps pour s'habituer à cet endroit. Il sourit à Kyoko, ses yeux d'une couleur similaire à l'améthyste s'illuminèrent. - Je suis là depuis un an et je n'y suis toujours pas habitué. Suki donna une petite tape sur l'épaule de Kyoko. - Il est arrivé de la même manière que toi et moi. Une invitation ouverte. Elle haussa les épaules comme pour dire à Kyoko de l'accepter et d'en profiter. Kyoko se pencha en avant avec un air confus. - Je ne comprends pas. Pourquoi quelqu'un ferait ça ? Shinbe hocha la tête en sachant que quelqu'un devait lui dire la vérité. - J'ai certaines capacités, tout comme Suki. Il haussa les épaules en lui faisant un clin d’œil. - C'est le cas de tout ceux qui ont une bourse. Il marqua une pause en cherchant le bon mot. - On est doués d'une manière ou d'une autre. Il sourcilla en regardant Suki. - Tu lui as déjà dit ? Suki fit rapidement non de la tête puis se tourna soudainement vers Kyoko en voulant changer de sujet. - Hé, tu veux un hamburger avec des frites ? Kyoko hocha la tête et Suki se leva comme pour éviter la question des bourses gratuites. - Reste ici, je reviens, et ne t'en fais pas. La nourriture est gratuite pour ceux qui ont une bourse, ils l'amènent même jusqu'à nous. Suki alla passer commande, la laissant seule avec Shinbe. Chapitre 3 « La rencontre avec Toya » Shinbe se pencha en avant avec un air sérieux, ses yeux d'améthyste rayonnaient presque, - Il y a des gens normaux ici, et il y a ceux qui ont des bourses comme Suki et moi. Il y en a d'autres qui ont une bourse, mais nous avons tous une sorte de capacité spéciale... comme un pouvoir qu'une personne normale n'a pas. Le mien, c'est la Télékinésie. Je peux faire bouger des objets avec mon esprit. Et la télépathie, ce qui veut dire que je peux parler aux autres par la pensée. » Il prononçait ces mots sans faire un bruit, sachant qu'elle pouvait l'entendre dans son propre esprit. Les lèvres de Kyoko s'écartèrent en ne voyant pas les lèvres de Shinbe bouger et en entendant sa voix résonner dans sa tête. Elle sentit soudainement de la chaleur partout, comme si sa voix était censée être là ou... quelque chose comme cela. Son visage se relaxa et ses yeux s'adoucirent tandis qu'elle le fixait. Shinbe tentait de dissimuler son froncement de sourcils curieux... Lorsqu'il avait lié son esprit au sien à ce moment même... cela lui avait demandé toute sa concentration, rien que pour mettre un terme à la connexion. C'était comme si son pouvoir voulait rester avec elle. Il poursuivit, essayant de se débarrasser de cette impression : - Je peux aussi jeter des sorts et je descends d'une longue lignée de moines. Il s'arrêta lorsque Kyoko éclata de rire. Suki se glissa derrière Kyoko sans perdre une miette de la discussion. - Je sais que c'est difficile à croire, mais il descend vraiment d'une lignée de moines. Elle sourit, puis son air redevint sérieux, - Je l'ai vu jeter des choses sans même les toucher, et il est bon dans toutes sortes d'arts martiaux. - Peut-être que l'on devrait informer la charmante Kyoko de tous mes talents, dit Shinbe d'une manière suggestive. Suki se tourna et lança un regard furieux à Shinbe. - Non, je ne lui dirai pas que tu es doué pour ÇA ! Elle lui donna une tape sur la tête pour faire bonne mesure. - Et pourtant, il agit comme un simple être humain. Une voix sarcastique arriva de nulle part et Shinbe se redressa, se décalant pour laisser de la place à la voix. Kyoko jeta un coup d’œil et ses yeux entrèrent en contact avec des yeux d'un doré profond. Elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi beau que le propriétaire de cette voix. Il avait de longs cheveux noirs avec des reflets argentés en longues couches superposées. Sa peau dorée semblait briller d'un bel éclat et son corps était à tomber. Toutefois, ses yeux semblaient la tenir en otage même s'il ne la regardait pas directement. Suki soupira et croisa ses bras sur sa poitrine en lançant un regard très énervé au nouveau venu. - Super, tu es tout ce qui pourrait la faire fuir. Shinbe sourit à Suki, puis jeta un coup d’œil à Kyoko pour faire les présentations. - Voici Toya, Toya, je te présente Kyoko. C'est son premier jour ici. Toya se tourna pour observer Kyoko, et pour une raison inexpliquée, sa façon de la regarder comme s'il la jaugeait agaça Kyoko. Elle plissa ses yeux en le regardant, la première impression qu'elle avait eu de lui s'effondrait. - Alors, c'est toi la prêtresse ? Soupira Toya puis tourna sa tête comme s'il la congédiait en s'asseyant. Les yeux de Kyoko s'arrondirent et elle haleta. Personne ici ne savait qu'elle était une prêtresse. D'ailleurs, seuls les membres de sa famille proche le savaient. - Comment diable es-tu au courant ? lui cria-t-elle dessus, tout à coup furieuse. Toya tressaillit en sentant son sang faire un pic. - Bon sang, ne crie pas comme une foutue maniaque. Je t'entends très bien, ronchonna-t-il contre elle. Suki et Shinbe grimaçaient tous les deux et se reculaient sur leur chaise tandis que Kyoko et Toya se poignardaient du regard. Les sens de Toya commencèrent à capter le pouvoir en cascade qui émanait de la colère de Kyoko, et il se crispa en se disant qu'elle avait peut-être un peu de pouvoir dans ce joli petit corps, même s'il serait maudit s'il le lui disait. Il évalua silencieusement son apparence. Ses cheveux auburn miroitaient à la lumière autour d'un beau visage en forme de cœur. Elle avait des yeux d'un vert vibrant qui le fixaient à présent avec colère, ce qui réchauffa légèrement son sang. Il aimait les femmes avec du cran et elle en avait clairement, mais pour une raison mystérieuse, cela le mettait à vif. Ce qu'il n'aimait pas, c'était la façon dont elle le regardait... Il arrangerait cela très rapidement. Il lui lança un regard encore plus furieux, essayant de l'intimider. - Tu as une bourse, n'est-ce pas... et IL a dit que tu étais une PRÊTRESSE ! Toya grogna devant son visage, s'approchant un peu plus à chaque mot prononcé jusqu'à ce qu'ils soient nez à nez. Il remit ses manches amples sur ses bras et lui soupira : - Je parie que tu ne sais même pas ce que c'est qu'un démon. Il grommela, réalisant soudainement qu'elle devenait de plus en plus mignonne à chaque seconde, et cela l'agaçait. Kyoko tressaillit, sa colère montant en flèche. Elle savait ce qu'étaient des démons. Elle les avait étudiés toute sa vie, et si sa famille avait raison, elle en avait même rencontré... mais elle n'arrivait pas à s'en souvenir. Malgré tout, elle n'aimait pas l'attitude hautaine et imposante de Toya, alors elle haussa simplement les sourcils comme si elle lui demandait silencieusement s'il voulait parier là-dessus. Suki avait l'air de vouloir prendre la défense de Kyoko. - Toya, est-ce que tu peux être civilisé rien qu'une minute ? Elle n'est là que depuis quelques heures, et avant que tu la fasses fuir, j'aimerais la convaincre de rester. Elle avait presque l'air triste à l'idée de perdre Kyoko si vite. Toya sourcilla d'un air agacé en jetant un coup d’œil à Suki. - Eh bien, elle n'a même pas répondu à ma question. Tu penses qu'elle peut le supporter ? Il tourna à nouveau son regard furieux vers Kyoko. - Je peux supporter tout ce que tu comptes m'envoyer à la figure, petit con, l'informa Kyoko, ses mots commençant à se glacer. Suki et Shinbe se jetèrent un coup d’œil mutuellement. Ils n'avaient jamais entendu qui que ce soit, à part eux-mêmes et le propriétaire de l'université, tenir tête à Toya comme cela, peut-être à l'exception de Kotaro. Puis, ils sourirent tous les deux en coin, sachant qu'ils allaient vraiment aimer cette fille nommée Kyoko. Un serveur vint à leur table avec un plateau-repas, et Kyoko porta son attention sur lui. L'individu fixait Kyoko un peu trop longtemps, et ses sens commencèrent à picoter, l'avertissant qu'il se passait quelque chose. Elle regarda ses yeux noirs qui ne semblaient pas aller avec le visage juvénile du jeune homme. Quelque chose en lui attirait Kyoko... même si elle ne savait pas si elle aimait vraiment ce sentiment. Certes, il était mignon à regarder, mais quelque chose en lui la rendait légèrement inquiète. Elle cligna des yeux en cherchant à se débarrasser du sort que le jeune homme semblait émettre sans même essayer. En fin de compte, l'ambiance se brisa lorsqu'elle entendit un faible grognement derrière elle. Toya sentit la froideur ramper dans sa peau et grogna sur l'individu, cherchant à le sortir de son état d'hébétude. Alors que les yeux du garçon se focalisèrent à nouveau sur ceux de Toya, ils avaient l'air de chatoyer du noir de jais au bleu argenté tandis qu'il se tournait et quittait la table. Kyoko regarda Suki d'un air confus, mais celle-ci l'ignora en prenant une bouchée de sa propre nourriture. À côté d'elle, Shinbe toussa dans sa main en essayant de cacher son étrange sens de l'humour alors qu'il observait l'individu foncer à travers la pièce. Kyoko ressentait des ondes vraiment bizarres avec ce type nommé Toya, et elle n'allait pas avoir l'esprit tranquille avant de