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Un Cri D’ Honneur Morgan Rice L'anneau Du Sorcier #4 Dans UN CRI D’HONNEUR (tome n°4 de l’Anneau du Sorcier), Thor est revenu des Cent Jours et est devenu un guerrier endurci. Il doit à présent découvrir ce que signifie de se battre pour défendre sa terre natale, pour une question de vie ou de mort. Les McCloud ont envahi les terres MacGil comme jamais auparavant dans l’histoire de l’Anneau et Thor se dirige droit vers une embuscade. Il va devoir repousser l’assaut pour sauver la Cour du Roi. Godfrey a été empoisonné par son frère avec un poison rare mais très puissant. Son destin est entre les mains de Gwendolyn qui va s’efforcer de faire ce qu’elle peut pour sauver son frère de la mort. Gareth sombre de plus en plus dans un état de malaise et de paranoïa. Il engage des tribus de sauvages comme forces de combat personnelles en promettant de leur donner le Hall de l'Argent, évinçant par là même les membres de l'Argent et entraînant une révolte à la Cour du Roi qui menace de dégénérer en guerre civile. Il projette également d’offrir Gwendolyn à un fier Nevarun, sans qu’elle consente à ce mariage. Les liens amicaux de Thor se renforcent tout au long de leur voyage dans de nouveaux endroits, de rencontres avec des monstres inattendus et de combats dans des batailles inimaginables. Thor retourne dans sa ville natale et, au cours d’une confrontation épique avec son père, il découvre un grand secret sur son passé, qui il est, qui est sa mère et quelle est sa destinée. Grâce à l’entraînement le plus poussé qu'il ait jamais reçu de la part d’Argon, il commence à exploiter des pouvoirs qu’il ignorait avoir et devient chaque jour de plus en plus puissant. Sa relation avec Gwen devenant de plus en plus sérieuse, il revient à la Cour du Roi avec l’espoir de lui proposer de l’épouser, mais il est peut-être déjà trop tard. Grâce à un informateur, Andronicus mène l’armée de l’Empire, forte d’un million d’hommes, dans le but d’essayer de créer une brèche dans le Canyon et d’écraser l’Anneau. Et alors que les choses ne semblent pas pouvoir être pires à la Cour du Roi, l’histoire se termine sur un retournement de situation inattendu. Godfrey survivra-t-il ? Gareth sera-t-il détrôné ? La Cour du Roi va-t-elle se scinder en deux ? L’Empire va-t-il les envahir ? Gwendolyn et Thor seront-ils réunis ? Et Thor finira-t-il par découvrir le secret de sa destinée ? Avec sa création de mondes et sa caractérisation sophistiquées, UN CRI D’HONNEUR est un conte épique avec amis et amants, rivaux et prétendants, chevaliers et dragons, intrigues et machinations politiques, avec passage à l'âge adulte, cœurs brisés, tromperies, ambition et trahisons. C'est un conte avec de l'honneur et du courage, du destin et de la sorcellerie. C'est une histoire d'heroic fantasy qui nous emmène dans un monde que nous n'oublierons jamais et qui satisfera toutes les tranches d'âge et tous les sexes. Il fait 85000 mots. Morgan Rice Un Cri D’honneur (Tome N 4 De L’anneau Du Sorcier) A propos de Morgan Rice Morgan Rice est l'auteur à succès n°1 et l'auteur à succès chez USA Aujourd'hui de la série d'épopées fantastiques L'ANNEAU DU SORCIER, qui contient dix-sept tomes, de la série à succès n°1 SOUVENIRS D'UNE VAMPIRE, qui contient onze tomes (pour l'instant), de la série à succès n°1 LA TRILOGIE DES RESCAPÉS, thriller post-apocalyptique qui contient deux tomes (pour l'instant) et de la nouvelle série d'épopées fantastiques ROIS ET SORCIERS. Les livres de Morgan sont disponibles en édition audio et papier, et des traductions sont disponibles en plus de 25 langues. TRANSFORMATION (Livre #1 Mémoires d'un Vampire), ARENE UN: LA CHASSE AUX ESCLAVES (Livre #1 de la Trilogie des Rescapés), LE REVEIL DES DRAGONS (le tome 1 de Rois et Sorciers) et LA QUÊTE DES HÉROS (le tome 1 de l'Anneau Du Sorcier) sont tous disponibles en téléchargement gratuit! Morgan adore recevoir de vos nouvelles, donc, n'hésitez pas à visiter www.morganricebooks.com pour vous inscrire sur la liste de distribution, recevoir un livre gratuit, recevoir des cadeaux gratuits, télécharger l'appli gratuite, lire les dernières nouvelles exclusives, vous connecter à Facebook et à Twitter, et rester en contact ! Sélection d'Acclamations pour Morgan Rice “L'ANNEAU DU SORCIER a tous les ingrédients d'un succès immédiat: des intrigues, des contre-intrigues, du mystère, de vaillants chevaliers et des relations en plein épanouissement qui débordent de cœurs brisés, de tromperies et de trahisons. Ce roman vous distraira pendant des heures et satisfera toutes les tranches d'âge. A ajouter à la bibliothèque permanente de tous les lecteurs d'heroic fantasy.”     — Books and Movie Reviews, Roberto Mattos “Rice nous attire fort habilement dans son histoire dès le commencement grâce à une description de grande qualité qui transcende la simple représentation du décor … Un ouvrage bellement écrit et qui se lit très vite.”     – Black Lagoon Reviews (à propos de Transformée) “Une histoire idéale pour les jeunes lecteurs. Morgan Rice a bien réussi à apporter un développement intéressant à son histoire … Dépaysant et unique, ce livre a les éléments classiques que l'on trouve dans de nombreuses histoires paranormales pour Jeune Adulte. La série se concentre sur une seule fille … une fille extraordinaire !.. Facile à lire, file à cent à l'heure … Recommandé pour tous ceux qui aiment lire des romans d'amour paranormaux soft. Classé PG (accord parental souhaitable).”     – The Romance Reviews (à propos de Transformée) “Ce livre a retenu mon attention dès le début et ne l'a pas laissée retomber … Cette histoire est une aventure surprenante qui file à cent à l'heure et déborde d'action dès les premières pages. On ne s'y ennuie pas un seul moment .”     – Paranormal Romance Guild {à propos de Transformée) “Bourré d'action, d'amour, d'aventure et de suspense. Emparez-vous de ce livre et retombez amoureuse.”     – vampirebooksite.com (à propos de Transformée) “Excellente intrigue. C'est le type de livre que vous aurez du mal à arrêter de lire le soir. La fin est un moment de suspense si spectaculaire qu'il vous donnera immédiatement envie d'acheter le tome suivant, rien que pour voir ce qui s'y passe.”     – The Dallas Examiner (à propos d'Aimée) “Un livre suffisamment bon pour faire de l'ombre à TWILIGHT et à JOURNAL D'UN VAMPIRE et qui vous donnera envie de lire jusqu'à la toute dernière page! Si vous aimez l'aventure, l'amour et les vampires, ce livre est celui qu'il vous faut !”     – Vampirebooksite.com (à propos de Transformée) “Morgan Rice prouve une fois de plus qu'elle est une conteuse extrêmement talentueuse … ce livre devrait plaire à une gamme étendue de publics, dont les fans les plus jeunes du genre vampire / fantasy. Il se termine par un moment de suspense inattendu qui vous laisse en état de choc.”     – The Romance Reviews (à propos d'Aimée) Livres par Morgan Rice ROIS ET SORCIERS LE REVEIL DES DRAGONS (Tome 1) LE REVEIL DES BRAVES (Tome 2) L'ANNEAU DU SORCIER LA QUÊTE DES HEROS (Tome n 1) LA MARCHE DES ROIS (Tome n 2) LE DESTIN DES DRAGONS (Tome n 3) UN CRI D'HONNEUR (Tome n 4) UNE PROMESSE DE GLOIRE (Tome n 5) UNE VALEUREUSE CHARGE (Tome n 6) UN RITE D'EPEES (Tome n 7) UNE CONCESSION D'ARMES (Tome n 8) UN CIEL DE CHARMES (Tome n 9) UNE MER DE BOUCLIERS (Tome n 10) LE REGNE DE L'ACIER (Tome n 11) UNE TERRE DE FEU (Tome n 12) LE REGNE DES REINES (Tome n 13) LE SERMENT DES FRERES (Tome n 14) UN REVE DE MORTELS (Tome n 15) UNE JOUTE DE CHEVALIERS (Tome n 16) LE DON DE LA BATAILLE (Tome n 17) LA TRILOGIE DES RESCAPES ARENE UN: SLAVERSUNNERS (Tome n 1) ARENE DEUX (Tome n 2) SOUVENIRS D'UNE VAMPIRE TRANSFORMEE (Tome n 1) AIMEE (Tome n 2) TRAHIE (Tome n 3) PREDESTINEE (Tome n 4) DESIREE (Tome n 5) FIANCEE (Tome n 6) VOUEE (Tome n 7) TROUVEE (Tome n 8) RENEE (Tome n 9) ARDEMMENT DESIREE (Tome n 10) SOUMISE AU DESTIN (Tome n 11) Écoutez la série de L'ANNEAU DU SORCIER en format livre audio ! Copyright © 2013 par Morgan Rice Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi états-unienne sur le droit d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l'autorisation préalable de l'auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d'autres gens. Si vous voulez partager ce livre avec une autre personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l'avoir acheté, ou s'il n'a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, alors, veuillez le renvoyer et acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le difficile travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les événements et les incidents sont le fruit de l'imagination de l'auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n'est que pure coïncidence. Image de couverture: Copyright RazoomGame, utilisée en vertu d'une licence accordée par Shutterstock.com. “Ne t’effraye point de la grandeur Quelques-uns naissent grands; d’autres parviennent à la grandeur, et il en est que la grandeur vient chercher elle-même.” – William Shakespeare Le Jour des Rois CHAPITRE PREMIER Luanda traversa le champ de bataille au pas de charge. Elle évita de peu un cheval au galop en se frayant un chemin vers la petite habitation où se trouvait le Roi McCloud. Elle serra le froid pieu de fer dans sa main en tremblant et traversa le terrain poussiéreux de cette cité qu'elle avait connue, cette cité où habitait son peuple. Tous ces derniers mois, elle avait été forcée d'assister à leur massacre et elle en avait assez. Quelque chose s'était rompu en elle. Elle n'avait plus peur de se dresser contre toute l'armée McCloud; elle ferait tout ce qu'elle pourrait pour l'arrêter. Luanda savait que ce qu'elle allait faire était fou, qu'elle mettait sa vie en jeu et que McCloud allait probablement la tuer, mais elle s'efforça de ne plus y penser en courant. Il était temps de faire ce qui était bien, quel qu'en soit le coût. En scrutant le champ de bataille noir de monde, elle repéra McCloud parmi les soldats. Il était au loin et portait cette pauvre fille qui hurlait dans une habitation abandonnée, une petite maison d'argile. Il claqua la porte derrière eux en soulevant un nuage de poussière. “Luanda !” cria quelqu'un. Elle se retourna et vit Bronson qui, à peut-être trente mètres derrière, la poursuivait. Sa progression fut interrompue par le flux incessant de chevaux et de soldats, qui l'obligea à s'arrêter plusieurs fois. Elle n'avait qu'une chance: maintenant. Si Bronson la rattrapait, il l'empêcherait d'aller au bout de ce qu'elle voulait faire. Luanda courut deux fois plus vite en serrant le pieu et essaya de ne pas penser à la folie de cette tentative, aux rares chances qu'elle avait de réussir. Si des armées entières n'avaient pas réussi à renverser McCloud, si ses propres généraux et son propre fils tremblaient devant lui, quelles chances pouvait-elle bien avoir de réussir à le tuer seule ? De plus, Luanda n'avait jamais tué d'homme, et encore moins d'homme de la stature de McCloud. Allait-elle être paralysée par la peur au moment fatidique? Pouvait-elle vraiment le surprendre? Était-il invincible, comme Bronson l'en avait avertie ? Luanda se sentait responsable des effusions de sang commises par cette armée, de la mise à sac de son propre pays. En y repensant, elle regrettait d'avoir accepté d'épouser un McCloud, malgré son amour pour Bronson. Elle avait appris que les McCloud étaient un peuple barbare, au-delà de toute possibilité de correction. A présent, elle comprenait que les MacGil avaient eu de la chance que les Highlands les séparent et qu'ils soient restés de leur côté de l'Anneau. Elle avait été naïve, avait été idiote de supposer que les McCloud étaient moins mauvais qu'on lui avait appris à le penser. Elle avait cru pouvoir les changer, que, malgré le risque, d'une façon ou d'une autre, cela valait la peine d'être princesse McCloud et un jour reine. Cependant, maintenant, elle savait qu'elle s'était trompée. Elle renoncerait à tout, à son titre, ses richesses, sa notoriété, tout, pour ne