comprendre son problème. Elle se pencha en arrière sur sa chaise et l'étudia un instant. Ses longs cheveux étaient de couleur bleu nuit, le plus étrange des bleu nuit, des reflets argentés et épais parcouraient sa chevelure d'une manière extravagante, et ses yeux étaient beaux... IL était beau. - Note à moi-même, gifle-toi plus tard pour avoir pensé ça. Ses yeux étaient de la poudre d'or flamboyante, aucun doute là-dessus. Il aurait pu être mignon s'il ne la regardait pas d'une telle façon à ce moment-là. Suki soupira. Elle devait parler à Kyoko concernant le fait de mettre Toya trop en colère. Il avait ses limites et ce n'était pas une bonne chose de les dépasser. Ce n'était pas juste pour Kyoko car elle ne savait pas qu'elle était en train d'énerver un gardien. - J'ai découvert que si l'on jouait avec le feu... on finissait par se brûler, informa Shinbe autour de la table silencieuse, et il fut récompensé par un regard vif et furieux de l'assemblée avant de se faire ignorer. Toya jeta un autre coup d’œil à Kyoko. Alors c'est elle qu'il était censé surveiller ? Kyou devait se moquer de lui. Kyou lui avait parlé d'elle rien que ce matin, l'avertissant qu'il devait la surveiller et la garder en sécurité à tout moment. Il plissa ses yeux en se posant à présent des questions sur le garçon qui se tenait debout près de leur table. La façon dont il fixait Kyoko l'avait énervé. La prêtresse était-elle vraiment en danger ? Pourquoi Kyou avait-il tant intérêt à protéger une simple humaine ? Kyou n'avait jamais traité qui que ce soit avec respect, alors qu'est-ce qui rendait ce petit bout de fillette si différent ? Parfois, Toya détestait le fait d'avoir Kyou comme gardien désigné, mais il devait admettre qu'il lui était redevable de l'avoir recueilli. Il savait également que quand Kyou faisait quelque chose, c'était toujours pour une bonne raison, et cela était suffisant pour s'interroger sur cette fille nommée Kyoko. Remarquant que la tension autour de la table pouvait être coupée avec un couteau, Shinbe jeta un coup d’œil à Suki avec les plus gros yeux de chien battu. Sachant qu'il pouvait refaire sourire Kyoko avec ses singeries, il commença à en rajouter une couche. - Alors Suki, tu viens toujours en boîte avec moi ce soir ? C'est samedi soir et ça m'embêterait de manquer une occasion de danser avec toi en dansant avec une douzaine de parfaites inconnues. Shinbe prit un air hagard comme s'il rêvait qu'il dansait avec un tas d'autres femmes juste pour montrer ce qu'il voulait dire. Suki lui lança un regard soutenu en se demandant si elle devait lui ôter son air stupide en le giflant, puis se tourna vers Kyoko. - Kyoko, j'ai besoin d'un chaperon, sourit-elle. Tu viendras avec moi, n'est-ce pas ? C'est trop dangereux de n'y aller qu'avec... lui. Elle regarda Kyoko d'un air implorant. Les coins des lèvres de Kyoko se contractèrent en voyant Shinbe laisser de côté son air hagard et lui faire un clin d’œil. - Suki, j'aimerais beaucoup venir avec vous. Comme ça, on pourra faire équipe contre Shinbe s'il perd le contrôle. Elles regardèrent toutes les deux Shinbe avec un regard appuyé et celui-ci ronchonna. Encore une fois, Kyoko ne pouvait pas s'empêcher d'éclater de rire. Elle aimait vraiment ces deux-là. Toya observa Kyoko du coin de l’œil. Mince, elle était jolie quand elle riait comme cela. Il grogna intérieurement. Bon sang, d'où est-ce que ça sortait ? Il s'écroula sur sa chaise, agacé par l'enchaînement de ses pensées. Zut ! Il devait maintenant aller en boîte ce soir rien que pour la surveiller. Elle souriait toujours à Shinbe et Suki lorsqu'elle se retourna. Alors qu'elle lui lançait un regard, son pouls manqua un battement et la température de son sang monta de quelques degrés. Toya réalisa qu'elle avait plus de pouvoir en elle en étant heureuse qu'il y a un instant, lorsqu'il l'avait énervée. Il se sentait inquiet pour la première fois depuis longtemps. Lorsque le rire de Kyoko s'atténua, elle se tourna vers Suki. - Eh, je ne sais même pas quels cours j'aurai lundi ou où aller pour me renseigner. Est-ce que tu sais où je dois aller ? Avant que Suki ait pu répondre, Toya répondit à la question en la regardant avec attention : - Tous les étudiants boursiers suivent le même enseignement. Donc Suki, Shinbe et toi, ainsi que tous les autres, vous aurez les mêmes cours. Il n'y a qu'un cours où vous serez séparés, celui avec le propriétaire. Sa voix était nonchalante alors qu'il se penchait à nouveau sur sa chaise. Kyoko fronça les sourcils. - Qu'est-ce que le propriétaire enseigne ? Cette fois, Shinbe répondit, ses yeux d'améthyste s'animant avec intrigue : - C'est différent pour chacun d'entre nous. C'est pourquoi il nous fait cours séparément. Il nous aide avec nos capacités spéciales. Il se pencha en arrière, pensif, puis ajouta avec un sourire narquois : - Je suppose que toi, il t'aidera à renforcer tes pouvoirs de prêtresse. La colère de Kyoko monta à nouveau en flèche en se demandant comment diable le propriétaire avait su qu'elle était une prêtresse. La bourse n'avait rien dit à propos de cela. Elle était partie ces deux dernières années afin d'essayer d'enterrer ces mêmes pouvoirs pour lesquels le propriétaire lui avait donné une bourse. Elle voulait élucider cette histoire le plus tôt possible. Regardant son assiette, Kyoko dit d'une voix tendue : - Peut-être que c'est une erreur. Y a-t-il un moyen de parler tout de suite au propriétaire de l'école ? Toya plissa les yeux. Kyou lui avait dit qu'elle pourrait demander à le voir, et même si Kyou ne voulait jamais voir personne en dehors des cours, il lui avait demandé de l'amener à lui directement si elle avait des questions. - Qu'est-ce qui ne va pas, tu as peur ? Il la nargua et fut récompensé lorsque ses yeux houleux fixèrent les siens avec une colère agacée. Donc, cette fille pensait pouvoir le gérer. Eh bien, cela pourrait être amusant de la voir essayer de lancer ce regard à Kyou. Il avait vu la peur que Kyou pouvait provoquer instantanément chez quelqu'un sans avoir à dire quoi que ce soit. - Bien, je vais t'emmener le voir dès que tu seras prête, la défia Toya en se demandant si elle accepterait le défi. La colère de Kyoko s'atténua en entendant cela. Repoussant son assiette sur le côté, elle hocha la tête, heureuse de mettre un terme à son bluff. - Je suis prête si tu l'es. Elle haussa les sourcils vers lui. - Qu'est-ce qui presse ? Toya se leva avec un sourire narquois. - Tu devrais contenir ta colère car il la sentira. Il se moquait d'elle, pensant qu'elle ne savait pas du tout dans quoi elle mettait les pieds. Kyoko plissa les yeux vers lui, puis se leva, jetant à nouveau un coup d’œil à Suki et Shinbe. - On se verra après, si vous venez me voir. Je vous attendrai dans ma chambre et on pourra faire des projets pour ce soir. Elle fit un clin d’œil à Suki, puis regarda à nouveau Toya et ajouta d'une voix monotone : - Enfin, si je décide de rester. Il lui tourna le dos en soupirant et elle le regarda se retirer, puis le suivit en faisant un signe de la main aux autres par-dessus son épaule. Elle remarqua rapidement la manière dont les autres étudiants s'écartaient précipitamment du chemin de Toya et s'interrogea : - C'est qui ? La brute de l'école ? Kyoko n'allait pas lui donner la satisfaction de courir pour le rattraper, alors elle marcha en prenant son temps, restant volontairement en arrière. Étant toujours légèrement en colère contre lui, elle rougit presque lorsque ses yeux dévièrent vers son postérieur. Cela l'irritait encore plus de voir ses cheveux balayer l'arrière de son pantalon, lui donnant un aperçu de la ferme rondeur qu'il y avait en dessous. Exaspérant et mignon, c'était une combinaison horrible. Secouant sa tête intérieurement, elle continua à le suivre, maudissant ses yeux errants. - Il faudrait être complètement stupide pour penser que quelqu'un qu'on ne supporte pas... est mignon, marmonna-t-elle. Agaçant... Hostile... et peut-être Arrogant... Mais jamais mignon. Elle sourit, se sentant déjà mieux. Une prise de conscience étrange grimpa le long de son dos, et ses yeux se dirigèrent droit devant elle et fixèrent des yeux noirs qui transperçaient les siens. L'individu se tenait contre un mur en haut des marches, l'observant. Il avait des cheveux d'ébène qui ondulaient le long de son dos et par-dessus ses épaules, et ses yeux bleu nuit étaient intenses. Il était très attirant mais elle se sentait... menacée. Elle détourna le regard. - Kyoko, ressaisis-toi. Arrête d'analyser toutes les personnes que tu vois, se dit-elle sévèrement, même en tentant de le regarder à nouveau avec ses yeux émeraudes. - Voilà la fille la plus jolie du campus. Kyoko sentit un bras musclé se poser autour de ses épaules et se tourna pour voir, se souvenant de la voix de celui qui lui avait montré où était sa chambre plus tôt ce matin. Elle sentit à nouveau les pointes de ses propres cheveux lui chatouiller le visage tandis qu'une brise sortant de nulle part semblait lui caresser les