jamais avoir rencontré les McCloud, pour se retrouver en sécurité avec sa famille, de son côté de l'Anneau. A présent, elle était furieuse que son père ait arrangé ce mariage; elle avait été jeune et naïve, mais il aurait dû savoir que ça ne marcherait pas. La politique comptait-elle assez pour lui pour qu'il y sacrifie sa propre fille? Elle lui en voulait aussi d'être mort et de l'avoir laissée se débrouiller seule avec tout ça. Ces derniers mois, Luanda avait appris à se débrouiller seule, à la dure et, maintenant, elle avait sa chance de changer les choses. Quand elle atteint la petite maison d'argile avec la porte sombre en chêne que McCloud avait claquée, elle tremblait. Elle se tourna et regarda des deux côtés, s'attendant à ce que les hommes de McCloud se jettent sur elle mais, à son grand soulagement, ils étaient tous trop occupés à semer le chaos pour la remarquer. Elle leva le bras, le pieu dans l'autre main, saisit le bouton de porte et le tourna aussi discrètement que possible en priant pour que cela n'attire pas l'attention de McCloud. Elle entra. Il faisait sombre à l'intérieur et ses yeux s'habituèrent lentement à l'obscurité, qui tranchait avec la lumière crue de la cité blanche; il faisait aussi plus frais à l'intérieur et, quand elle franchit le seuil de la petite maison, la première chose qu'elle entendit furent les gémissements et les cris de la fille. Alors que ses yeux s'habituaient à l'obscurité, elle regarda dans la petite maison et vit McCloud, déshabillé de la taille aux pieds, par terre, avec la fille déshabillée qui se débattait sous lui. La fille pleurait et criait, les yeux serrés, puis McCloud leva le bras et lui ferma la bouche de sa main charnue. Luanda avait peine à croire que c'était vrai, qu'elle allait vraiment faire ça jusqu'au bout. Elle fit prudemment un pas en avant, les mains tremblantes, les genoux tremblants, et pria pour avoir la force d'aller jusqu'au bout. Elle serra le pieu en fer comme si c'était sa planche de salut. S'il vous plaît, mon Dieu, faites que je tue cet homme. Elle entendit McCloud grogner et gémir comme un animal sauvage satisfait. Il était implacable. La fille semblait crier plus fort à chacun de ses mouvements. Luanda fit un autre pas, puis un autre, et se retrouva à un mètre ou deux. Elle regarda McCloud, observa son corps, essaya de décider quel était le meilleur endroit où frapper. Heureusement, il avait retiré sa cotte de mailles et ne portait qu'une chemise en tissu fin, maintenant trempée de sueur. Elle le sentait de là où elle était et elle eut un haut-le-cœur. En retirant son armure, il avait commis une imprudence et, décida Luanda, ce serait sa dernière erreur. Elle lèverait le pieu bien haut, des deux mains, et le plongerait dans son dos exposé. Quand les gémissements de McCloud atteignirent leur apogée, Luanda leva le pieu bien haut. Elle réfléchit à la façon dont sa vie changerait après ce moment. Dans quelques secondes, rien ne serait plus pareil. Le royaume des McCloud serait débarrassé de son tyran; son peuple ne serait plus soumis à la destruction. Son nouveau mari monterait sur le trône, prendrait sa place et, finalement, tout irait bien. Luanda resta sur place, paralysée par la peur. Elle tremblait. Si elle n'agissait pas maintenant, elle ne le ferait jamais. Elle retint son souffle, fit un dernier pas en avant, tint le pieu des deux mains haut au-dessus de sa tête et, soudain, elle tomba à genoux en abattant le pieu en fer de toutes ses forces, en se préparant à en transpercer le dos de l'homme. Cependant, une chose qu'elle n'avait pas prévue se produisit à toute vitesse, trop vite pour qu'elle puisse réagir: à la dernière seconde, McCloud se dégagea. Pour un homme de sa corpulence, il était bien plus rapide qu'elle l'aurait imaginé. Il roula de côté en laissant exposée la fille d'en dessous. Il était trop tard pour que Luanda s'arrête. A la grande horreur de Luanda, le pieu en fer poursuivit sa course jusqu'en bas, jusqu'à la poitrine de la fille. La fille se redressa en hurlant et Luanda sentit avec horreur le pieu lui percer la chair, pénétrer plusieurs centimètres jusqu'à son cœur. Le sang gicla de sa bouche et elle regarda Luanda, terrifiée, trahie. Finalement, elle retomba, morte. Luanda s'agenouilla sur place, paralysée, traumatisée, comprenant tout juste ce qui venait de se passer. Avant d'avoir pu comprendre tout ce qui s'était passé, avant qu'elle ait pu comprendre que McCloud était sain et sauf, elle ressentit une douleur cuisante au côté du visage et sentit qu'elle tombait par terre. Alors qu'elle traversait l'air, elle fut vaguement consciente que McCloud venait de la frapper d'un terrible coup de poing qui l'avait envoyée promener et que McCloud avait en fait anticipé tous ses mouvements dès qu'elle était entrée dans la pièce. Il avait fait semblant de ne pas être au courant. Il avait attendu le bon moment, attendu l'occasion idéale pour non seulement esquiver son coup mais aussi la pousser, par la ruse, à tuer cette pauvre fille par la même occasion pour l'en rendre coupable. Avant que son monde ne s'assombrisse, Luanda entraperçut le visage de McCloud. Il la regardait en souriant, la bouche ouverte, la respiration laborieuse, comme une bête sauvage. La dernière chose qu'elle entendit avant que sa botte géante ne vienne la frapper au visage était sa voix gutturale qui ressemblait à celle d'un animal : “Tu m'as bien aidé”, dit-il. “J'en avais fini avec elle, de toute façon.” CHAPITRE DEUX Gwendolyn courait dans les rues secondaires sinueuses de la partie la plus sordide de la Cour du Roi, les joues baignées de larmes. Elle s'enfuyait du château en essayant de s'éloigner de Gareth autant que possible. Depuis leur confrontation, depuis qu'elle avait vu que Firth avait été pendu, depuis qu'elle avait entendu les menaces de Gareth, elle avait le cœur qui battait la chamade. Elle essayait désespérément de dégager la vérité qui subsistait dans ses mensonges mais, dans l'esprit malade de Gareth, vérité et mensonges étaient tout entremêlés et il était extrêmement difficile de savoir ce qui était vrai. Avait-il essayé de lui faire peur? Ou est-ce que tout ce qu'il avait dit était vrai ? Gwendolyn avait vu le corps pendu de Firth de ses propres yeux et cela lui indiquait que, cette fois-ci, tout cela était peut-être vrai. Peut-être Godfrey avait-il vraiment été empoisonné; peut-être avait-elle vraiment été mariée de force aux sauvages Nevaruns et peut-être Thor allait-il dès maintenant se précipiter dans une embuscade. Elle frissonna en y pensant. Alors qu'elle courait, elle se sentait impuissante. Il fallait qu'elle rétablisse un semblant d'ordre. Elle ne pouvait pas courir retrouver Thor là où il était, mais elle pouvait courir retrouver Godfrey et voir s'il avait été empoisonné et s'il était encore en vie. Gwendolyn s'enfonça rapidement dans la partie louche de la ville, surprise de se retrouver, pour la deuxième fois en deux jours, dans cette partie dégoûtante de la Cour du Roi où elle avait juré de ne jamais revenir. Si Godfrey avait vraiment été empoisonné, elle savait que ça se serait produit à la taverne. Où d'autre? Elle lui en voulait d'y être revenu, d'avoir baissé la garde, d'avoir été aussi imprudent, mais, surtout, elle s'inquiétait pour lui. Ces derniers jours, elle s'était rendu compte que, finalement, elle tenait beaucoup à son frère et que l'idée de le perdre, lui aussi, surtout après avoir perdu son père, lui laissait un trou dans le cœur. Elle se sentait aussi responsable de ce qui lui arrivait, d'une façon ou d'une autre. Gwen avait vraiment peur en courant dans ces rues, et pas à cause des ivrognes et des vauriens qui l'entouraient; elle avait bien plus peur de son frère, Gareth. Il avait eu l'air diabolique lors de leur dernière rencontre, et elle n'arrivait pas à oublier son visage, ses yeux si noirs, si inhumains. Il avait l'air possédé. Le voir assis sur le trône de leur père rendait la scène encore plus surréaliste. Elle craignait sa vengeance. Peut-être complotait-il vraiment pour la marier de force, chose qu'elle ne permettrait jamais, ou peut-être ne voulait-il que la prendre au dépourvu et prévoyait-il vraiment de l'assassiner. Gwen regarda autour d'elle et, alors qu'elle courait, tous les visages lui semblaient hostiles, inconnus. Chaque homme semblait être une menace potentielle, envoyé par Gareth pour l'achever. Elle devenait paranoïaque. Gwen tourna à un coin et heurta l'épaule d'un vieil homme ivre, ce qui lui fit perdre l'équilibre, bondir et crier involontairement. Elle était sur les nerfs. Il lui fallut un moment pour comprendre que ce n'était qu'un passant négligent, pas un des hommes de main de Gareth; elle se retourna et le vit trébucher sans même se retourner pour s'excuser. L'ignominie de cette partie de la ville dépassait ce qu'elle pouvait supporter. Si ce n'était pour Godfrey, elle ne s'en approcherait jamais, et elle lui en voulait de l'obliger à se rabaisser à ça. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement éviter d'aller à la taverne ? Gwen tourna à un autre coin et vit la taverne préférée de Godfrey, un pseudo-établissement qui se dressait là, de guingois, la porte ouverte, déversant ses ivrognes sur le pavé comme toujours. Elle ne perdit pas de temps et se précipita par sa porte ouverte. Il fallut un moment à ses yeux pour s'habituer à l'obscurité du bar, qui empestait la bière éventée et la sueur. Quand elle entra, le silence se fit. La vingtaine d'hommes qui étaient agglutinés à l'intérieur se retourna et la regarda avec surprise. Elle était membre de la famille royale, vêtue de ses plus beaux atours, et elle se précipitait dans cette salle qui n'avait probablement pas été nettoyée depuis des années. Elle se dirigea vers un grand homme ventru qu'elle reconnut comme étant Akorth, un des compagnons de boisson de Godfrey. “Où est mon frère ?” demanda-t-elle d'un ton autoritaire. Alors que Akorth était d'habitude de bonne humeur et prêt à se fendre d'une blague sordide dont il était lui-même trop satisfait, il la surprit en se contentant de secouer la tête. “Ça va mal, Milady”, dit-il sombrement. “Que voulez-vous dire ?” insista-t-elle, le cœur battant la chamade. “Il a bu de la mauvaise bière”, dit un grand homme maigre qu'elle reconnut comme étant Fulton, l'autre compagnon de Godfrey. “Il s'est couché tard hier soir. Ne s'est pas relevé.” “Est-il en vie ?” demanda-t-elle, frénétique, en saisissant Akorth par le poignet. “Tout juste”, répondit-il en baissant les yeux. “Il a eu un passage difficile. Il a arrêté de parler il y a une heure.” “Où est-il ?” insista-t-elle. “A l'arrière, miss”, dit le barman, qui se pencha par-dessus le bar en essuyant une chope, l'air sombre lui aussi. “Et vous feriez bien de penser à l'emmener. Je ne veux pas qu'un cadavre s'attarde dans mon établissement.” Bouleversée, Gwen se surprit elle-même quand elle sortit un petit poignard, se pencha en avant et en présenta la pointe à la gorge du barman. La gorge serrée, choqué, il la regarda et un silence de mort s'installa dans le bar. “D'abord”, dit-elle, “cet endroit n'est pas un établissement mais un ersatz d'abreuvoir que je ferai raser par la garde royale si tu me reparles sur ce ton. Tu peux commencer par me dire Milady.” Gwen se sentait exaspérée et surprise par la force qui la submergeait; elle ne savait pas du tout d'où lui venait cette force. Le barman eut la gorge serrée. “Milady”, répéta-t-il. Gwen ne retira pas le poignard. “Ensuite, mon frère ne mourra pas, et certainement pas ici. Son cadavre ferait bien plus d'honneur à ton établissement que tous les vivants qui l'ont fréquenté. Et s'il meurt vraiment, tu peux être sûr que ce sera ta faute.” “Mais je n'ai rien fait de mal, Milady !” supplia-t-il. “C'était la même bière que celle que j'ai servie à tous les autres clients !” “Quelqu'un a dû l'empoisonner”, ajouta Akorth. “Ç’aurait pu être n'importe qui”, dit Fulton. Gwen baissa lentement son poignard. “Je veux le voir. Maintenant !” ordonna-t-elle. Le barman baissa