joues. Elle lui fit un sourire chaleureux mais en même temps, elle se pencha et fit un mouvement d'épaule pour se débarrasser de son bras. - Kotaro, contente de te revoir. Merci pour ton aide ce matin, dit Kyoko nerveusement, ne souhaitant pas être traitée aussi familièrement. Elle pensait qu'il était gentil et tout, mais elle n'avait jamais dit qu'il pouvait mettre son bras autour d'elle. Kotaro resta inchangé alors qu'il prit sa main dans la sienne. - Y a-t-il un autre endroit où je pourrais t'escorter, Kyoko ? Il regarda ses yeux émeraudes, sachant qu'il les avait déjà vus auparavant... quelque part. Il avait la vague impression de s'être noyé joyeusement dedans, autrefois. Kyoko jeta un coup d’œil en haut des marches et vit que Toya s'était arrêté et retourné, ayant à nouveau l'air fâché. Elle aurait pu jurer l'avoir entendu grogner contre elle ou contre Kotaro, elle ne savait pas contre qui. Toya ne savait pas ce que Kotaro préparait, mais il n'aimait pas sa façon d'agir si amicalement avec Kyoko. Un grognement profond sortit de son thorax alors qu'il donna un avertissement : - Je peux gérer la situation, Kotaro, sauf si tu veux l'emmener voir Kyou. Il regarda Kotaro de travers, sachant que Kotaro ne s'approchait pas de Kyou sauf pour les cours ou lorsqu'il était convoqué. Kotaro lâcha la main de Kyoko. - J'espère que tout va bien, Kyoko. Il regarda Toya d'un sale œil puis se retourna vers elle. - Fais attention à l'engelure juste là. S'il dérape, je m'occuperai de lui pour toi. Kotaro regarda Toya d'un air suffisant, puis hocha la tête vers Kyoko et se tourna, redescendant les escaliers. Kyoko entendit Toya soupirer et l'observa tandis qu'il se tournait et marchaiy le long du couloir, comme elle l'avait fait ce matin. Cette fois, elle se dépêcha et le rattrapa juste à temps pour le voir passer les portes indiquant « NE PAS ENTRER ». Kyoko se demandait où ils allaient. Alors qu'elle suivait son dos raide, elle se disait qu'il la ramenait dans sa propre chambre. En effet, lorsqu'il s'arrêta devant sa porte, Toya se tourna vers elle et elle lui lança un regard agacé jusqu'à ce qu'il ait levé la main vers la porte juste en face de la sienne, puis toqua. Kyoko était choquée. Le propriétaire était dans la pièce juste en face de la sienne ? Encore une fois, les paroles de son frère revinrent la hanter. « Impossible ! » Sans attendre une réponse, Toya ouvrit la porte et poussa Kyoko devant lui, à l'intérieur. Instantanément, Kyoko se tourna vers lui. - Je ne sais pas quel est ton problème mais pourrais-tu, s'il te plaît, ne pas me pousser, s'exclama-t-elle en le repoussant. Ou me toucher. Je ne t'ai rien fait. Les poils se dressèrent à nouveau sur sa nuque lorsqu'elle remarqua que Toya regardait derrière elle. Les épaules de Kyoko s'effondrèrent. Maintenant, elle l'avait fait. Devait-elle toujours exploser sans penser à l'endroit où elle se trouvait ou à ceux qui pourraient regarder ? Toya vit Kyoko se crisper et il sourit d'un air narquois, baissant ses yeux vers la fille qui, tout d'un coup, semblait toute petite. - Tu ne voulais pas parler à quelqu'un ? Alors que Kyoko ne se retournait pas, Toya regarda à nouveau Kyou et plissa les yeux lorsqu'il remarqua que Kyou se tenait contre la porte du salon, fixant Kyoko comme s'il était en transe. - Que diable ? se dit Toya. Pourquoi Kyou était-il en train de la regarder comme s'il avait vu un fantôme ? Quelque part, il ne voulait pas identifier le sentiment de jalousie que cela causait. Cela provoquait une sensation désagréable dans son ventre lui donnant envie de se placer entre eux deux et d'empêcher Kyou de voir Kyoko. Il voulait la protéger. Kyou ne trouvait momentanément plus ses mots, voyant Kyoko de si près pour la première fois depuis plus d'un millénaire. L'air seul autour d'elle avait l'odeur de la force dont il se rappelait... la même force indéniable qui l'avait attiré vers elle par le passé n'avait pas disparu. Ses yeux dorés se posèrent sur le gardien derrière elle avec une sorte d'indifférence détachée. - Toya, va-t'en. Un ton dangereusement menaçant pouvait se faire entendre. Un grognement s'éleva du fond de la gorge de Toya et il serra ses poings sous le coup de la colère, tandis qu'un sentiment semblait s'élever et venir le hanter d'un endroit caché et inconnu au plus profond de sa mémoire. Sans rien ajouter, Toya se tourna et sortit comme un ouragan en claquant la porte. Kyoko regardait Toya partir tandis que son esprit tournait en rond avec des pensées chaotiques. Tout d'un coup, elle sentit l'envie de courir après lui. Décidant de ne pas être une lâche, elle releva la tête et trouva enfin le courage de se retourner, simplement pour ne pas en croire ses yeux. Au lieu de voir un vieil homme en costume amidonné comme elle s'y attendait, elle se retrouva face à face avec... Ses yeux dorés brûlaient dans ses propres yeux, cela lui donnait l'impression de ne pas pouvoir regarder ailleurs. Ses cheveux argentés s'étendaient sur ses épaules et sur son corps parfaitement taillé. Il était grand et beau, avec une touche d'arrogance entourant son corps majestueux et un visage qui ne pouvait être qu'un don du ciel. Kyoko ferma immédiatement ses yeux. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? Elle était venue ici pour poser des questions, pas pour baver d'admiration. Lorsqu'elle ouvrit à nouveau ses yeux, il était beaucoup plus proche. Instantanément, elle fit un pas en arrière pour s'éloigner de la noblesse et de la supériorité qui l'entouraient, pour au final sentir la dureté de la porte contre son dos... la piégeant. Kyou avait commencé à marcher vers elle sans réaliser ce qu'il faisait. Cependant, lorsqu'il remarqua qu'elle s'éloignait de lui, il haussa les sourcils avec élégance, tendant sa main vers le sofa. - Voudriez-vous vous asseoir, Mademoiselle Hogo ? Il savait qu'elle avait des questions à lui poser. Il aurait été déçu si elle n'en avait pas eu. Kyoko déglutit nerveusement mais releva la tête avec arrogance, se frayant un chemin jusqu'au sofa et en gardant autant de distance que possible entre eux deux dans l'unique espoir de faire fonctionner son cerveau normalement. Elle rit intérieurement d'un air tremblant. - La première chose que j'aimerais savoir, qu'est-ce qui vous fait croire que je suis une prêtresse ? Elle le regarda avec méfiance et paniqua presque lorsqu'il s'assit à côté d'elle sur le sofa au lieu de s'asseoir sur la chaise de l'autre côté de la table basse. Kyoko se déplaça et se tourna en le regardant, et s'empêcha de s'éloigner encore plus de lui pour ne pas montrer sa peur. - Alors elle veut jouer, songea Kyou oisivement, mais il se débarrassa aussitôt de ses pensées intrigantes. - Qu'est-ce qui vous fait croire que je ne saurais pas que vous êtes une prêtresse ? répondit-il d'une voix anormalement calme. Elle était si petite par rapport à lui alors qu'il se penchait vers elle en regardant son visage en forme de cœur. Kyoko observa les plans de son visage parfait à la recherche de la moindre émotion, et fut surprise de n'en trouver aucune. Il ressemblait à une structure de perfection et de sérénité, et cela l'irritait au plus haut point. - Est-ce que vous répondez toujours à une question par une question, Monsieur... ? Elle balbutia en ne connaissant même pas son nom de famille. Kyou sourit mais intérieurement pour qu'elle ne pût pas le voir. Eh bien, il pouvait dire qu'il y avait toujours de la vie en elle, et cela ne lui déplaisait pas. Cela lui donnait juste envie d'en voir plus. - Monsieur Lord, mais vous pouvez m'appeler Kyou, sauf si vous préférez Lord. Il la coinça avec un regard ardent. Kyoko retourna ce même regard. - Pourquoi... suis... je... là ? Elle prononça ces mots lentement et un par un, comme si elle parlait à un enfant. Tiens, voyons voir comment il compte répondre à cela. - Monsieur Lord, mon cul, maugréa Kyoko intérieurement sans jamais détourner le regard. Ayant lu les pensées de Kyoko, les yeux dorés de Kyou rayonnaient tandis qu'il les plissait en fixant ses yeux émeraudes. Il s'approcha un peu plus d'elle, sachant qu'il l'intimiderait en faisant cela. Il pouvait le sentir. - Vos pouvoirs de prêtresse sont faibles et non entraînés, sinon, vous comprendriez pourquoi je sais que vous êtes une prêtresse. Il sifflait presque, perdant son calme rien qu'un instant avant de reprendre une expression sereine. - Je vous enseignerai les arts martiaux et je vous apprendrai à obtenir plus de force... ce dont vous manquez. Pour Kyoko, les derniers mots qu'il avait prononcés ressemblaient presque à une insulte. Étant connue pour être une tête brûlée, elle se pencha en se retrouvant presque nez à nez avec lui, et le sarcasme était imposant. - Peut-être que je cache simplement mon vrai pouvoir, et quand je trouverai une cible qui le mérite, je le libérerai. La colère la rendait intrépide, ou stupide, elle ne savait pas trop à ce moment-là. Kyou se pencha encore plus près, rapprochant ses lèvres des siennes pour que son souffle chaud caressât sa bouche. Il chuchota d'une voix grave : - Prêtresse. Chapitre 4 « Faire attention » Kyoko eut un mouvement de recul, sentant tout d'un coup des ondes émaner de lui, des ondes qu'elle n'était pas censée sentir. Quelque chose était en train de se passer et elle avait l'impression d'être la dernière au courant. - J'ai besoin de réponses, chuchota-t-elle nerveusement, mordant sa lèvre inférieure dans l'espoir de se débarrasser de cette sensation de chatouillement que Kyou avait créée. Elle souhaitait pouvoir se débarrasser rapidement des frissons à couper le souffle qui avaient décidé de se répandre dans son système nerveux. Inhalant l'odeur de Kyoko et sentant son propre sang chauffer instantanément, Kyou se pencha en arrière. Il avait vu le petit corps de cette fille frissonner, mais pas de dégoût. En jetant un coup d’œil vers le bas, il sourit presque d'un air narquois lorsqu'il vit les bras de Kyoko prendre vie en ayant la chair de poule. La voix légèrement arrogante lui demanda : - Pourquoi réprimez-vous votre pouvoir ? Vous devez être consciente de votre environnement avant que le passé ne se répète. Kyoko eut la gorge serrée. - Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Se crispa-t-elle. - Vous êtes consciente qu'il y a des immortels dans cette école, n'est-ce pas ? Ses yeux brillaient de quelque chose que Kyoko n'avait jamais vu, et sa voix était sévère, comme s'il désapprouvait. - Les démons se rapprochent de nous en ce moment même. Les yeux de Kyoko s'élargirent puis se plissèrent. Jouait-il avec elle ? - Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il y aurait des gardiens et des démons ici ? demanda-t-elle en se moquant d'un air indigné. En un clin d’œil, Kyou l'attrapa par les bras et la tira brusquement, sa tête s'inclina à deux centimètres du visage de la jeune fille. Il grogna avec colère : - Faites attention. Kyoko cligna des yeux, n'en croyant pas ses yeux. La personne qui se trouvait en face d'elle n'était pas la même personne à qui elle était en train de parler à l'instant. Elle voyait des yeux dorés anormalement vifs et agacés, et plus bas, des petits crocs d'une blancheur inégalée. Elle pouvait également sentir les griffes inconsciemment enfoncées dans ses bras à ce moment-là. La longueur de ses cheveux avait doublé en un instant, et ils semblaient presque flotter autour de lui comme s'ils attendaient de la reconnaissance. En criant d'effroi, Kyoko se dégagea de son emprise et recula rapidement, mais en vain. Kyou s'était rapproché d'elle d'un pas menaçant. - Vous êtes un gardien ? bégaya-t-elle sans conviction. - Et vous êtes la prêtresse qui aurait déjà dû le savoir, siffla-t-il en la suivant même s'il sentait sa colère s'atténuer. Elle se retourna pour courir vers la porte et cria instantanément lorsqu'elle sentit des bras musclés l'envelopper par derrière. Le corps de Kyou se serra autour d'elle alors qu'elle se débattait. Il la souleva du sol tandis qu'elle donnait des coups de pied dans le vide afin de lui échapper. Lui donnant assez de temps pour comprendre qu'essayer de lui échapper était inutile, il plaça ses lèvres près de son oreille et chuchota : - Vous resterez ici jusqu'à ce que vous soyez assez forte pour vous libérer de ces bras, prêtresse. Puis, il la transporta dans les airs pour pouvoir la jeter de nouveau sur le sofa bien trop moelleux, où elle atterrit en rebondissant légèrement. Maintenant qu'elle lui faisait de nouveau face, Kyoko lui cria dessus d'un air furieux, puis cligna de nouveau les yeux lorsque son apparence redevint celle de l'homme à qui elle était en train de parler. Elle le regarda furieusement, serrant son poing vers le haut. - Bon sang, qu'est-ce qu'il se passe ? Kyou se tenait debout devant elle d'un air serein, mais cette fois, ses yeux brillaient encore, - Vous allez rester là. Il se pencha vers elle. - Vous allez me laisser vous entraîner. Il posa ses mains sur le dossier du sofa en la piégeant efficacement. - Et cette fois, vous gagnerez sans faire de sacrifice. Son nez touchait presque le sien lorsqu'il prononça cette dernière phrase, montrant à présent son mécontentement. Kyoko se pencha contre le sofa aussi loin que possible en lui rendant son regard vif. Pourtant, elle ne ressentait toujours aucune menace venant de lui. Même s'il n'était pas humain, il n'avait aucune intention de lui faire du mal. Elle le regarda en fronçant les sourcils, réalisant ce qu'il venait de dire. Sa voix était douce. - Cette fois ? Qu'est-ce que vous voulez dire... cette fois ? Kyou inspira profondément. - Vous avez peut-être oublié, mais pas moi. L'odeur de Kyoko l'entourait et il ressentait la douleur autour de son cœur oublié, mais elle devait savoir la vérité. - Nous avons combattu ensemble par le passé, prêtresse, et nous allons bientôt devoir recommencer. » Les yeux de Kyoko s'adoucirent un instant. - Qui êtes-vous ? - Votre gardien. Kyoko, je sais que vous avez tout oublié en sacrifiant vos souvenirs de nous pour pouvoir ramener le Cristal du Cœur du Gardien dans ce monde. Son regard cherchait le sien et sa voix devint un simple chuchotement : - Vous devez me faire confiance. Même s'il venait juste d'essayer de l'effrayer, tout son corps lui disait de lui faire confiance. - Je... vous fais confiance. Dès qu'elle chuchota ces mots, il la prit dans ses bras. Au début, elle se raidit, puis, en sentant cette enveloppe de chaleur l'entourer, elle céda à cette étreinte relaxante dans une confusion sereine. Kyou ne pouvait pas s'en empêcher. Il avait eu peur de se faire rejeter depuis bien trop longtemps, et le fait d'entendre ces mots avait enlevé le poids du monde sur ses épaules tendues. Il la serra contre lui, s'entourant de son odeur en blottissant son visage contre ses cheveux. - Ne t'en va pas cette fois, chuchota-t-il dans un moment de faiblesse. Kyoko pouvait sentir la tendresse dans ses mots et dans ses bras, pourtant, il venait juste de lui foutre la trouille quelques minutes plus tôt, et à présent, il la tenait comme si sa vie en dépendait. Elle ne savait pas si elle devait le craindre ou tendre la main pour caresser sa joue lisse. Elle avait tout un tas de questions, elle marmonna contre son torse : - Je veux me souvenir de ce que vous dites que j'ai oublié. Qu'est-ce que je dois savoir ? Kyou ferma ses yeux dorés, ne voulant pas déjà revenir dans le monde réel... Elle était là où elle devait être... dans ses bras. Il la relâcha contre le sofa à contrecœur tout en soupirant, puis, il s'assit à côté d'elle. Passant sa main dans sa frange un peu trop longue, Kyou prit une grande inspiration pour calmer ses instincts en furie. Réprimant ses désirs, il fixa le mur devant lui et commença à lui raconter ce qu'elle voulait savoir. Il y avait une différence entre entendre quelque chose et s'en souvenir. - Tu auras de l'aide. Tous ceux qui sont arrivés de la même manière que toi, avec une bourse, je les ai réunis pour toi. Ils ne se souviennent pas de toi et tu ne te souviens pas d'eux, mais ils ont combattu auprès de toi par le passé, et ils le referont lorsque le moment viendra. Sa voix avait une touche de souvenirs du passé. Les yeux de Kyoko s'élargirent. - Suki et Shinbe ? Le questionna-t-elle en se demandant pourquoi elle le croyait si aisément. Kyou hocha la tête. - Je vois que tu les as rencontrés. Oui, tu étais très proche d'eux, ainsi que Toya qui te protégeait comme personne. Toya ? Sourcilla-t-elle en le regardant. Vous vous moquez de moi. Puis, elle ajouta dans sa tête : - Il ne m'aime même pas. Kyou soupira avec réticence. - Toya n'a pas changé dans cette vie, il est toujours le même jeune homme odieux et têtu qu'avant. Mais oui, il te protégeait avec une ardeur redoublée et aurait donné sa vie pour toi si besoin. Kyoko fronça les sourcils. - Il ne se souvient pas ? Elle sentait qu'il lui disait la vérité, et cela avait du sens, sachant qu'il y avait un trou dans sa propre mémoire. Ses yeux cherchaient à croiser les siens, voulant récupérer ce savoir. Kyou secoua légèrement la tête. - Je suis le seul à ne pas être revenu avec toi. Par conséquent, je suis le seul à me souvenir de ce qu'il s'est passé. Toya ne se souvient même qu'il est mon frère. Kyoko inspira face à un tel aveu. Elle devait savoir. - Frères ? Comment se fait-il que vous soyez le seul à vous souvenir ? - Tu as abandonné tous tes souvenirs durant la bataille pour pouvoir détruire le mal de notre monde et sauver le Cristal du Cœur du Gardien. À cet instant, tu as adressé un vœu au cristal, celui de revoir tout le monde. Tu ne voulais pas les perdre. Lorsque tu as disparu d'un coup, tout le monde t'a suivie... dont l'ennemi.Tu les as involontairement amenés ici... avec toi. Il soupira avec regret. - J'avais lancé un sort sur moi pour me protéger de tels vœux. Son regard devint distant comme s'il revivait les souvenirs. - Tu as pris tout le monde avec toi, et tu ne le savais même pas. Ils se sont tous réincarnés ici, à ton époque, me laissant seul dans le passé. Ses yeux fixèrent les