la tête, humblement cette fois-ci, se retourna et sortit par une porte latérale qui se trouvait derrière le bar. Gwen le suivit de près. Akorth et Fulton se joignirent à elle. Gwen entra dans la petite arrière-salle de la taverne et entendit le sursaut de surprise que lui procura la vue de son frère, Godfrey, allongé par terre sur le dos. Il était plus pâle qu'elle ne l'avait jamais vu. Il avait l'air proche de la mort. Tout était vrai. Gwen se précipita à son côté, lui prit la main et sentit à quel point elle était froide et moite. Il ne réagit pas, la tête par terre, pas rasé, les cheveux gras collés au front. Cependant, elle lui tâta le pouls et, bien qu'il soit faible, Godfrey était encore de ce monde; elle vit aussi sa poitrine se lever à chaque inspiration. Il était en vie. Elle sentit une rage soudaine monter en elle. “Comment avez-vous pu le laisser comme ça ?” cria-t-elle en se retournant vers le barman. “Mon frère, membre de la famille royale, abandonné seul à mourir par terre comme un chien ?” Le barman, la gorge serrée, la regarda nerveusement. “Et qu'aurais-je pu faire, Milady ?” demanda-t-il, peu sûr de lui. “C'est pas un hôpital, ici. Tout le monde a dit qu'il était quasiment mort et – ” “Il n'est pas mort !” hurla-t-elle. “Et vous deux”, dit-elle en se tournant vers Akorth et Fulton, “quelle sorte d'amis êtes-vous? Est-ce qu'il vous aurait laissés comme ça ?” Akorth et Fulton échangèrent un regard douceâtre. “Pardonnez-moi”, dit Akorth. “Le docteur est venu hier soir, l'a regardé, dit qu'il était moribond et que ce n'était plus qu'une question de temps. Je pensais qu'on ne pouvait rien y faire.” “Nous sommes restés avec lui la plus grande partie de la nuit, Milady”, ajouta Fulton, “à ses côtés. Nous n'avons fait qu'une petite pause parce qu'il fallait qu'on boive pour oublier, puis vous êtes arrivée et – ” Gwen leva le bras et, enragée, leur fit tomber les deux chopes des mains et les envoya promener par terre. Le liquide s'écoula partout. Ils la regardèrent, choqués. “Vous deux, vous en attrapez un bout chacun”, ordonna-t-elle froidement en se relevant et en sentant une nouvelle force monter en elle. “Vous allez l'emmener d'ici. Vous allez me suivre dans toute la Cour du Roi jusqu'à ce que nous rejoignions le Médecin du Roi. Nous allons donner à mon frère une vraie chance de guérison au lieu de le laisser mourir selon la proclamation d'un imbécile de docteur. “Et toi !” ajouta-t-elle en se tournant vers le barman. “Si mon frère survit, qu'il revient ici et que tu acceptes de lui servir à boire, je veillerai personnellement à ce que tu sois jeté au cachot et que tu n'en ressortes jamais.” Le barman bougea nerveusement et baissa la tête. “Maintenant, action !” hurla-t-elle. Akorth et Fulton sursautèrent et passèrent brusquement à l'action. Gwen quitta précipitamment la pièce, suivie par les deux hommes qui portaient son frère. Ils sortirent tous trois du bar et à la lumière du jour. Dans les quartiers pauvres et bondés de la Cour du Roi, ils se mirent précipitamment en route, en quête du médecin, et Gwen pria pour qu'il ne soit pas trop tard. CHAPITRE TROIS Thor galopait sur le terrain poussiéreux des confins extérieurs de la Cour du Roi. Reece, O’Connor, Elden, les jumeaux et Krohn l'accompagnaient. Kendrick, Kolk, Brom et des dizaines de membres de la Légion et de l'Argent chevauchaient avec eux, formant une grande armée qui partait à la rencontre des McCloud. Ils chevauchaient ensemble, prêts à libérer la cité, et le son assourdissant des sabots grondait comme le tonnerre. Ils avaient chevauché toute la journée et, déjà, le deuxième soleil était depuis longtemps dans le ciel. Thor avait peine à croire qu'il chevauchait vers sa première vraie mission militaire avec ces grands guerriers. Il sentait qu'ils l'avaient accepté comme des leurs. En effet, toute la Légion avait été convoquée en tant que réservistes, et ses frères d'armes chevauchaient tous autour de lui. Les membres de la Légion étaient beaucoup moins nombreux que les milliers de membres de l'armée du roi et Thor, pour la première fois de sa vie, sentait qu'il faisait partie de quelque chose de plus grand que lui-même. Thor se sentait également motivé. Il se sentait utile. Ses compagnons et citoyens étaient assiégés par les McCloud et c'était à cette armée de les libérer, d'épargner un destin horrible à son peuple. L'importance de ce qu' ils faisaient pesait sur ses épaules comme un être vivant et le faisait se sentir en vie. Thor se sentait en sécurité en présence de tous ces hommes, mais il se sentait également préoccupé: c'était une armée de vrais hommes, mais cela signifiait aussi qu'ils allaient affronter une armée de vrais hommes, de véritables guerriers endurcis. C'était à la vie et à la mort cette fois-ci et, ici, il y avait bien plus en jeu que dans toutes les situations qu'il avait jamais connues. Alors qu'ils chevauchaient, il baissa instinctivement le bras et se sentit rassuré par la présence de sa bonne vieille fronde et de sa nouvelle épée. Il se demanda si, à la fin de la journée, elle serait tachée de sang. Ou s'il serait lui-même blessé. Quand leur armée tourna un coin et repéra pour la première fois la cité assiégée à l'horizon, elle fit soudain entendre un grand cri, encore plus fort que les sabots des chevaux. De la fumée noire s'en élevait en grands nuages et l'armée MacGil éperonna ses chevaux pour y arriver plus vite. Thor éperonna lui aussi son cheval en essayant de ne pas se laisser distancer par les autres alors qu'ils tiraient tous l'épée, dressaient leurs armes et se dirigeaient vers la cité avec l'intention d'en découdre. L'armée, massive, fut divisée en groupes plus petits et dans le groupe de Thor chevauchaient dix soldats, des membres de la légion, ses amis et quelques autres qu'il ne connaissait pas. A leur tête chevauchait un des commandants en chef de l'armée du roi, un soldat que les autres appelaient Forg, un grand homme mince, tout en longueur et à la peau grêlée, aux cheveux gris coupés courts et aux yeux sombres et creux. L'armée se divisait en plus petits groupes et bifurquait dans toutes les directions. “Ce groupe, suivez-moi !” commanda-t-il en se servant de son bâton pour faire signe à Thor et aux autres de bifurquer et de suivre ses ordres. Le groupe de Thor suivit les ordres et forma les rangs derrière Forg en bifurquant plus loin du corps principal de l'armée. Thor regarda derrière lui et remarqua que son groupe s'était plus séparé de l'armée que la plupart des autres, que l'armée devenait plus lointaine et, au moment où Thor se demandait où on les emmenait, Forg cria : “Nous prendrons position sur le flanc McCloud !” Thor et les autres échangèrent un regard nerveux et excité, puis ils chargèrent tous, bifurquant jusqu'à perdre le corps principal de l'armée de vue. Bientôt, ils furent dans un nouveau terrain et la cité disparut complètement. Thor était sur ses gardes mais il n'y avait de signe de l'armée McCloud nulle part. Finalement, Forg arrêta son cheval devant une petite colline, dans un bosquet. Les autres s’arrêtèrent derrière lui. Thor et les autres regardèrent Forg en se demandant pourquoi il s'était arrêté. “Garder ce donjon, telle est notre mission”, expliqua Forg. “Vous êtes encore de jeunes guerriers, donc, nous voulons vous épargner le feu de l'action. Vous tiendrez cette position pendant que le corps principal de notre armée passera la cité au peigne fin et affrontera l'armée McCloud. Il est peu probable que des soldats McCloud viennent par ici et vous y serez à peu près en sécurité. Prenez vos positions autour de cet endroit et restez ici jusqu'à ce que nous vous disions de bouger. Maintenant, action !” Forg éperonna son cheval et monta la colline; Thor et les autres en firent autant et le suivirent. Le petit groupe traversa les plaines poussiéreuses en soulevant un nuage. Aussi loin que Thor puisse voir, il n'y avait personne. Il se sentait déçu d'être exclu de l'action en cours; pourquoi les protégeait-on tous à ce point ? Plus ils chevauchaient, plus Thor sentait que quelque chose n'allait pas. Il n'arrivait pas à dire ce que c'était, mais son sixième sens lui disait que quelque chose n'allait pas. Quand ils s'approchèrent du sommet de la colline, où se dressait un petit donjon ancien, une grande tour efflanquée qui avait l'air abandonnée, quelque chose en Thor lui dit de regarder derrière lui. Quand il le fit, il vit Forg. Thor eut la surprise de voir que Forg s'était peu à peu laissé distancer par le groupe, s'était éloigné de plus en plus, et, quand Thor regarda, Forg se retourna, éperonna son cheval et, sans avertissement, repartit au galop. Thor ne comprenait pas ce qui se passait. Pourquoi Forg les avait-il abandonnés aussi brusquement? A côté de lui, Krohn gémit. Juste au moment où Thor commençait à analyser ce qui se passait, ils atteignirent le sommet de la colline et le vieux donjon en s'attendant à ne voir qu'un terrain vague devant eux. Cependant, le petit groupe de membres de la légion arrêta brusquement ses chevaux. Ils restèrent tous là, pétrifiés par ce qu'ils voyaient. Là, devant eux, en attente, se trouvait toute l'armée McCloud. On les avait menés droit dans un piège. CHAPITRE QUATRE Gwendolyn avançait à toute hâte dans les rues sinueuses de la Cour du Roi en se frayant un chemin dans la foule des roturiers. Akorth et Fulton portaient Godfrey derrière elle. Elle était résolue à trouver le médecin dès que possible. Il était inconcevable que Godfrey meure après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, et certainement pas comme ça. Elle voyait presque le sourire d'autosatisfaction qu'aurait Gareth quand il recevrait la nouvelle de la mort de Godfrey, et elle avait l'intention de faire en sorte que ça n'arrive pas. Elle aurait seulement voulu le trouver plus tôt. Quand Gwen tourna à un coin et entra dans la place publique, la foule s'épaissit considérablement. Elle leva les yeux et vit Firth qui pendait encore à une poutre, le nœud coulant serré autour du cou, pendu là pour servir de spectacle à la foule. Elle se détourna instinctivement. C'était une chose affreuse à contempler, un rappel de la scélératesse de son frère. Elle sentait qu'elle ne pourrait jamais échapper à son influence, où qu'elle se tourne. Il était étrange de se dire que, rien que la veille, elle avait parlé à Firth et que, maintenant, il pendait ici. Elle ne pouvait s'empêcher de se dire que la mort se rapprochait d'elle et viendrait la chercher elle aussi. Même si Gwen voulait se détourner, choisir un autre itinéraire, elle savait que la place publique était l'itinéraire le plus direct et qu'il était hors de question de l'éviter parce qu'elle avait peur; elle se força à passer devant la poutre, droit devant le pendu qui se trouvait sur sa route. Quand elle le fit, elle eut la surprise de voir le bourreau du roi, vêtu de sa robe noire, lui bloquer le passage. D'abord, elle pensa qu'il allait la tuer, elle aussi, puis il s'inclina. “Milady”, dit-il humblement en baissant la tête par déférence. “Nous n'avons pas encore reçu d'ordres sur ce qu'il fallait faire du corps. On ne m'a pas dit s'il fallait lui accorder un enterrement normal ou s'il fallait le jeter dans une fosse commune pour les pauvres.” Gwen s'arrêta, contrariée que cette responsabilité lui tombe sur les épaules; Akorth et Fulton s'arrêtèrent juste à côté d'elle. Elle leva les yeux, cligna des yeux au soleil en regardant le corps qui pendait à quelques mètres d'elle. Elle allait repartir en ne tenant aucunement compte de l'homme quand une idée lui vint. Elle voulait faire justice pour son père. “Jetez-le dans une fosse commune”, dit-elle. “Sans inscription. Ne lui accordez aucun rite spécial d'inhumation. Je veux que son nom disparaisse des annales historiques.” L'homme inclina la tête pour dire qu'il avait compris et elle eut une petite sensation de légitimation. Après tout, c'était cet homme qui avait en fait tué son père. Même si elle détestait les démonstrations de violence, elle n'allait pas