siens. - Donc, j'ai survécu et je t'ai attendue. Une fois le moment venu, j'ai réuni tous ceux qui m'avaient quitté. Maintenant, tu as ramené le cristal avec toi, et la malveillance qui le désire... Sa voix devint plus grave. - … Le mal a déjà commencé à te chercher et je ne le permettrai pas. Kyoko hocha la tête en essayant de comprendre. - Donc, tous ceux qui sont arrivés de la même manière que moi, je peux leur faire confiance ? Il hocha la tête et Kyoko poursuivit : - Est-ce qu'ils sont au courant ? Kyou secoua la tête. - Ils sentiront un lien et il se renforcera, mais à part ça, je ne connais pas le futur, seulement le passé. Ils te protégeront comme avant. C'est la raison pour laquelle ils sont nés... leur raison de vivre. Il détourna rapidement le regard de ses grands yeux, sachant que la vérité de ses mots le concernait aussi. - On a encore un peu de temps, mais pour l'instant, je veux que tu arrêtes de cacher tes pouvoirs de prêtresse et que tu prennes conscience de ton environnement. Je te surveillerai, et j'ai demandé à Toya d'en faire de même. Kyoko le regarda avec attention, essayant de se souvenir de quoi que ce soit le concernant. Il semblait la connaître si bien. En le fixant droit dans les yeux, elle demanda avec curiosité : - À quel point étions-nous proches ? Un brin d'affection cachée traversa ses orbes dorés avant que Kyou se raidît et s'écartât d'elle. Son apparence calme se remettant en place, il grogna en regardant la porte, puis la regarda rapidement. - Ne répète pas ce que je t'ai dit car ils s'en souviendront d'eux-mêmes. Kyoko sursauta lorsque quelqu'un frappa à la porte avec force, puis l'ouvrit sans permission. Toya avait commencé à s'inquiéter pour la sécurité de la fille et s'était dit qu'il allait les interrompre, rien que pour la sauver de la froideur dont il savait que Kyou était capable. Son regard fut instantanément attiré vers elle en entrant. - Eh bien, je vois qu'elle a survécu à la discussion. Ses iris apparaissaient argentés, sentant toujours que quelque chose n'allait pas. - Si tu en as fini avec Kyoko, Suki l'attend. Toya leva ses yeux dorés vers Kyou sans être conscient des pointes de gris qui avaient commencé à apparaître dans ses orbes. Kyou jeta un coup d’œil à Toya sans aucune expression comme à l'accoutumée, puis hocha la tête silencieusement. Kyoko regarda Toya chaleureusement, car maintenant qu'elle utilisait ses sens, elle pouvait voir qu'il s'était inquiété pour elle, même s'il n'en avait pas l'air. « Aurait donné sa vie pour toi. » Les paroles de Kyou revenaient la hanter. Kyou remarquait combien elle était à l'aise avec Toya, et sentait un désir distant mais familier. Cela lui donnait un air maussade. Il se souvenait bien de cette sensation, et ses yeux se plissèrent en direction du gardien argenté. Garderait-elle toujours un lien spécial avec son frère qu'elle ne partageait pas avec les autres ? Kyoko se leva en hochant la tête pour dire au revoir à Kyou et lui fit un petit sourire que Toya ne pouvait pas voir, puis elle se tourna vers Toya et lui accorda l'un de ses sourires les plus doux. - Allons-y, ne faisons pas attendre Suki. Elle sortit par la porte, laissant Toya se tenir là avec une sensation de chaleur. Une sensation que seul son sourire pouvait provoquer. Il secoua la tête en essayant de se débarrasser de cette chaleur, puis regarda Kyou de travers, remarquant qu'il le fixait intensément. - Quoi ? Demanda Toya d'une voix sévère, sachant qu'il n'aurait aucune réponse. Décidant que cela n'en valait pas la peine, il ressortit par la porte et la claquant derrière lui et se dépêcha pour rattraper Kyoko. Toya observait le dos de Kyoko tandis qu'elle se précipitait dans le couloir. Elle devait être pressée de s'éloigner de Kyou. Il sourit tout seul d'un air narquois, accélérant pour la rattraper, ce qui n'était pas un problème étant donné qu'il était un gardien. Ses pensées s'assombrissaient légèrement en se demandant si elle savait qui il était. Il ne pensait pas, elle ne lui aurait pas souri d'une telle manière si c'était le cas. En haut des marches, Kyoko savait que Toya l'avait rattrapée car elle pouvait le sentir derrière elle. Oui, elle pouvait sentir son aura puissante, mais c'était une sensation légèrement différente par rapport à celle de Kyou. Elle ferma les yeux rien qu'une seconde. Kyoko décida de chercher l'aura, peu importe à quel point il agissait méchamment. En réalité, son aura était très chaude et lui donnait l'impression... parmi beaucoup d'autres choses... d'être protégée. Elle comprenait que Toya était censé être plus jeune que Kyou, mais elle pouvait également sentir le pouvoir caché en lui. Un pouvoir qui, s'il était mis à profit, pourrait lui permettre de surpasser son frère en un clin d’œil... même si pour elle, aucun d'entre eux n'en était conscient. Kyoko appréciait le fait d'utiliser ses sens maintenant qu'elle les avait fait revenir. Elle se tourna vers lui. - Alors... Où sont Suki et Shinbe ? Toya plissa les yeux en la regardant maintenant qu'il avait été pris au dépourvu avec son mensonge. Comment diable devait-il savoir où Suki et Shinbe se trouvaient ? Il était revenu vers elle uniquement pour l'éloigner de Kyou. - Je ne sais pas, répondit-il d'une voix traînante et désinvolte. Kyoko le regarda en fronçant les sourcils. - Mais tu as dit... Toya l'interrompit. - Tu devrais me remercier de t'avoir sauvée, l'informa-t-il en se penchant plus près comme s'il voulait l'intimider. - Me sauver de quoi ? Kyoko lui grogna à la figure, elle n'aimait pas son attitude. Mon Dieu, parfois, il donnait vraiment l'impression d'être un crétin. - De Kyou, grogna Toya à son tour, serrant son poing. Elle pouvait vraiment l'agacer avec sa jolie bouche. « Jolie bouche ? » D'où est-ce que cela sortait ? Étonné, il fit un pas en ailleurs dans la confusion. Déconcertée, Kyoko le fixa simplement d'un air absent pendant une minute. Puis, doucement au début mais de plus en plus fort par la suite, elle commença à se moquer de lui. - Vraiment ? Demanda-t-elle, essayant de respirer entre deux gloussements. Pourquoi ferais-tu... Sa voix devint inaudible, cessant peu à peu de rire, et finalement, elle se contenta d'un large sourire même si ses yeux avaient toujours une pointe de malice. - C'était très gentil de ta part. Je ne savais pas que tu t'en souciais. Elle lui fit la grimace en essayant de garder son sérieux. Toya la regarda furieusement en ayant l'impression d'être le dindon de la farce. - Alors, t'as décidé de rester au final, « prêtresse » ? Il cracha le dernier mot comme s'il lui avait laissé un mauvais goût dans la bouche. Kyoko perdit son sourire et avança son visage à quelques centimètres du sien, fixant ses yeux dorés. - Oui, « gardien ». Elle sourcilla puis se retourna et descendit les escaliers en courant et en riant. - OUI ! s'exclama Kyoko silencieusement, puis rajouta dans sa tête un point pour elle sur son tableau noir. Kyoko, un... Toya, rien. Les yeux de Toya s'élargirent un instant avant de réaliser que le petit bout de femme l'avait bien eu. - Mince ! souffla-t-il avant de la poursuivre. Kyoko était presque en bas des marches lorsqu'elle sentit ses sens de prêtresse s'emballer. Sentant un autre gardien à l'exception de Toya, elle regarda autour d'elle. La seule personne assez proche pour provoquer une telle sensation était un étudiant se tenant en bas des escaliers, l'observant avec intérêt. En regardant de plus près, elle était déconcertée par les reflets violacés parcourant ses cheveux indomptés, et par les plus beaux yeux. Alors qu'elle observait ces yeux, elle aurait pu jurer... pouvoir voir des éclats de toutes les couleurs dans ses iris. Toya se tenait maintenant derrière Kyoko. En voyant son arrêt soudain, il remarqua qu'elle était en train de fixer Kamui. - Alors maintenant elle peut détecter les immortels, se dit Toya. Il l'attrapa par le bras en descendant. - Viens, je vais te le présenter. Toya avait un faible pour Kamui depuis qu'il l'avait rencontré. Tout ce qu'il savait de lui, c'est qu'il n'avait pas de parents et qu'il avait grandi dans une famille d'accueil jusqu'à ce que Kyou lui ait proposé de rester ici. Kyoko se laissa à moitié faire et tirée par Toya vers l'inconnu. Elle pouvait voir qu'il était aussi immortel, mais elle pouvait également ressentir une extrême gentillesse. Elle laissa ses sens explorer son aura, et elle y trouva de la chaleur et... une innocence cachée ne pouvant appartenir qu'à un enfant. - Salut Toya, qui est-ce ? Les yeux brillants de Kamui l'observaient avec fascination. Il avait l'impression qu'il l'attendait depuis longtemps... même s'il ne savait pas qui elle était. C'était comme si elle lui avait terriblement manqué. Il sentait que soudainement, il pouvait de nouveau respirer, et il inspirait profondément rien que pour le prouver. En faisant cela, il sentit l'odeur de la jeune fille et la trouva vraiment familière. Il demanda en regardant Toya : - Qu'est-ce que tu as fait... tu t'es capturé une petite amie ? Kamui sourit d'un air narquois tandis que ses yeux brillaient de malice. - Oh que non, grogna Toya. Elle n'est pas du tout mon genre. - Comment pourrais-tu le savoir ? Tu n'as jamais eu de petite amie. Kamui rit de sa propre blague. Kyoko essayait de s'empêcher de glousser, mais le fait de voir l'hilarité dans les yeux de Kamui ajouté au regard noir de Toya rendait la tâche impossible. - Je te présente Kyoko. Toya se tourna vers elle, relâchant son bras comme s'il venait de se rappeler qu'il la touchait. - Kyoko, voici Kamui. Il a aussi une bourse, et il aura les mêmes cours que toi. - Ouais, je fais partie des resquilleurs ici, dit Kamui en gardant son sérieux, ce qui fit éclater de rire Kyoko, un rire qu'elle arrivait à peine à retenir en premier lieu. Elle se tourna vers Kamui et tendit la main. S'il avait une bourse, cela voulait dire qu'ils étaient amis par le passé. Elle garda ce secret et lui dit avec un sourire très amical : - Bonjour Kamui, ravie de te rencontrer. Ça fait combien de temps que tu es dans cette école ? Kamui aimait déjà cette fille amicale. - Depuis deux ans, plus ou moins. Alors, qu'est-ce que fait la tête brûlée ? Elle te fait visiter ? Il regarda Toya avec un sourire narquois, puis Kyoko avec un sourire plus doux. Son côté malicieux se révéla et il prit la main de Kyoko dans la sienne. S'inclinant légèrement, il amena doucement sa main à ses lèvres et déposa un doux baiser sur ses articulations. Kamui riait presque en voyant le regard vif et furieux que Toya lui lançait. Seul un idiot ne serait pas capable de voir l'attraction évidente que l'autre homme ressentait pour la charmante Kyoko. Kyoko rougit légèrement et gloussa en entendant « tête brûlée ». Elle sourit en voyant Toya regarder Kamui d'un air furieux. - En fait, on essaye de trouver Shinbe et Suki. Est-ce que tu les as vus quel... Avant de pouvoir finir sa phrase, quelqu'un attrapa son bras, l'écartant de Kamui et Toya. En jetant un coup d’œil rapide, Kyoko se retrouva face au visage inquiet de Suki. - Ça a été, Kyoko ? Tu vas rester, n'est-ce pas ? Suki avait presque l'air de l'implorer. Kyoko hocha la tête en se rappelant soudainement de la voix de Kyou lui chuchotant de ne pas partir. - Je ne vais nulle part. Elle hocha la tête vers Shinbe par-dessus l'épaule de Suki en voyant qu'il avait l'air tout aussi heureux que Suki face à cette réponse. À ces mots, Toya sourcilla. Il se demandait ce que Kyou lui avait dit pour la rendre si déterminée à rester. Elle agissait maintenant d'une manière si différente, elle avait presque l'air d'être heureuse. D'habitude, lorsque quelqu'un parlait seul à seul avec Kyou... il s'en allait en étant troublé pendant des heures. Le type arrivait même à lui donner la chair de poule de temps à autre. Kyoko prit le bras de Suki et commença à monter les marches. - Tu dois m'aider à trouver une tenue pour ce soir si on va danser. Les deux filles se blottirent l'une contre l'autre et marchèrent en discutant. Elles agissaient comme si elles se connaissaient depuis toujours. Shinbe, Kamui et Toya regardèrent les deux filles disparaître dans les escaliers. Shinbe demanda à Toya d'une voix inquiète : - Est-ce qu'elle sait ce qu'il se passe vraiment ici ? Toya fixait les lèvres de Kyoko qui bougeaient en parlant à Suki. - Oui, je pense. Puis, il changea de sujet en se tournant vers eux. - Kamui, est-ce que tu viens avec nous ce soir ? Shinbe eut un temps d'arrêt. - Toya ? Tu vas vraiment venir danser ? Sa voix semblait choquée. - Ça ne lui ressemble pas, se dit-il. - Eh, on m'a dit de la surveiller tel un faucon, donc je suppose que je n'ai pas le choix, si ? Toya faisait comme s'il était agacé pour donner l'impression de faire cela contre sa volonté. En réalité, il n'avait soudainement pas envie de la perdre de vue. Son cœur cognait dans sa poitrine, comme s'il lui disait de la protéger à tout prix, qu'on le lui ait ordonné ou non. Il était à présent en train d'imaginer Kyoko bouger de manière suggestive au rythme de la musique et au milieu d'une piste de danse bondée, et cela ne l'aidait pas. Cela éveillait ses instincts protecteurs et il n'avait soudainement plus très envie de la voir y aller. Un petit grognement se fit entendre de la gorge de Toya et il secoua la tête en essayant de se débarrasser de ces pensées ; tous ces regards braqués sur elle... des regards qui n'étaient pas à leur place. Ouais, ça peut être amusant, je viens aussi, acquiesça Kamui. On doit sortir le week-end pour oublier un peu cet endroit. » Il se sentait presque soulagé en sachant que Kyoko resterait à présent dans les parages. - En plus, on doit trouver une petite amie à Toya, intervint-il innocemment. - Qui a dit que j'avais besoin d'une petite amie, petit crétin, grogna Toya en donnant une tape sur la tête de Kamui. Tu ne saurais pas ce qu'est une petite amie si elle te gonflait. Shinbe sourit. - Je pense être le seul ici à savoir ce qu'est une petite amie, mais je peux vous montrer deux vierges si vous voulez de l'expérience. Il recula rapidement lorsque Toya et Kamui se tournèrent vers lui en le regardant d'un air meurtrier. Changeant rapidement de sujet, Shinbe hocha la tête, puis se glissa un peu plus près vers Toya. - Kyou t'a ordonné de surveiller Kyoko ? Son regard dériva vers là où elle venait d'aller. - Tu sais... récemment, j'ai senti une rupture dans l'équilibre dans les parages, comme si quelque chose allait se passer. Le mal se rapproche. Je me demande si elle a quelque chose à voir avec ça. » Les intuitions de Shinbe étaient presque toujours bonnes et cela l'inquiétait. Toya avait aussi cette sensation, et il voulait des réponses. - Eh bien, c'est le moment. Pourquoi ne pas aller en haut et demander à M. Froideur de me dire la vérité ? Il savait que Kyou cachait quelque chose et il allait découvrir ce que c'était. Avant que Shinbe n'ait pu l'arrêter, Toya était déjà en direction des escaliers. Shinbe se sentit gêné. - Je déteste quand ils sont dans la même pièce. J'en ai déjà été témoin, et ce n'est pas beau à voir. Ils se comportent comme des frères ou quelque chose comme ça. Ses yeux d'améthyste suivaient Toya du regard tandis qu'il montait les marches deux par deux. Kamui hocha la tête, sachant que Kyou le faisait parfois flipper. - Je préfère qu'il y aille plutôt que moi. Je te verrai ce soir. Il s'en alla, laissant Shinbe se tenir là, tout seul, toujours en train d'observer les escaliers. Au plus profond de son esprit, là où ses pouvoirs de gardien se reflétaient dans son miroir intérieur, Shinbe se posait des questions concernant ce sentiment familier qu'il avait pour la prêtresse qui venait juste de monter ces escaliers. Il cherchait la vérité au plus profond de son âme en fermant les yeux. Dès l'instant où ses yeux d'améthyste s'ouvrirent de nouveau, ils brillèrent ; il y avait des secrets qu'il était le seul à connaître. ***** Kyou était perdu dans ses pensées, il se demandait comment il devait s'occuper de Kyoko, maintenant qu'elle se trouvait là où il le voulait. Il fut brusquement interrompu en entendant quelqu'un marteler la porte. Clignant des yeux à plusieurs reprises, il s'empêcha de lever ses yeux dorés au ciel, sachant que cela ne pouvait être que Toya. Kyou lança un regard furieux à la porte au moment où celle-ci s'ouvrit sans invitation. Toya entra d'un pas décidé, cherchant immédiatement sa cible, puis aperçut Kyou étendu sur le sofa. Il alla droit au but. - Qu'est-ce qu'il se passe avec Kyoko ? Kyou lança un regard furtif à Toya, mais son visage ne manifestait aucun intérêt pour la question. Toya connaissait les humeurs de Kyou mieux que personne, et il savait qu'il ne l'aurait même pas regardé s'il n'avait pas touché une corde sensible. Pour lui, étudier Kyou était de la science. Même le fait de cligner des yeux voulait dire quelque chose lorsqu'il s'agissait de Kyou. Toya se déplaça pour s'asseoir en face de lui sur une chaise bien moelleuse. - Allez, je ne suis pas stupide. Si tu veux que je la protège, tu dois me dire pourquoi. Après tout, les autres doivent se débrouiller, alors pourquoi est-elle différente ? Il cracha comme s'il était dégoûté par cette pensée. - Ce n'est qu'une simple fille humaine et fragile. Toya saisit la main griffue qui l'avait soudainement saisi par la gorge, et regarda le visage très contrarié de Kyou. - Tu feras ce que je te dis. La voix de Kyou tremblait de rage. Toya plissa les yeux. À présent, il savait que quelque chose se tramait. - Bien, souffla-t-il, et fut libéré en récompense. Il vit la colère de Kyou disparaître instantanément tandis qu'il retournait s'asseoir en face de lui, son masque de glace se remettant en place comme un bouclier derrière lequel il se cachait. Toya secoua la tête. - Tu dois me dire pourquoi elle est si importante pour « toi ». Il mit l'accent sur le dernier mot. Kyou était quelque peu d'accord. Il avait élevé Toya depuis sa naissance. Il savait que son frère était proche dès l'instant où il était venu à la vie, et il l'avait arraché à des parents