pleurer pour Firth. Elle sentait maintenant que l'esprit de son père l'accompagnait, plus fort que jamais, et que cela lui apportait une sensation de paix. “Autre chose”, ajouta-t-elle en arrêtant le bourreau. “Descendez le corps maintenant.” “Maintenant, Milady ?” demanda le bourreau. “Mais le roi a ordonné qu'il pende indéfiniment.” Gwen secoua la tête. “Maintenant”, répéta-t-elle. “Ce sont ses nouveaux ordres”, mentit-elle. Le bourreau s'inclina et se dépêcha d'aller descendre le cadavre. Gwen eut une autre petite sensation de légitimation. Elle était sûre que Gareth vérifiait toute la journée que le cadavre de Firth était encore pendu là. Son retrait le vexerait, lui rappellerait que les choses ne se passeraient pas toujours comme il le prévoyait. Gwen allait partir quand elle entendit un cri perçant facilement identifiable; elle s'arrêta, se retourna et, au-dessus, perché sur la poutre, elle vit la fauconne Estopheles. Elle leva la main devant les yeux pour se protéger du soleil en essayant de s'assurer que ses yeux ne lui jouaient pas de tours. Estopheles poussa un autre cri perçant, ouvrit ses ailes, puis les referma. Gwen sentait que cet oiseau portait l'esprit de son père. Son âme, si inquiète, venait de se rapprocher un peu de la paix. Gwen eut soudain une idée; elle siffla et tendit un bras. Estopheles descendit de son perchoir et atterrit sur le poignet de Gwen. L'oiseau était lourd et ses serres s'enfonçaient dans la peau de Gwen. “Va trouver Thor”, murmura-t-elle à l'oiseau. “Trouve-le sur le champ de bataille. Protège-le. ALLEZ !” cria-t-elle en levant le bras. Elle regarda Estopheles battre des ailes et s'élever de plus en plus haut dans le ciel. Elle pria pour que ça marche. Cet oiseau avait quelque chose de mystérieux, surtout de par son lien avec Thor, et Gwen savait que tout était possible. Gwen reprit sa route et parcourut en toute hâte les rues sinueuses pour se rendre chez le médecin. Ils passèrent une des nombreuses portes cintrées qui sortait de la cité et elle avança aussi vite qu'elle pouvait en priant pour que Godfrey survive assez longtemps pour qu'ils puissent lui trouver de l'aide. Le deuxième soleil avait baissé dans le ciel au moment où ils montèrent sur une petite colline à la périphérie de la Cour du Roi et aperçurent la maison du médecin. C'était une maison simple, en une seule pièce. Ses murs blancs étaient en argile. Il y avait une petite fenêtre de chaque côté et une petite porte cintrée en chêne devant. Des plantes de toutes couleurs et variétés pendaient du toit et encadraient la maison, qui était aussi entourée d'un grand jardin de plantes aromatiques, de fleurs de toutes les couleurs et de toutes les tailles, ce qui donnait l'impression que l'on avait laissé tomber la maison au milieu d'une serre. Gwen courut à la porte et claqua le heurtoir à plusieurs reprises. La porte s'ouvrit et le visage surpris du médecin lui apparut. Illepra. Elle avait été médecin de la famille royale toute sa vie et Gwen la connaissait depuis son enfance. Pourtant, Illepra arrivait encore à avoir l'air jeune. En fait, elle avait l'air d'être à peine plus âgée que Gwen. Sa peau radieuse, qui brillait carrément en encadrant ses doux yeux verts, lui donnait l'air d'avoir à peine dépassé 18 ans. Gwen savait qu'elle était bien plus âgée que ça, savait que son apparence était trompeuse, et elle savait aussi qu'Illepra était une des personnes les plus intelligentes et les plus talentueuses qu'elle ait jamais rencontrées. Le regard d'Illepra se déplaça vers Godfrey et elle comprit ce qui se passait en un éclair. Au lieu de se répandre en mondanités, elle écarquilla les yeux, préoccupée, se rendant compte qu'il y avait urgence. Elle passa à côté de Gwen et se précipita vers Godfrey en lui posant une main sur le front. Elle fronça les sourcils. “Rentrez-le”, ordonna-t-elle rapidement aux deux hommes, “et dépêchez-vous.” Illepra repartit à l'intérieur, ouvrit plus grand la porte et ils la suivirent précipitamment dans la maison. Gwen les suivit à l'intérieur en se penchant pour passer par l'entrée basse puis ferma la porte derrière eux. Il faisait sombre à l'intérieur et il lui fallut un moment pour que ses yeux s'y habituent. Quand ils le firent, elle vit que la maison correspondait exactement à ses souvenirs de jeune fille: elle était petite, éclairée, propre et débordait de plantes, de plantes aromatiques et de potions de toutes sortes. “Posez-le là”, ordonna Illepra aux hommes, aussi sérieuse que Gwen l'avait jamais entendue. “Sur ce lit, dans le coin. Enlevez-lui sa chemise et ses chaussures, puis laissez-nous.” Akorth et Fulton firent comme on leur disait. Alors qu'ils sortaient précipitamment, Gwen saisit Akorth par le bras. “Montez la garde devant la porte”, ordonna-t-elle. “Celui qui en voulait à Godfrey pourrait retenter sa chance avec lui. Ou avec moi.” Akorth hocha la tête. Il sortit avec Fulton en fermant la porte derrière eux. “Depuis combien de temps est-il comme ça ?” demanda Illepra avec urgence, sans regarder Gwen. Elle s'agenouilla à côté de Godfrey et commença à lui tâter le pouls, l'estomac, la gorge. “Depuis hier soir”, répondit Gwen. “Hier soir !” répéta Illepra en secouant la tête, inquiète. Elle l'examina longtemps en silence et son expression s'assombrit. “Ce n'est pas bon”, dit-elle finalement. Elle lui plaça encore une paume sur le front et, cette fois-ci, ferma les yeux en respirant très longtemps. Un lourd silence remplit la pièce et Gwen commença à perdre toute sensation de temps. “Poison”, murmura finalement Illepra, les yeux encore fermés, comme si elle lisait sa maladie par osmose. Les compétences d'Illepra avaient toujours émerveillé Gwen. Illepra ne s'était jamais trompée une seule fois dans sa vie et elle avait sauvé plus de vies que l'armée n'en avait pris. Gwen se demanda si c'était une compétence qu'elle avait acquise ou si elle en avait hérité; la mère d'Illepra avait été médecin et la mère de sa mère avant elle. Pourtant, en même temps, Illepra avait passé chaque minute de sa vie à étudier les potions et l'art de la guérison. “C'est un poison très puissant”, ajouta Illepra, plus confiante, “un poison que je rencontre rarement. Très cher. Celui qui essayait de le tuer savait ce qu'il faisait. C'est incroyable qu'il ne soit pas mort. Il doit être plus fort que nous le croyons.” “Il tient ça de mon père”, dit Gwen. “Il était fort comme un taureau. Comme tous les rois MacGil.” Illepra traversa la pièce et mélangea plusieurs plantes aromatiques sur un bloc en bois. Elle les hacha, les réduisit en poudre et y ajouta du liquide en même temps. Le produit fini était un baume vert et épais. Elle s'en remplit la paume, se précipita au côté de Godfrey et lui appliqua le baume à la gorge, sous les bras, sur le front. Quand elle eut terminé, elle traversa encore la pièce, prit un verre et y versa plusieurs liquides, un rouge, un marron et un violet. Quand ils se mélangèrent, la potion siffla et bouillonna. Elle la remua avec une longue cuillère en bois, puis se précipita à nouveau vers Godfrey et lui appliqua la potion aux lèvres. Godfrey ne bougea pas. Illepra lui passa la main derrière la tête, la lui souleva et le força à avaler le liquide. La plus grande partie se répandit sur le côté de ses joues, mais une partie lui descendit dans la gorge. Illepra tamponna le liquide qui restait sur sa bouche et sa mâchoire, puis se pencha finalement en arrière et soupira. “Vivra-t-il ?” demanda Gwen, frénétique. “Peut-être”, dit-elle sombrement. “Je lui ai donné tout ce que j'ai, mais ça ne sera pas assez. Sa vie est entre les mains du destin.” “Que puis-je faire ?” demanda Gwen. Elle se tourna et fixa Gwen du regard. “Prier pour lui. Ça va vraiment être une longue nuit.” CHAPITRE CINQ Kendrick n'avait jamais apprécié ce qu'était la liberté, la vraie liberté, avant ce jour. Le temps qu'il avait passé enfermé au cachot avait changé la façon dont il envisageait la vie. Maintenant, il en appréciait toutes les petites choses, le soleil sur sa peau, le vent dans ses cheveux, rien qu'être dehors. Charger sur un cheval, sentir la terre filer sous lui, se retrouver en armure, récupérer ses armes et chevaucher avec ses frères d'armes lui donnait l'impression de sortir de la bouche d'un canon, lui donnait une sensation d'intrépidité qu'il n'avait jamais ressentie auparavant. Kendrick galopait, penché dans le vent, Atme, son ami proche, à ses côtés, extrêmement reconnaissant de pouvoir se battre avec ses frères, de ne pas rater cette bataille. Il voulait surtout libérer sa ville natale des McCloud et les faire payer pour leur invasion. Il chevauchait pour faire couler le sang, même si, alors qu'il chevauchait, il savait que la vraie cible de sa colère n'était pas les McCloud mais son frère Gareth. Il ne lui pardonnerait jamais de l'avoir fait emprisonner, de l'avoir accusé du meurtre de son père, de l'avoir fait arrêter devant ses hommes et d'avoir essayé de le faire exécuter. Kendrick voulait se venger de Gareth mais, comme il ne pouvait pas le faire, du moins pas aujourd'hui, il allait se défouler sur les McCloud. Cependant, quand Kendrick reviendrait à la Cour du Roi, il réglerait ses comptes. Il ferait tout ce qu'il pourrait pour détrôner son frère et mettre sa sœur Gwendolyn au pouvoir. Ils s'approchèrent de la cité mise à sac. D'énormes nuages noirs gonflés roulèrent vers eux et remplirent les narines de Kendrick de fumée acre. Ça lui faisait de la peine de voir une cité MacGil dans cet état. Si son père avait encore été en vie, cela ne serait jamais arrivé; si Gareth ne lui avait pas succédé, cela ne serait jamais arrivé non plus. C'était une honte, une tache sur l'honneur des MacGil et de l'Argent. Kendrick pria pour qu'ils n'arrivent pas trop tard pour sauver ces gens, pour que les McCloud ne soient pas là depuis trop longtemps et pour que pas trop de gens n'aient été blessés ou tués. Il força son cheval à courir plus vite, dépassa les autres alors qu'ils chargeaient tous, comme un essaim d'abeilles, vers les portes ouvertes de la cité. Ils entrèrent en coup de vent. Kendrick tira son épée, se préparant à rencontrer une armée McCloud dès leur entrée dans la cité. Il poussa un grand cri comme tous les hommes autour de lui, se préparant à l'impact. Cependant, quand il passa les portes et entra dans la place poussiéreuse de la cité, il fut déconcerté par ce qu'il vit: rien. Tout autour de lui, il y avait les signes caractéristiques d'une invasion: la destruction, les feux, les maisons pillées, les piles de cadavres, les femmes qui rampaient. Il y avait des animaux tués, du sang sur les murs. Ç’avait été un massacre. Les McCloud avaient détruit ces gens innocents. Y penser rendit Kendrick malade. C'étaient des lâches. Cependant, ce qui décontenança Kendrick alors qu'il chevauchait, c'était que les McCloud étaient invisibles. Il ne comprenait pas. C'était comme si toute l'armée était partie délibérément, comme s'ils avaient su qu'ils arrivaient. Les feux étaient encore allumés et il était clair qu'ils avaient été allumés dans un but précis. Kendrick commençait à comprendre que tout ça était un leurre. Que les McCloud avaient voulu attirer l'armée MacGil en ce lieu. Mais pourquoi ? Kendrick se retourna soudain, regarda autour de lui en essayant désespérément de voir s'il lui manquait des hommes, si un contingent avait été attiré ailleurs, dans un autre lieu. Il se sentit envahi par une nouvelle impression, l'impression que tout ça avait été organisé pour séparer un groupe de ses hommes, pour leur tendre une embuscade. Il regarda partout en se demandant qui manquait à l'appel. Soudain, il comprit. Une personne manquait à l'appel. Son écuyer. Thor. CHAPITRE SIX Thor était à cheval, en haut de la colline, le groupe de membres de la Légion et Krohn à côté de lui, et il regardait la scène saisissante qui se déroulait devant lui: jusqu'à perte de vue, il y avait des troupes McCloud à cheval, une vaste, immense armée qui les attendait. On leur avait tendu un piège. Forg avait dû les emmener ici exprès, avait dû les trahir, mais pourquoi ? Thor déglutit en contemplant ce qui semblait être leur mort certaine. Un grand cri de guerre s'éleva quand l'armée McCloud les chargea soudain. Ils n'étaient qu'à quelques centaines de mètres et se rapprochaient vite. Thor regarda par dessus son épaule, mais il n'y avait pas de renforts pour autant qu'il puisse voir. Ils étaient complètement seuls. Thor savait que leur seul choix était d'opposer une dernière résistance ici, sur cette petite colline, à côté de ce donjon abandonné. Ils n'avaient aucune chance, ne pouvaient pas du tout remporter cette bataille. Cependant, s'il fallait qu'il tombe, il tomberait avec courage et leur ferait face comme un homme. La Légion lui avait au moins appris ça. On ne s'enfuit pas. Thor se prépara à affronter sa propre mort. Thor tourna, regarda ses amis et vit qu'ils étaient eux aussi blancs de peur; il vit la mort dans leurs yeux. Cependant, à leur grand mérite, ils restèrent courageux. Aucun d'entre eux ne sursauta, alors que leurs chevaux caracolaient, ni ne fit de mouvement pour se retourner et s'enfuir. La Légion était un tout, maintenant. Ils étaient plus que des amis: les Cent avaient fait d'eux une équipe de frères. Aucun d'entre eux n'abandonnerait un compagnon. Ils avaient tous fait un serment et leur honneur était en jeu. Et pour la Légion, l'honneur était plus sacré que le sang. “Messieurs, je pense vraiment que nous allons devoir nous battre”, annonça lentement Reece en tendant le bras et en tirant son épée. Thor baissa le bras et tira sa fronde. Il voulait en abattre autant que possible avant qu'ils les atteignent. O’Connor tira sa lance courte, Elden dressa son javelot, Conval leva un marteau à lancer et Conven un pieu à lancer. Les autres garçons de la Légion qui les accompagnaient, ceux que Thor ne connaissait pas, tirèrent leur épée et levèrent leur bouclier. Thor sentit la peur remplir l'air, et il la sentit aussi pendant que le bruit de tonnerre des sabots des chevaux allait croissant et que le son des cris des McCloud montait au ciel comme un coup de tonnerre sur le point de les frapper. Thor savait qu'il leur fallait une stratégie, mais il ne savait pas laquelle. A côté de Thor, Krohn grogna. Thor tira inspiration de l'intrépidité de Krohn: il ne gémissait jamais, ne songeait jamais à fuir. En fait, les poils se dressèrent sur son dos et il marcha lentement en avant comme pour rencontrer l'armée tout seul. Thor savait que, chez Krohn, il avait trouvé un vrai compagnon de bataille. “Penses-tu que les autres vont venir nous soutenir ?” demanda O’Connor. “Pas à temps”, répondit Elden. “Forg nous a trahis.” “Mais pourquoi ?” demanda Reece. “Je ne sais pas”, répondit Thor en avançant sur son cheval, “mais j'ai bien peur que ce soit à cause de moi. Je pense que quelqu'un veut que je meure.” Thor sentit les autres se tourner vers lui et le regarder. “Pourquoi ?” demanda Reece. Thor haussa les épaules. Il ne savait pas mais il avait l'idée que c'était en rapport avec toutes les machinations de la Cour du Roi, avec l'assassinat de MacGil. C'était très probablement Gareth. Peut-être considérait-il Thor comme une menace. Thor se sentait très mal à l'aise d'avoir mis en danger ses frères d'armes, mais il ne pouvait rien y faire maintenant. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était essayer de les défendre. Thor en avait assez. Il cria, éperonna son cheval et s'élança au galop en chargeant devant les autres. Il n'attendrait pas ici que cette armée lui tombe dessus et le tue. Il prendrait les premiers coups. Peut-être même détournerait-il quelques-uns de ces coups de ses frères d'armes et leur laisserait-il ainsi une chance de s'enfuir s'ils le décidaient. S'il allait mourir, il le ferait sans peur, avec honneur. Tremblant à l'intérieur de lui-même mais refusant de le montrer, Thor galopa de plus en plus loin des autres et dévala la colline vers l'armée qui avançait. A côté de lui, Krohn fonçait sans attendre. Thor entendit un cri. Derrière lui, ses compagnons de la Légion fonçaient pour le rattraper. Ils étaient à peine à vingt mètres et le rattrapaient en poussant un cri de guerre. Thor resta à l'avant, mais c'était quand même réconfortant de sentir leur soutien derrière lui. Devant Thor, un contingent de guerriers de peut-être cinquante hommes se détacha de l'armée McCloud et chargea à la rencontre de Thor. Ils étaient à cent mètres et se rapprochaient rapidement. Thor prit sa fronde, y mit un caillou, visa et tira. Il visa le guerrier de tête, un grand homme avec un plastron d'argent, et son tir était parfait. Il frappa l'homme au bas de la gorge, entre les plaques de l'armure, et l'homme tomba de son cheval et atterrit par terre devant les autres. Quand il tomba, son cheval tomba avec lui. Les chevaux de derrière s'empilèrent les uns sur les autres par dizaines et envoyèrent les soldats par terre, face contre terre. Avant qu'ils aient pu réagir, Thor plaça un autre caillou, tendit le bras en arrière et tira. Une fois de plus, il visa juste et frappa un des guerriers de tête aux tempes, à l'endroit exposé par son armure faciale levée, et le fit tomber de cheval sur le côté. Il heurta plusieurs autres guerriers et les renversa comme des dominos. Alors que Thor galopait, un javelot lui passa près de la tête, puis une lance, puis un marteau à lancer et un pieu à lancer, et il sut que ses frères de la Légion le soutenaient. Ils visèrent bien, eux aussi, et leurs armes abattirent les soldats McCloud avec une précision fatale. Plusieurs d'entre eux tombèrent de cheval et en heurtèrent d'autres qui tombèrent avec eux. Thor fut ravi de voir qu'ils avaient déjà réussi à abattre des dizaines de soldats McCloud, certains avec des coups directs, mais aussi en faisant tomber la plupart d'entre eux par l’intermédiaire de leurs chevaux. Le contingent avancé de cinquante hommes était maintenant à terre, vautré dans de grands tas de poussière. Cependant, l'armée McCloud était forte et, maintenant, c'était à eux d'attaquer. Quand Thor approcha à trente mètres d'eux, plusieurs lancèrent des armes sur lui. Un marteau à lancer se dirigea droit vers son visage et Thor l'évita au dernier moment; le fer lui passa près de l'oreille en sifflant et la rata de peu. Une lance s'envola vers lui tout aussi vite et il se pencha rapidement de l'autre côté. Le bout de la lance effleura le dehors de son armure mais le rata tout juste, heureusement. Un pieu à lancer se dirigea droit vers son visage: Thor leva son bouclier et le bloqua. Le pieu de ficha dans son bouclier et Thor baissa le bras, le retira et le relança à son attaquant. Thor visa juste. Le pieu s'enfonça dans la poitrine de l'homme et perça sa cotte de mailles; avec un cri, l'homme s'effondra sur son cheval, mort. Thor continua à charger. Il chargea au beau milieu de l'armée, dans une mer de soldats, prêt à mourir. Il poussa un grand cri de guerre et leva son épée; derrière lui, ses frères d'armes en firent autant. L'impact se produisit dans un grand choc d'armes. Un énorme guerrier mature chargea Thor, leva une hache à deux mains et l'abattit en direction de sa tête. Thor se baissa rapidement. La lame lui passa près de la tête et il taillada l'estomac du soldat alors qu'il passait à côté de lui; l'homme hurla et s'effondra sur son cheval. Quand il tomba, il laissa échapper sa hache de guerre, qui s'envola en tournoyant et frappa un cheval McCloud, qui hurla et caracola en jetant son cavalier sur plusieurs autres cavaliers. Thor continua à charger au beau milieu des centaines de guerriers McCloud en se frayant un chemin sanglant en leur sein. L'un après l'autre, ils l'attaquèrent à l'épée, à la hache, à la masse, et il les bloqua avec son bouclier ou les évita puis les attaqua à son tour, en se baissant rapidement, en slalomant et en galopant entre eux. Il était trop rapide, trop agile pour eux, et ils ne s'y étaient pas attendus. Comme ils formaient une immense armée, ils ne pouvaient pas manœuvrer assez vite pour l'arrêter. Il s'élevait un grand vacarme métallique tout autour de lui. On lui assénait des coups de partout. Il les bloquait l'un après l'autre avec son bouclier et son épée. Cependant, il ne pouvait pas tous les arrêter. Un coup d'épée lui frôla l'épaule et il cria de douleur en saignant. Heureusement, la blessure était superficielle et ne l'empêcha pas de se battre. Il continua à se défendre. Entouré de guerriers McCloud, Thor se battait des deux mains et, bientôt, les coups commencèrent à se faire plus rares quand les autres membres de la Légion se joignirent à la lutte. Le vacarme s'accrut quand les hommes de McCloud se battirent contre les garçons de la Légion. Les épées frappaient les boucliers, les lances frappaient les chevaux, on jetait les javelots contre les armures et les hommes se battaient de toutes les façons possibles. Des cris s'élevaient des deux camps. L'avantage de la Légion, c'est qu'ils étaient une petite force de combat agile, dix soldats au milieu d'une armée immense et lente. Il y avait un goulet d'étranglement et les guerriers McCloud ne pouvaient pas tous les atteindre en même temps; Thor se retrouvait parfois en train de combattre deux ou trois hommes à la fois, mais jamais plus, et derrière lui, ses frères empêchaient qu'il soient attaqué par derrière. Quand un guerrier prit Thor par surprise et abattit son fléau d'armes en direction de sa tête, Krohn grogna et bondit. Krohn sauta haut en l'air et lui mordit le poignet; il le lui arracha, le sang gicla partout et le soldat fut forcé de changer de direction juste avant que le fléau d'armes ne frappe le crâne de Thor. Tout se passait à la vitesse de l'éclair. Thor se battait, tailladait et parait de tous côtés, utilisait toutes ses compétences pour se défendre, attaquer, protéger ses frères et se protéger lui-même. Il puisait instinctivement dans ses innombrables jours d'entraînement, où on l'avait attaqué de tous côtés, dans toutes sortes de situations. D'une certaine façon, ça lui semblait naturel. Ils l'avaient bien entraîné et il se sentait capable de faire face. Sa peur était toujours présente mais il se sentait capable de la contrôler. Alors que Thor combattait sans arrêt, que ses bras s'alourdissaient, que ses épaules se fatiguaient, les paroles de Kolk résonnaient dans ses oreilles : Votre ennemi ne se battra jamais selon vos règles. Il se battra selon les siennes. La guerre pour vous, c'est la guerre pour quelqu'un d'autre. Thor vit un petit guerrier bien bâti lever une chaîne hérissée de pointes des deux mains et l'envoyer vers l'arrière de la tête de Reece. Reece ne la voyait pas venir; dans un moment, il serait mort. Thor sauta de son cheval, bondit directement sur le guerrier et le plaqua juste avant qu'il ne laisse partir la chaîne. Ils tombèrent tous deux de cheval et atterrirent violemment par terre dans un nuage de poussière. Thor roula à plusieurs reprises, le souffle coupé, pendant que des chevaux piétinaient tout autour de lui. Il lutta contre le guerrier à terre et, quand l'homme leva les pouces pour crever les yeux à Thor, Thor entendit soudain un cri perçant et vit Estopheles s'abattre et griffer l'homme aux yeux juste avant qu'il ne puisse blesser Thor. L'homme cria en se mettant la main aux yeux et Thor l'envoya promener d'un violent coup de coude. Avant que Thor ait eu la chance de se réjouir de sa victoire, il sentit un violent coup de pied dans le ventre qui le fit tomber sur le dos. Il leva les yeux et vit un guerrier lever un marteau de combat à deux mains et l'abattre vers sa poitrine. Thor roula; le marteau passa tout près de lui en sifflant et s'enfonça dans la terre jusqu'au manche. Thor comprit que le marteau l'aurait écrasé et tué. Krohn bondit sur l'homme, sauta en avant et enfonça ses crocs dans le coude de l'homme; le soldat tendit le bras et frappa Krohn plusieurs fois. Cependant, Krohn grognait et refusait de lâcher prise, jusqu'à finalement arracher le bras de l'homme. Le soldat hurla et tomba par terre. Un soldat s'avança et essaya