qui ne l'auraient pas compris. C'était pareil pour ses autres frères, même si Kyou avait décidé de les surveiller de loin pendant un moment. Il avait espéré pouvoir changer la personnalité de Toya d'une manière ou d'une autre, mais celle-ci semblait l'avoir suivi dans cette vie, peu importe les efforts de Kyou pour la changer. Au bout du compte, Toya était toujours Toya, peu importe la vie qu'il menait. Il pensait que sa rencontre avec Kyoko allait provoquer des souvenirs du passé, mais son frère n'avait montré aucun signe jusqu'ici, à part de l'intérêt. Les yeux de Kyou se plissèrent tandis qu'il réfléchissait. - Tu ne ressens rien pour elle ? demanda-t-il d'une voix qui fit grimacer Toya. - Je devrais ? Riposta Toya, sachant qu'en effet, il ressentait quelque chose pour elle, mais ne voulait pas l'admettre. Croisant ses bras devant lui, il avait l'air agacé comme d'habitude, mais n'était pas conscient du gris qui tourbillonnait dans ses yeux dorés. - Oui, répondit-il froidement. - Bon sang ! Qu'est-ce qui la rend si spéciale pour nous ? Toya leva ses bras, exaspéré. Le regard de Kyou défia le sien. - Elle est celle que nous attendions. Les yeux de Toya s'élargirent. De mémoire, Kyou lui avait dit qu'ils devaient se préparer pour la personne qui portait le Cristal du Cœur du Gardien en elle. Il ne faisait certainement pas référence à cela... Pourquoi un cristal si puissant se trouverait-il dans une fille aussi faible ? Il s'attendait à un quelconque guerrier... pas à une simple fille. - Elle est la raison pour laquelle tu les as tous réunis ? Il haussa les sourcils d'un air interrogateur. Kyou s'était toujours abstenu de raconter à Toya son passé, mais il l'avait prévenu à propos de son futur. - Tu dois la protéger à tout prix. La pièce était silencieuse tandis que les pensées tourbillonnaient dans le cerveau de Toya. Il avait récemment ressenti des ondes démoniaques plus puissantes à cet endroit, comme s'il y en avait de plus en plus et que le camp maléfique se renforçait. - Alors, c'est elle. Qu'est-ce que je dois savoir de plus ? Il se sentit presque soulagé de savoir pourquoi son frère avait un tel intérêt pour Kyoko, mais à cet instant, il se ne pencherait pas plus sur ces sentiments empreints de jalousie. Kyou avait caché la vérité depuis si longtemps, il n'était pas sûr d'être prêt à partager les souvenirs. Le fait de penser à l'intimité qu'il y avait entre Toya et Kyoko par le passé ne l'aidait pas. Certaines choses devaient peut-être être oubliées. Ces deux-là avaient été inséparables à l'époque. - Tu t'es réincarné pour la protéger et j'ai vécu plus d'un millénaire à l'attendre. Pour l'instant... C'est tout ce que tu dois savoir. Toya grogna doucement, puis gloussa d'un air légèrement sinistre. - C'est tout ce que je dois savoir, hein ? Il passa ses doigts dans ses longs cheveux en sentant un irrésistible besoin de passer sa colère cachée même s'il n'en était pas conscient. - Est-ce la raison pour laquelle tu la regardes avec de la chaleur dans les yeux ? Tu dis qu'on était proches... Es-tu vraiment jaloux de quelque chose qui s'est soi-disant passé il y a longtemps avec une fille qui ne te jetterait probablement pas un regard oblique ? Toya avait un regard furieux... Ses yeux étaient maintenant gris comme de l'argent fondu. Kyou grogna presque en entendant cette supposition. Il y avait des moments où la perspicacité du garçon était troublante. - Ma patience a des limites, Toya. Cristal ou pas, je ne tolérerai pas de telles accusations ou illusions de grandeur lorsqu'il s'agit de la prêtresse. Ta mission est de la protéger... Ça m'est égal si tu aimes ça. Tu maîtriseras ton caractère et tu t'abstiendras de lui faire des avances. C'est clair ? Ses yeux étaient à présent mortels tandis qu'il fixait son petit frère. Des glaçons auraient pu pendre des mots de Kyou, et Toya pouvait comprendre que la conversation était terminée, du moins pour l'instant. Il se leva et quitta la pièce sans même un regard en arrière ou un mot. Une fois à l'extérieur de la chambre de son frère, il s'arrêta face à la porte de la chambre de Kyoko. Il pouvait la sentir dans les limites des pièces devant lui. Il leva sa main pour toquer, voulant être avec elle mais sachant qu'il n'avait aucune raison d'être là. Il enfonça sa main dans sa poche et se retourna pour poursuivre son chemin le long du couloir. Si quelqu'un avait été dans ce couloir, il aurait eu un aperçu des ailes argentés chatoyantes apparaissant le long du dos de Toya, avant de disparaître sans être vues par le gardien aux yeux argentés. Chapitre 5 « Un avertissement grogné » Kyoko prit un élastique de sa trousse et attacha une partie de ses cheveux auburn indisciplinés en queue de cheval, créant une courte épaisseur de cheveux attachés et une longue épaisseur flottant le long de son dos. Elle se pencha en avant pour mettre une touche de blush, puis se leva, marcha jusqu'au miroir en pied et se retourna pour s'examiner. Suki l'avait convaincue de porter certains de ses vêtements et Kyoko se sentait différente. La mini-jupe noire s'évasait lorsqu'elle se tournait, montrant des jambes bien faites grâce aux nombreux entraînements qu'elle avait pratiqués. La chemise rose et moulante avait des lacets noirs tout le long du dos, et devant, un lacet noir en forme de « V » descendait presque jusqu'à sa poitrine. Kyoko secoua la tête en voyant un décolleté si prononcé. Cela lui faisait se demander si Suki n'était pas celle qui courait après Shinbe, tout comme il lui courait après. Ramassant ses boucles d'oreilles en forme de croix, elle se demanda pourquoi elle avait accepté de ressembler à une enfant terrible. Elle sortit de ses pensées lorsque quelqu'un toqua timidement à sa porte. Ouvrant la porte tout en attachant ses boucles d'oreilles, Kyoko rayonna, elle se sentait mieux en voyant Suki habillée d'une manière plus sauvage qu'elle. - Oh Suki, tu vas tous les souffler ce soir, dit-elle en regardant son amie de haut en bas. Suki portait un pantalon en cuir moulant et un haut bleu très fin avec de longues et larges manches, le tout mettant en valeur sa silhouette. Kyoko secoua la tête en pensant au nombre de fois où Shinbe allait se faire gifler ce soir. - Tu veux juste que Shinbe fasse l'idiot, n'est-ce pas ? Elle regarda son amie en haussant les sourcils, ses yeux émeraudes brillant de malice. Suki était en train de jeter un coup d’œil à Kyoko, hochant la tête d'un air satisfait. - Ouais, j'ai l'impression que ça sera notre dernière soirée sympa avant longtemps. Shinbe m'a parlé d'une rumeur disant que dès lundi, on allait devoir commencer à s'entraîner plus intensément que jamais. Ses yeux s'illuminèrent. - Mais ce soir, libérons-nous. Tu vas adorer l'endroit où l'on va. C'est énorme et le groupe de ce soir va déchirer. Suki jeta un coup d’œil aux appartements de Kyoko avec de grands yeux. - Ouah ! Je n'étais jamais montée ici. Elle lança un regard furtif à Kyoko. - Personne n'a jamais eu le droit de monter ici, à part Toya. Est-ce que tu réalises qu'il n'y a que lui, Kyou et toi à cet étage ? Elle avait été tellement nerveuse à l'idée de monter à cet étage qu'elle avait demandé la permission à Toya avant de venir dans la chambre de Kyoko. Kyoko savait que Kyou voulait la garder là où Toya et lui pourraient mieux la surveiller. Se remémorant tout ce qu'il avait dit, elle savait qu'il avait raison concernant son lien d'amitié avec Suki dans le passé car, pour une raison inexpliquée, elle avait l'impression de la connaître depuis longtemps. Elle avala la soudaine boule dans sa gorge. - Peut-être que toutes les autres chambres étaient prises, je ne sais pas. Elle se dirigea vers la porte. - Mais je sais que je veux m'amuser ce soir car tu as raison, ça sera probablement notre dernière soirée sympa avant longtemps. Sa main se gela sur la poignée de la porte, et elle fronça les sourcils. Il y avait quelqu'un dehors. En sachant cela, elle eut des frissons dans le dos. Kyoko ouvra lentement la porte et regarda dans le couloir. Ne voyant personne, elle l'ouvrit complètement et Suki la suivit dehors. Elle se retourna et verrouilla la porte derrière elle, puis fit demi-tour pour regarder Suki lorsqu'elle l'entendit pousser un « cri » effrayé. Kyou se tenait là, dans l'embrasure de sa porte, l'observant... et il n'avait pas l'air content. Kyou jeta un coup d’œil à Kyoko et sentit sa colère monter. Il tourna son regard vers Suki, l'agacement était clairement visible sur son visage. - Laisse-nous, demanda-t-il d'une voix dangereusement glaciale. Suki lança un regard désolé à Kyoko, puis fit rapidement ce qu'on lui avait ordonné, sachant que c'était mieux qu'hésiter. Quant à elle, elle ne voulait pas se mettre Kyou à dos, et en plus, l'homme lui donnait la chair de poule. Elle savait depuis sa rencontre avec lui qu'il était un immortel très puissant, et qu'il ne fallait pas se mettre en travers de son chemin. Elle était heureuse de l'avoir dans leur camp et non comme ennemi. Kyoko croisa ses bras devant