de taillader Krohn avec son épée mais Thor roula avec son bouclier et bloqua le coup. Le fracas lui fit trembler tout le corps mais il sauva la vie à Krohn. Cependant, pendant que Thor était agenouillé là, il était exposé et un autre guerrier le chargea avec son cheval, le piétina et le renversa face contre terre pendant qu'il avait l'impression que les sabots du cheval lui écrasaient tous les os du corps. Plusieurs soldats McCloud quittèrent leur monture et encerclèrent Thor en se rapprochant de lui. Thor se rendit compte qu'il était dans une situation difficile; à présent, il aurait tout donné pour se retrouver à cheval comme avant. Alors qu'il était allongé par terre, la tête bourdonnant de douleur, du coin de l’œil, il vit les autres membres de la Légion se battre et perdre du terrain. Un des garçons de la Légion, qu'il ne reconnut pas, poussa un cri aigu. Thor vit une épée lui percer la poitrine et il s'effondra, mort. Un autre membre de la Légion que Thor ne connaissait pas vint à son aide, tua son attaquant d'un coup de sa lance mais, en même temps, un McCloud l'attaqua par derrière et lui lança un poignard dans le cou. Le garçon cria et tomba de son cheval, mort. Thor se retourna, leva les yeux et vit une demi-douzaine de soldats se précipiter sur lui. L'un d'eux leva une épée et l'abattit vers son visage. Thor leva le bras et la bloqua avec son bouclier. Le vacarme lui résonna dans les oreilles. Cependant, un autre leva le pied et fit tomber le bouclier de Thor de sa main. Un troisième attaquant posa le pied sur le poignet de Thor et le bloqua au sol. Un quatrième attaquant s'avança et leva une lance en se préparant à percer la poitrine de Thor avec. Thor entendit un grand grognement et Krohn sauta sur le soldat, le repoussa et le plaqua au sol. Cependant, un soldat s'avança avec un gourdin et frappa Krohn si violemment que Krohn tomba en glapissant et atterrit sur le dos, inconscient. Un autre soldat s'avança, se tient au-dessus de Thor et leva un trident. Il le regarda d'un air renfrogné et, cette fois-ci, il n'y avait personne pour l'arrêter. Le soldat se prépara à abattre son arme sur le visage de Thor et, alors que Thor était allongé là, plaqué au sol, impuissant, il ne put s'empêcher de se dire que, finalement, son heure était venue. CHAPITRE SEPT Gwen était agenouillée à côté de Godfrey dans la maison oppressante, Illepra à côté d'elle, et elle n'en pouvait plus. Elle écoutait les gémissements de son frère depuis des heures, regardait le visage d'Illepra s'assombrir de plus en plus, et il semblait certain que Godfrey allait mourir. Elle se sentait totalement impuissante à rester assise ici. Elle sentait qu'il fallait qu'elle fasse quelque chose. Peu importe quoi. Elle était ravagée par la culpabilité et l'inquiétude pour Godfrey, mais encore plus pour Thor. Elle ne pouvait se défaire de l'image de Thor en train de charger dans une bataille, piégé par Gareth, sur le point de mourir. Elle sentait qu'il fallait qu'elle aide aussi Thor, d'une façon ou d'une autre. Elle devenait folle à rester assise ici. Gwen se leva soudain et traversa la maison à toute hâte. “Où vas-tu ?” demanda Illepra, la voix éraillée à force de psalmodier des prières. Gwen se tourna vers elle. “Je reviens”, dit-elle. “Il y a une chose qu'il faut que j'essaye.” Elle ouvrit la porte, sortit précipitamment dans le coucher de soleil et ce qu'elle vit la fit cligner des yeux: le ciel était strié de nuances de rouge et de violet et le deuxième soleil flottait comme une balle verte à l'horizon. A leur grand mérite, Akorth et Fulton étaient encore là en train de monter la garde. Ils se levèrent d'un bond et la regardèrent avec préoccupation. “Va-t-il survivre ?” demanda Akorth. “Je ne sais pas”, dit Gwen. “Restez ici. Montez la garde.” “Et où allez-vous ?” demanda Fulton. Une idée lui était venue quand elle avait regardé le ciel rouge sang et senti le mystère qui flottait dans l'air. Il y avait un homme susceptible de pouvoir l'aider. Argon. S'il y avait une personne en laquelle Gwen avait confiance, une personne qui aimait Thor et qui était restée fidèle à son père, une personne qui avait le pouvoir de l'aider d'une façon ou d'une autre, c'était lui. “Il faut que je retrouve quelqu'un de spécial”, dit-elle. Elle se retourna et s'en alla précipitamment. Traversant les plaines à la course, elle se dirigea vers la maison d'Argon. Elle ne s'y n'était pas rendue depuis des années, pas depuis son enfance, mais elle se souvenait qu'il habitait en altitude, sur les plaines rocheuses et désolées. Elle courut sans cesse, reprenant tout juste son souffle alors que le terrain devenait plus désolé, plus venteux, et que l'herbe cédait la place aux galets puis aux cailloux. Le vent hurlait et, à mesure qu'elle avançait, le paysage devenait étrange; elle avait l'impression de marcher à la surface d'une étoile. Elle finit par atteindre la maison d'Argon, essoufflée. Elle frappa à grands coups sur la porte. Il n'y avait nulle part de bouton de porte qu'elle puisse utiliser, mais elle savait que c'était bien là qu'il habitait. “Argon !” hurla-t-elle. “C'est moi! La fille de MacGil! Laissez-moi entrer! Je vous l'ordonne !” Elle frappa sans cesse, mais seul le hurlement du vent lui répondit. Finalement, elle éclata en sanglots, épuisée, se sentant plus impuissante que jamais. Elle se sentait vidée, comme si elle n'avait plus aucun recours. Alors que le soleil se couchait, son rouge sang cédant la place au crépuscule, Gwen se retourna et commença à redescendre la colline. Elle s'essuya les larmes du visage en avançant, en se demandant désespérément où aller ensuite. “S'il vous plaît, père”, dit-elle à voix haute en fermant les yeux. “Donnez-moi un signe. Montrez-moi où aller. Montrez-moi quoi faire. S'il vous plaît, ne laissez pas votre fils mourir aujourd'hui. Et, s'il vous plaît, ne laissez pas mourir Thor. Si vous m'aimez, répondez-moi.” Gwen marchait en silence en écoutant le vent quand, soudain, un éclair de génie la frappa. Le lac. Les Lac des Tristesses. Bien sûr. Le lac était l'endroit où les gens allaient prier pour ceux qui étaient gravement malades. C'était un petit lac immaculé au milieu du Bois Rouge, entouré d'arbres gigantesques qui montaient jusqu'au ciel. On considérait que c'était un lieu saint. Merci, père, pour votre réponse, pensa Gwen. Maintenant, elle sentait qu'il était avec elle, plus que jamais. Elle se mit à courir vers le Bois Rouge, vers le lac qui entendrait sa tristesse. * Gwen était agenouillée sur la rive du Lac des Tristesses, les genoux reposant sur les douces aiguilles de pin rouges qui entouraient l'eau comme un anneau. Elle regarda l'eau calme, l'eau la plus calme qu'elle ait jamais vue et qui reflétait la lune qui se levait. C'était une pleine lune brillante, plus pleine qu'elle ne l'avait jamais vue. Pendant que le deuxième soleil était encore en train de se coucher, la lune se levait et le coucher de soleil et le clair de lune éclairaient tous les deux l'Anneau. Le soleil et la lune se reflétaient ensemble dans le lac, l'un face à l'autre, et elle sentait le caractère sacré de ce moment de la journée. C'était la charnière entre la fin d'un jour et le commencement d'un autre et, à cette heure sacrée et à cet endroit sacré, tout était possible. Agenouillée là, Gwen pleurait et priait de toutes ses forces. Les événements des quelques derniers jours l'avaient submergée et elle laissa tout échapper. Elle pria pour son frère mais encore plus pour Thor. Elle ne pouvait accepter l'idée de les perdre tous les deux cette nuit, de n'avoir plus que Gareth. Elle ne pouvait accepter l'idée qu'on l'envoie épouser un barbare. Elle sentait que sa vie s'effondrait autour d'elle et il lui fallait des réponses. Plus encore, il lui fallait de l'espoir. Dans son royaume, il y avait beaucoup de gens qui priaient le Dieu des Lacs, ou le Dieu des Forêts, ou le Dieu des Montagnes, ou le Dieu du Vent, mais Gwen n'avait jamais cru en aucun d'eux. Comme Thor, elle faisait partie des rares personnes de son royaume qui s'opposait à la croyance commune et suivait le chemin radical de la croyance en un seul Dieu, un seul être qui contrôlait tout l'univers. C'est ce Dieu qu'elle pria. S'il vous plaît, mon Dieu, pria-t-elle. Rendez-moi Thor. Faites qu'il survivre à la guerre. Faites qu'il échappe à son embuscade. S'il vous plaît, faites que Godfrey survivre et, s'il vous plaît, protégez-moi. Empêchez qu'on m'emmène loin d'ici pour me marier à ce sauvage. Je ferai ce que vous voudrez. Donnez-moi seulement un signe. Montrez-moi ce que vous voulez que je fasse. Gwen resta agenouillée là longtemps, n'entendant rien que le hurlement du vent qui se ruait dans les pins immensément grands du Bois Rouge; elle écoutait le doux craquement des branches qui remuaient au-dessus de sa tête en laissant tomber leurs aiguilles dans l'eau. “Fais attention à ce pour quoi tu pries”, dit une voix. Elle tressaillit, se retourna et, à son grand étonnement, vit que quelqu'un se tenait là, près d'elle. Elle aurait eu peur si elle n'avait pas immédiatement reconnu la voix, une voix ancienne, plus ancienne que les arbres, plus ancienne que la terre elle-même, et elle eut chaud au cœur quand elle se rendit compte de qui c'était. Elle se retourna et le vit qui se tenait au-dessus d'elle, vêtu de son blanc manteau à capuche. Ses yeux translucides la transperçaient comme s'ils contemplaient son âme même. Il tenait son bâton, qui luisait dans le coucher de soleil et le clair de lune. Argon. Elle se leva et se tourna vers lui. “Je vous cherchais”, dit-elle. “Je suis allé chez vous. M'avez-vous entendue frapper ?” “J'entends tout”, répondit-il de façon énigmatique. Elle se tut en se posant des questions. Il était impassible. “Dites-moi ce que je dois faire”, dit-elle. “Je ferai n'importe quoi. S'il vous plaît, ne permettez pas que Thor meure. Vous ne pouvez pas permettre qu'il meure !” Gwen s'avança et lui saisit le poignet en le suppliant. Cependant, quand elle le toucha, une chaleur intense lui envahit les mains par l'intermédiaire de son poignet et la brûla. Elle se recula, submergée par cette énergie. Argon soupira, se détourna d'elle et fit plusieurs pas vers le lac. Il resta là et regarda l'eau, les yeux reflétés dans la lumière. Elle s'avança jusqu'à lui et resta silencieuse un temps indéterminé en attendant qu'il soit prêt à parler. “Il n'est pas impossible de changer le destin”, dit-il. “Cependant, celui qui demande à le faire doit payer un prix élevé. Tu veux sauver une vie. C'est une noble tentative. Cependant, tu ne peux pas sauver deux vies. Il faudra que tu choisisses.” Il se tourna vers elle. “Préférerais-tu que Thor survive à cette nuit, ou ton frère? L'un d'eux doit mourir. C'est écrit.” Gwen fut horrifiée par la question. “Vous appelez ça un choix ?” demanda-t-elle. “Si j'en sauve un, je condamne l'autre.” “Non”, répondit-il. “Tous les deux doivent mourir. Je suis désolé mais tel est leur destin.” Gwen avait l'impression qu'on venait de lui plonger un poignard dans l'estomac. Les deux doivent mourir? C'était trop affreux à imaginer. Le destin pouvait-il vraiment être aussi cruel ? “Je ne peux pas en choisir un et condamner l'autre”, dit-elle finalement d'une voix faible. “Mon amour pour Thor est plus fort, bien sûr. Cependant, Godfrey est de ma famille. Je ne peux pas accepter l'idée que l'un meure pour sauver l'autre. Et je ne pense pas qu'ils voudraient ça, ni l'un ni l'autre.” “Dans ce cas, ils mourront tous les deux”, répondit Argon. Gwen se sentit envahie par la panique. “Attendez !” appela-t-elle alors qu'il commençait à se détourner. Il se retourna et la regarda. “Et moi ?” demanda-t-elle. “Si je devais mourir à leur place? Est-il possible qu'ils vivent tous les deux et que je meure ?” Argon la regarda fixement très longtemps, comme s'il contemplait son essence même. “Ton cœur est pur”, dit-il. “Tu es l'enfant MacGil qui a le cœur le plus pur. Ton père a sagement choisi. Oui, assurément …” La voix d'Argon devint inaudible et il continua à la regarder dans les yeux. Gwen se sentit mal à l'aise mais n'osa pas détourner le regard. “Grâce à ton choix, grâce à ton sacrifice de cette nuit”, dit Argon, “le destin t'a entendu. Thor sera sauvé cette nuit et ton frère aussi. Tu vivras, toi aussi. Cependant, il faut qu'un petit morceau de ta vie te soit retiré. Souviens-toi, il y a toujours un prix. Tu mourras partiellement en compensation pour leurs deux vies.” “Qu'est-ce que ça veut dire ?” demanda-t-elle, terrifiée. “Tout a un prix”, répondit-il. “Tu as le choix. Préférerais-tu ne pas payer le prix ?” Gwen se prépara au choc. “Je ferai tout pour Thor”, dit-elle. “Et pour ma famille.” Argon regarda à travers elle comme si elle n'était pas là. “Thor a une immense destinée”, dit Argon. “Cependant, la destinée peut changer. Notre destin est dans nos étoiles. Cependant, il est aussi contrôlé par Dieu. Dieu peut changer le destin. Thor devait mourir cette nuit. Il ne vivra que grâce à toi. Tu paieras ce prix. Et le coût en sera élevé.” Gwen voulait en savoir plus et elle tendit la main vers Argon mais, quand elle le fit, soudain, une lumière éclatante produisit un éclair devant elle et Argon disparut. Gwen se retourna, le chercha de tous les côtés, mais ne le trouva nulle part. Finalement, elle se retourna et regarda le lac, qui était si calme, comme si rien ne s'était passé cette nuit. Elle vit son reflet, et elle avait l'air si distante. Elle était pleine de gratitude et, finalement, d'une sensation de paix. Cependant, elle ne pouvait pas non plus s'empêcher de se sentir terrifiée pour son propre avenir. Elle essaya de ne plus y penser mais, malgré tous ses efforts, elle ne put s'empêcher de se demander: quel prix paierait-elle pour la vie de Thor ? CHAPITRE HUIT Thor était allongé au sol, au milieu du champ de bataille, plaqué par des soldats McCloud, impuissant. Il entendait le fracas de la bataille, les cris des chevaux, des hommes qui mouraient tout autour de lui. Le soleil couchant et la lune qui se levait, une pleine lune, plus pleine que toutes celles qu'il avait jamais vues, furent soudain bloqués par un énorme soldat qui s'avança, leva son trident et s'apprêta à l'abattre. Thor sut que son heure était venue. Thor ferma les yeux et se prépara à mourir. Il ne ressentait pas de peur, seulement du remords. Il voulait vivre plus longtemps; il voulait découvrir qui il était, ce qu'était sa destinée et, surtout, il voulait passer plus de temps avec Gwen. Thor sentit que ce n'était pas juste de mourir comme ça. Pas ici. Pas comme ça. Pas aujourd'hui. Son heure n'était pas encore venue. Il le sentait. Il n'était pas encore prêt. Thor sentit soudain quelque chose s'élever en lui: c'était une violence, une force différente de tout ce qu'il avait jamais connu. Il eut des fourmillements dans tout le corps et une sensation de chaleur. Il sentit une nouvelle sensation le traverser brusquement. De la plante des pieds, elle lui remonta dans les jambes, jusqu'au torse et aux bras, jusqu'à ce que le bout des doigts le brûle carrément en dégageant une énergie qu'il pouvait tout juste comprendre. Thor fut lui-même choqué quand il poussa un rugissement féroce, comme un dragon qui s'élevait des profondeurs de la terre. Thor sentit la force de dix hommes le traverser quand il brisa l'étreinte des soldats et se leva d'un bond. Avant que le soldat ait pu abattre son trident, Thor s'avança, le saisit par son casque et lui donna un coup de tête qui lui fendit le nez en deux; ensuite, il lui donna un tel coup de pied qu'il recula comme un boulet de canon en renversant dix hommes. Thor hurla avec une rage nouvelle. Il saisit un soldat, le leva haut au-dessus de sa tête et le lança dans la foule en renversant une dizaine de soldats comme des quilles. Ensuite, Thor tendit le bras, saisit un fléau d'armes avec une chaîne de trois mètres des mains d'un soldat et le balança au-dessus de sa tête, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il abatte par dizaines tous les soldats dans un rayon de trois mètres et que des cris s’élèvent tout autour de lui. Thor sentit que son pouvoir continuait à déferler et il le laissa prendre le contrôle. Quand plusieurs autres hommes le chargèrent, il leva le bras, tendit une paume et eut la surprise d'y sentir un picotement puis de regarder un frais brouillard en émaner. Ses attaquants s'arrêtèrent soudain, enveloppés dans une pellicule de glace. Ils restèrent sur place, gelés, tels des blocs de glace. Thor tourna les paumes dans toutes les directions et, partout, les hommes gelèrent; on aurait dit que des blocs de glace venaient de tomber partout sur le champ de bataille. Thor se tourna vers ses frères d'armes et vit que plusieurs soldats étaient sur le point de donner des coups mortels à Reece, O’Connor, Elden et les jumeaux. Il leva une paume dans chaque direction et gela les attaquants, sauvant ainsi ses frères d'une mort immédiate. Ils se retournèrent et le regardèrent, les yeux débordants de soulagement et de gratitude. L'armée McCloud commença à remarquer ce qui se passait et essaya d'éviter de s'approcher de Thor. Ils commencèrent à créer un périmètre de sécurité autour de lui, car tous les guerriers avaient peur de s'approcher trop près quand ils voyaient des dizaines de leurs camarades geler sur place sur le champ de bataille. Cependant, on entendit alors un rugissement et un homme s'avança. Il faisait cinq fois la taille des autres, devait mesurer plus de quatre mètres et portait une épée plus grande que toutes celles que Thor avait jamais vu. Thor leva une paume pour le geler mais cela ne fonctionna pas contre cet homme. Il se contenta d'écarter l'énergie comme si c'était un insecte contrariant et continua à charger Thor. Thor commença à se rendre compte que son pouvoir était imparfait; il était surpris et ne comprenait pas pourquoi il n'était pas assez fort pour arrêter cet homme. Le géant atteint Thor en trois longs pas, à une vitesse qui étonna Thor, puis le gifla et l'envoya promener. Thor frappa violemment le sol et, avant qu'il puisse se retourner, le géant était sur lui et le soulevait des deux mains par dessus sa tête. Il le lança et l'armée McCloud poussa un cri de triomphe quand Thor vola six bons mètres en l'air avant d'atterrir et de faire de rudes cabrioles, jusqu'à ce qu'il finisse par s'arrêter. Thor avait l'impression qu'on venait de lui briser toutes les côtes. Thor leva les yeux, vit le géant se précipiter sur lui et, cette fois-ci, il ne restait rien qu'il puisse faire. Son pouvoir, quel qu'il soit, était épuisé. Il ferma les yeux. S'il vous plaît, mon Dieu, aidez-moi. Alors que le géant lui fonçait dessus, Thor commença à entendre un bourdonnement assourdi dans son esprit; il grandit sans cesse et, bientôt, devint un bourdonnement extérieur à son esprit et contenu dans l'univers. Il eut une étrange sensation qu'il n'avait jamais eue auparavant; il commença à se sentir en phase avec le matériau même de l'air, le balancement des arbres, le mouvement des brins d'herbe. Il sentit un grand bourdonnement dans tous ces éléments et, quand il leva la main, il eut l'impression de récolter ce bourdonnement dans tous les coins de l'univers et de le soumettre à sa volonté. Thor ouvrit les yeux, entendit un énorme bourdonnement au-dessus de lui et, surpris, vit un immense essaim d'abeilles apparaître dans le ciel. Elles arrivèrent de tous les coins et, quand il leva les mains, il sentit qu'il les dirigeait. Il ne savait pas comment il le faisait mais savait qu'il le faisait. Thor bougea les mains dans la direction du géant et, quand il le fit, on aurait dit qu'un essaim d'abeilles obscurcissait le ciel, plongeait et recouvrait complètement le géant. Le géant leva les mains et agita les bras, puis hurla. Elles l'enveloppèrent et le piquèrent mille fois jusqu'à ce qu'il tombe à genoux puis visage contre terre, mort. Le sol trembla sous l'impact de son corps. Ensuite, Thor dirigea sa main vers l'armée McCloud, qui, à cheval, regardait fixement la scène, choquée. Ils commencèrent à se retourner pour s'enfuir mais n'eurent pas le temps de réagir. Thor dirigea la paume dans leur direction et l'essaim d'abeilles quitta le géant et commença à attaquer les soldats. L'armée McCloud poussa un cri de peur et, comme un seul homme, les soldats se retournèrent et s'enfuirent, piqués un nombre incalculable de fois par l'essaim. Bientôt, le champ de bataille se vida et ils disparurent aussi vite que possible. Certains d'entre eux ne purent pas s'enfuir à temps et beaucoup de soldats tombèrent, remplissant le champ de bataille de cadavres. Pendant que les survivants continuaient de galoper, l'essaim les poursuivit tout au travers du champ, au loin. Le grand son du bourdonnement se mêlait au tonnerre des sabots des chevaux et aux cris de peur des hommes. Thor était stupéfait: en quelques minutes, le champ de bataille était devenu vide et silencieux. Tout ce qui restait, c'étaient les gémissements des McCloud blessés, amassés en tas. Thor regarda autour de lui et vit ses amis, épuisés et essoufflés; ils semblaient être couverts de quantités de bleus et de blessures légères, mais en bon état. Mis à part, bien sûr, les trois membres de la légion qu'il ne connaissait pas et qui gisaient là, morts. On entendit un grand grondement à l'horizon. Thor se tourna dans l'autre direction et vit l'armée du Roi charger par dessus la colline et foncer vers eux, menée par Kendrick. Ils galopèrent vers eux et, en quelques moments, vinrent s'arrêter devant Thor et ses amis, survivants solitaires de ce champ sanglant. Thor resta sur place, choqué, le regard fixe. Kendrick, Kolk, Brom et les autres descendirent de cheval et marchèrent lentement vers Thor. Ils étaient accompagnés par des dizaines de l'Argent, tous les grands guerriers de l'Armée du Roi. Ils virent que Thor et les autres étaient seuls, victorieux, sur le champ de bataille sanglant criblé des cadavres de centaines de McCloud. Thor vit leurs expressions d'émerveillement, de respect, de stupeur mêlée d'admiration. Il les voyait dans leurs yeux. C'était ce qu'il avait voulu toute sa vie. Il était un héros. CHAPITRE NEUF Erec galopait sur son cheval, fonçant sur la Voie du Sud, chargeant plus vite que jamais, faisant de son mieux pour éviter les trous de la route dans l'obscurité de la nuit. Il n'avait pas arrêté de chevaucher depuis qu'il avait appris que Alistair avait été enlevée, vendue comme esclave et emmenée à Baluster. Il ne pouvait arrêter de se réprimander. Il avait été idiot et naïf de faire confiance à cet aubergiste, de supposer qu'il tiendrait sa promesse, respecterait sa part du marché et lui confierait Alistair après qu'il aurait gagné le tournoi. La parole d'Erec était son honneur, et il supposait que celles des autres était sacrée, elle aussi. C'était une erreur stupide et Alistair en avait payé le prix. Erec avait le cœur brisé en pensant à elle et il éperonna son cheval plus fort. Une dame aussi belle et raffinée, qui avait d'abord subi l'indignation de travailler pour cet aubergiste, puis, ensuite, avait été vendue comme esclave, et qui plus est comme esclave sexuelle. L'idée le rendait furieux et il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il était d'une façon ou d'une autre responsable de cette situation: s'il n'était jamais apparu dans sa vie, n'avait jamais proposé de l'emmener, peut-être l'aubergiste n'aurait-il jamais envisagé une telle chose. Erec chargea toute la nuit, les oreilles constamment remplies du son des sabots de son cheval, ainsi que de sa respiration. Le cheval était complètement épuisé et Erec craignait qu'il s'effondre. Erec était allé directement chez l'aubergiste après le tournoi, ne s'était pas arrêté pour se reposer, et il était tellement épuisé qu'il avait l'impression qu'il pourrait simplement s'effondrer et tomber de son cheval. Cependant, il se força à garder les yeux ouverts et à rester éveillé pendant qu'il chevauchait sous les derniers vestiges de la pleine lune, plein sud vers Baluster. Erec avait entendu parler de Baluster tout au