elle, déçue en regardant Suki se dépêcher pour disparaître de sa vue. Elle se retourna et vit qu'elle était l'objet de l'attention de Kyou ; à ce moment-là, il n'avait pas l'air content. Elle haussa les sourcils vers lui en attendant. Quand il se tenait simplement là en la perçant du regard avec ses yeux dorés et furieux, elle sentait sa colère commencer à monter en flèche. Maudit soit-il avec ses yeux perçants. - Qu'est-ce que j'ai fait ? Demanda-t-elle au final, se lassant d'attendre une explication. Kyou avait été agacé par la présence de Suki à cet étage. Puis, lorsqu'il les avait vues sortir de la chambre habillées comme cela, il savait que ce n'était pas une bonne idée de laisser Kyoko partir. Non seulement elle était en danger face à l'ennemi, mais aussi en danger face aux gardiens, aux démons ou aux humains voulant s'accoupler avec elle. Kyou voyait rouge à cette simple pensée. - Personne ne doit monter à cet étage sans ma permission, sauf Toya et toi, compris ? Sa voix donnait l'impression qu'il la sermonnait. Kyoko s'irrita mais se rappela rapidement que c'était son bâtiment, donc ses règles. - Je suis désolée, je ne savais pas, lui dit-elle avec honnêteté. Sentant sa colère se calmer, elle croisa ses mains devant elle. Elle commença à gigoter car il n'avait pas l'air plus heureux après ses excuses. Kyou s'avança d'un pas vers Kyoko. L'inspectant, il avait l'impression de presque pouvoir voir sous sa chemise. - Personne ne m'a dit que tu avais des projets ce soir. Il sentait l'humeur de la jeune fille s'obscurcir à ses mots et ses yeux devenir plus vifs, mais il s'en fichait. Pour sa sécurité, il devait savoir ce qu'elle faisait. Il savait comment les étudiantes se comportaient, mais il pouvait sentir que Kyoko ne s'était pas encore accouplée, différente des autres... innocente. Kyoko mordilla sa lèvre inférieure en se demandant si elle allait devoir lui dire tout ce qu'elle faisait. - Je ne savais pas que je devais vous prévenir si je sortais. Elle essayait de rester calme, mais savait qu'elle devait lui tenir tête pour pouvoir avoir de la liberté. - Je sors avec Suki et Shinbe ce soir, dit-elle fermement, espérant qu'il n'essayerait pas de l'en empêcher. Kyou fit un pas en avant, mais Kyoko fit un pas en arrière pour ne pas avoir à lever les yeux vers lui. Il sourit intérieurement d'un air narquois tout en faisant un autre pas en avant. Il la fit carrément reculer contre le mur, s'entourant de l'odeur de Kyoko. - Habillée comme ça ? Il avait l'air furieux. Les yeux de Kyoko s'élargirent maintenant qu'il ne se trouvait qu'à quelques centimètres d'elle, et elle leva les yeux vers lui. Il était si grand. Qu'est-ce qu'il venait de dire ? Son regard devint un peu plus vif. Habillée comme... ? - Qu'est-ce qui ne va pas avec ma tenue ? Elle recula contre le mur lorsqu'il s'approcha de son oreille. Elle pouvait sentir son souffle chaud sur son cou. - Est-ce que tu cherches un partenaire ? chuchota-t-il dangereusement près de son oreille. Kyoko avait soudainement peur du gardien se tenant devant elle. En temps normal, les mots qu'il avait prononcés l'aurait mise en colère, mais là, ils lui donnaient juste envie d'aller se cacher dans un trou. Si une épingle était tombée, le bruit aurait été similaire à un coup de tonnerre dans le silence. Elle sauta presque au plafond en entendant une autre voix si proche d'eux. - Kyoko, est-ce que t'es prête ? Toya se tenait contre un mur en les observant. Il pouvait sentir la peur de Kyoko à plus de trois mètres. Il regarda Kyou de travers tout en voyant Kyoko passer sous son bras et marcher rapidement vers lui. Kyou se redressa, gardant toujours un air indifférent en voyant Toya se placer entre Kyoko et lui, la mettant hors de sa vue. J'ai déjà vu ça quelque part, pensa-t-il avec agacement. Puis, il déclara froidement. - Si elle y va, tu dois rester à ses côtés. Le muscle de sa mâchoire fléchit tandis qu'il serrait les dents, n'aimant pas le fait que Toya ait pu la voir habillée si légèrement. Toya pouvait voir combien Kyou était sérieux, et son regard lui donna presque des frissons. - Je le sais déjà. Il se tourna rapidement et prit la main de Kyoko. - Viens, demanda-t-il doucement. Kyoko n'allait pas s'y opposer, et cela ne la gênait pas d''être pratiquement propulsée en avant par Toya. - Le plus tôt sera le mieux, se dit-elle. À cet instant, elle ne voulait rien de plus que se dépêcher, et maintenant qu'elle flippait complètement, elle survolait presque les marches. Toya lâcha sa main dès l'instant où ils sortirent du champ de vision de Kyou. Il l'observait tandis qu'elle accélérait, fronçant un sourcil. Il avait entendu ce que Kyou lui avait dit. Étant un gardien, il avait une excellente ouïe. Il était parti chercher Kyoko à l'instant où Suki dévalait les escaliers, le renversant presque ce faisant. Cela l'avait énervé d'entendre les mots que Kyou avait chuchotés à Kyoko, et c'était tout ce qu'il pouvait faire pour prétendre n'avoir rien entendu. Il ne s'était jamais imaginé blesser Kyou mais... le fait de l'entendre dire de telles choses à Kyoko faisait ressortir le pire en lui. Elle n'avait rien fait pour mériter cela. Toya essaya de se débarrasser de cette mauvaise sensation tandis qu'ils rejoignaient les autres. ***** En entrant dans la boîte de nuit, Suki remarqua que Kyoko était toujours particulièrement silencieuse et eut finalement le courage de demander : - En fait, il s'est passé quoi avec Kyou ? - Rien du tout, répondit Kyoko qui ne voulait pas vraiment en parler. Puis elle se rappela d'une chose qu'il avait dite : - Il a dit qu'à partir de maintenant, personne n'avait le droit de venir à cet étage à part Toya et moi. Elle haussa tristement les épaules et remarqua que Toya la fixait toujours. Elle se demandait s'il avait entendu ce que Kyou avait dit, puis rougit et détourna rapidement le regard, ne voulant pas vraiment connaître la réponse à cette question. C'était probablement sa dernière nuit de liberté, elle vida donc son esprit et regarda autour d'elle avec la ferme intention de s'amuser d'une manière ou d'une autre. Les yeux de Suki s'élargirent lorsqu'elle sentit des bras l'envelopper par derrière et la tirer vers un corps musclé. En tournant la tête pour pouvoir voir, elle tomba nez à nez avec des yeux d'améthyste. Shinbe plongea sa tête dans son cou, se blottissant contre elle tout en souriant. - Viens danser avec moi, l'invita-t-il d'une voix séduisante. - Mais on vient juste d'arriver. Suki essaya de se dégager à moitié. - Je sais. Shinbe fit un clin d’œil à Kyoko. - Je voulais t'attraper avant que quelqu'un d'autre puisse le faire. Il glissa délibérément sa main le long de son ventre d'une manière séduisante, puis la retourna dans ses bras pour lui faire face. Il déclara en regardant Kyoko d'un air malicieux : - Elle reviendra peut-être. Suki hocha la tête, essayant de cacher le rouge de ses joues. Shinbe l'emmena sur la piste de danse, laissant Kyoko et Toya se tenir là. Kyoko savait que ses nerfs ne pouvaient pas en supporter davantage, elle se dirigea vers le bar en se disant qu'un verre la détendrait un peu plus. Elle ne prit même pas la peine de voir si Toya la suivait. Il savait qu'il avait pour mission de la surveiller. Ce n'est pas comme si c'était un rendez-vous amoureux. Elle se sentait presque désolée pour lui. Elle tourna son attention vers l'individu tenant le bar et lui dit en haussant les épaules : - Votre boisson spéciale. Elle sourit et il hocha la tête. Elle posa un billet de vingt sur le bar. Elle ne savait pas quoi commander, étant donné que c'était sa première fois dans un bar. Elle faisait comme si elle l'avait déjà fait une centaine de fois, c'était le nombre de fois où elle l'avait vu dans des films et à la télévision... Elle espérait que personne ne remarquerait sa nervosité. Toya vint se tenir à côté de Kyoko après avoir remarqué la manière dont le barman la fixait en préparant sa boisson. Il croisa son regard et grogna, l'avertissant de dégager. Toya pouvait sentir d'autres regards posés sur Kyoko, et il n'aimait pas cela. Kyoko se retourna lorsque sa boisson arriva et essaya de sourire de nouveau au barman en le remerciant, mais il ne voulait pas la regarder dans les yeux. Eh bien, c'est bizarre, se dit-elle, mais en entendant quelqu'un l'appeler, elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et vit Kamui arriver. Elle lui sourit, prit une gorgée de sa boisson et s'étouffa presque à cause de sa saveur brûlante et prononcée. Kamui la regarda reposer sa boisson sur le bar en la recrachant presque. Il sourit tandis qu'elle reprenait son souffle, haletant. - Tu dois faire attention Kyoko, les boissons d'ici sont fortes. Il fronça les sourcils d'un air désapprobateur en regardant le barman, puis sourit lorsqu'il vit qu'elle pouvait de nouveau respirer. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=40851541&lfrom=334617187) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.
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