long de sa vie, bien que ce soit un endroit où il ne s'était jamais rendu; selon les rumeurs, cette ville avait la réputation d'être un lieu de jeux d'argent, d'opium, de sexe, de tous les vices imaginables dans le royaume. C'était l'endroit où les insatisfaits, venus des quatre coins de l'Anneau, s'agglutinaient pour exploiter chaque sorte d'activité sordide connue par les hommes. Cet endroit était le contraire de ce qu'Erec était. Il ne jouait jamais d'argent et buvait rarement, car il préférait passer son temps libre à s'entraîner, à perfectionner ses compétences. Il ne comprenait pas le type de personne qui s'adonnait à l'oisiveté et aux bacchanales, comme le faisaient ceux qui fréquentaient Baluster. Aller dans cette ville présageait mal pour lui. Rien de bon ne pourrait en venir. La seule pensée qu'Alistair se trouve dans un tel endroit lui fendait le cœur. Il savait qu'il fallait qu'il la sauve vite et l'emmène loin d'ici avant que des dommages ne surviennent. Quand la lune se coucha dans le ciel, que la route s'élargit et devint mieux fréquentée, Erec eut un premier aperçu de la cité: le nombre infini de torches qui en éclairaient les murs donnait à la cité l'apparence d'un feu de joie nocturne. Erec ne fut pas surpris: on disait que ses habitants étaient debout à toute heure de la nuit. Erec chevaucha plus vite et la cité se rapprocha. Finalement, il passa par dessus un petit pont en bois, avec des torches des deux côtés et une sentinelle qui somnolait à sa base et se leva d'un bond quand Erec passa en coup de vent. “Hé !” lui cria le garde. Cependant, Erec ne ralentit même pas. Si l'homme avait assez de courage pour le poursuivre (chose dont Erec doutait beaucoup), alors, Erec s'assurerait que ce soit la dernière chose qu'il fasse. Erec chargea par la grande entrée ouverte de cette cité qui était disposée en carré, entourée d'anciens murs de pierre bas. Quand il entra, il fonça dans les rues étroites, très lumineuses, toutes bordées de torches. Les bâtiments étaient adjacents, ce qui donnait à la cité une impression d'étroitesse, d'oppression. Les rues étaient absolument bondées. Presque tous les gens avaient l'air ivres, trébuchaient çà et là, criaient fort, se bousculaient les uns les autres. C'était comme une immense fête et un établissement sur deux était une taverne ou une maison de jeux. Erec savait que c'était le bon endroit. Il sentait qu'Alistair était ici, quelque part. Il déglutit avec anxiété, espérant qu'il n'était pas trop tard. Il chevaucha jusqu'à ce qui semblait être une taverne particulièrement grande du centre-ville. Des quantités de gens fourmillaient à l'extérieur et Erec se dit que ce serait un bon endroit pour commencer sa recherche. Erec descendit de cheval et se précipita à l'intérieur. Il se fraya un chemin dans la foule bruyante et ivre à coups de coude et arriva à l'aubergiste, qui se tenait à l'arrière, au milieu de la pièce, notait le nom des gens, encaissait leur argent et leur montrait où se trouvaient les chambres. C'était un gars d'apparence mielleuse qui affichait un sourire hypocrite, suait et se frottait les mains en comptant les pièces de ses clients. Il leva les yeux vers Erec, un sourire artificiel au visage. “Une chambre, monsieur ?” demanda-t-il. “Ou est-ce des femmes que vous voulez ?” Erec secoua la tête et se rapprocha de l'homme pour être entendu en dépit du vacarme. “Je recherche un marchand”, dit Erec. “Un marchand d'esclaves. Il est arrivé de Savaria il y a seulement un jour un deux. Il a apporté de précieuses marchandises. Des marchandises humaines.” L'homme se pourlécha les babines. “Les informations que vous recherchez sont précieuses”, dit l'homme. “Je peux les fournir aussi facilement qu'une chambre.” L'homme tendit la main, frotta les doigts les uns contre les autres et ouvrit la main. Il leva les yeux vers Erec et sourit, la lèvre supérieure en sueur. Erec était dégoûté par cet homme, mais il voulait des informations et ne voulait pas perdre de temps. Par conséquent, il plongea la main dans sa bourse et déposa une grande pièce d'or dans la main de l'homme. L'homme écarquilla les yeux en l'examinant. “L'or du Roi”, observa-t-il, impressionné. Il regarda Erec de la tête aux pieds avec un air de respect et d'émerveillement. “Donc, vous venez directement de la Cour du Roi ?” demanda-t-il. “Assez”, dit Erec. “C'est moi qui pose les questions. Je t'ai payé. Maintenant, dis-moi: où est le marchand ?” L'homme se lécha les lèvres plusieurs fois puis se pencha vers Erec. “L'homme que vous recherchez s'appelle Erbot. Il passe une fois par semaine avec une nouvelle cargaison de prostituées. Il les vend aux enchères au plus offrant. Vous le trouverez probablement dans son repaire. Suivez cette rue jusqu'au bout et vous y trouverez son établissement. Cependant, si la fille que vous cherchez a une valeur quelconque, elle sera probablement déjà partie. Ses prostituées ne durent pas longtemps.” Erec se retourna pour s'en aller mais sentit une main chaude et moite lui saisir le poignet. Il se retourna, surpris de voir l'aubergiste l'attraper. “Si c'est des prostituées que vous cherchez, pourquoi ne pas essayer une des miennes? Elles sont aussi bonnes que les siennes et coûtent deux fois moins.” Erec regarda l'homme avec mépris, dégoûté. S'il avait eu plus de temps, il l'aurait probablement tué, rien que pour débarrasser le monde d'un tel homme, mais il le jaugea et décida qu'il n'en valait pas la peine. Erec se débarrassa de sa main puis se rapprocha de lui. “Touche-moi une fois de plus”, avertit-il, “et tu le regretteras. Maintenant, recule de deux pas avant que je trouve un jolie cible pour cette rapière que j'ai en main.” L'aubergiste baissa les yeux, écarquilla les yeux, terrifié, et recula de plusieurs pas. Erec se retourna et quitta brusquement la salle en poussant et en bousculant les clients hors de son chemin. Il passa brusquement les doubles portes et se retrouva à l'extérieur. Jamais un être humain ne l'avait autant dégoûté. Erec remonta sur son cheval, qui caracolait et s'ébrouait à cause de quelques passants ivres qui le regardaient, sans doute, se dit Erec, pour essayer de le voler. Il se demanda s'ils auraient effectivement essayé de le faire s'il n'était pas revenu, et il pensa qu'il faudrait qu'il attache mieux son cheval au prochain endroit où il irait. Le vice de cette ville l'étonnait. Pourtant, son cheval, Warkfin, était un cheval de guerre endurci et, si quelqu'un essayait de le voler, il piétinerait le voleur à mort. Erec éperonna Warkfin et ils foncèrent dans la rue étroite. Erec faisait de son mieux pour éviter la foule. Il était tard dans la nuit, et pourtant, les rues avaient l'air de plus en plus bondées, pleines de gens de toutes races qui se mélangeaient les uns aux autres. Plusieurs clients ivres lui crièrent dessus quand il passa trop vite à côté d'eux, mais il n'en avait que faire. Il sentait qu'Alistair était proche et ne reculerait devant rien pour la récupérer. La rue aboutit à un mur de pierre et le dernier bâtiment à droite était une taverne penchée, avec des murs d'argile blancs et un toit de chaume, qui semblait avoir connu de plus beaux jours. Vu l'apparence des gens qui entraient et sortaient, Erec sentit que c'était le bon endroit. Erec descendit de cheval, attacha solidement son cheval à un poteau et entra brusquement. Quand il le fit, il s'arrêta sur place, surpris. L'endroit était faiblement éclairé. C'était une grande pièce avec quelques torches vacillantes aux murs. Dans un coin, à l'autre bout, un feu mourait dans la cheminée. Partout, il y avait des tapis sur lesquels des dizaines de femmes étaient allongées, légèrement vêtues, attachées par des cordes épaisses les unes aux autres et aux murs. Elles avaient toutes l'air d'être droguées: Erec sentit l'opium dans l'air et vit qu'on faisait passer une pipe. Quelques hommes bien habillés traversaient la salle en donnant çà et là un coup de pied aux femmes, comme s'ils testaient la marchandise pour décider laquelle ils voulaient acheter. A l'autre bout de la pièce, un homme seul était assis sur une petite chaise de velours rouge. Il portait une robe de soie. Il y avait des femmes enchaînées à sa gauche et à sa droite. Debout derrière lui se trouvaient d'immenses hommes musclés, le visage tout balafré, plus grands et plus larges que Erec lui-même. On aurait dit qu'ils avaient très envie de tuer quelqu'un. Erec observa la scène et comprit exactement ce qui se passait: c'était une maison de passe, ces femmes étaient à louer et l'homme qui était assis dans le coin était le baron, l'homme qui avait enlevé Alistair et qui avait probablement aussi enlevé toutes ces femmes. Erec se rendit compte qu'Alistair pouvait se trouver dans cette pièce à l'instant même. Il passa brusquement à l'action, se rua frénétiquement dans les rangées de femmes et regarda le visage de chacune d'entre elles. Il y avait plusieurs dizaines de femmes dans cette pièce. Certaines étaient inconscientes et la pièce était tellement sombre qu'il était difficile de les identifier rapidement. Il regarda visage après visage, passa de rangée en rangée quand, soudain, une grande main le frappa à la poitrine. “T'as payé ?” demanda une voix bourrue. Erec leva les yeux et vit un homme immense qui se tenait au-dessus de lui en le regardant d'un air renfrogné. “Tu veux regarder les femmes, tu paies”, tonitrua l'homme de sa voix grave. “C'est la règle.” Erec regarda l'homme avec mépris. Il sentit la haine naître en lui et, en moins d'un clin d’œil, il leva le bras et le frappa du revers de la paume, droit à l'œsophage. L'homme eut le souffle coupé, les yeux écarquillés, puis tomba à genoux en se saisissant la gorge. Erec leva le bras et lui envoya un coup de coude aux tempes. L'homme tomba à plat sur le visage. Erec parcourut rapidement les rangées, chercha désespérément Alistair mais elle n'était visible nulle part. Elle n'était pas ici. Le cœur d'Erec battait la chamade. Il se précipita à l'autre bout de la pièce, vers l'homme plus âgé qui était assis dans le coin et surveillait tout. “As-tu trouvé quelque chose à ton goût ?” demanda l'homme. “Une chose sur laquelle tu veux faire une offre ?” “Je recherche une femme”, commença Erec d'un ton glacial en essayant de rester calme, “et je ne le dirai qu'une fois. Elle est grande, a les cheveux longs et blonds et les yeux verts-bleus. Elle s'appelle Alistair. Elle a été enlevée à Savaria il y a seulement un jour ou deux. On m'a dit qu'on l'avait emmenée ici. Est-ce vrai ?” L'homme secoua lentement la tête en souriant. “J'ai bien peur que le bien que tu recherches ait déjà été vendu”, dit l'homme. “Un beau spécimen, cela dit. Tu as vraiment bon goût. Choisis-en une autre et je te ferai une ristourne.” Erec lui lança un regard noir, sentant monter en lui une rage qui dépassait tout ce qu'il avait jamais ressenti. “Qui l'a emmenée ?” grogna Erec. L'homme sourit. “Eh bien, tu as l'air obsédé par cette esclave-là.” “Ce n'est pas une esclave”, grogna Erec. “C'est mon épouse.” L'homme le regarda, étonné, puis, soudain, il pencha la tête en arrière et éclata de rire. “Ton épouse ! Elle est bien bonne, celle-là. Plus maintenant, mon ami. Maintenant, elle est le jouet de quelqu'un d'autre.” A ce moment, le visage de l'aubergiste s'assombrit. Il regarda Erec d'un air mauvais et renfrogné, fit un geste à ses hommes de main et ajouta: “Maintenant, débarrassez-moi de cette ordure.” Les deux hommes musclés s'avancèrent et, avec une vitesse qui surprit Erec, se jetèrent sur lui tous les deux en même temps, tendant les bras pour l'attraper par la poitrine. Cependant, ils ne savaient pas qui ils attaquaient. Erec était plus rapide qu'eux deux. Il fit un pas de côté pour les éviter, saisit le poignet de l'un d'entre eux et le plia en arrière jusqu'à ce que l'homme tombe à plat sur le dos. En même temps, il donna aussi à l'autre un coup de coude dans la gorge. Erec s'avança et écrasa la trachée de l'homme à terre, ce qui lui fit perdre conscience, puis se pencha en avant et donna un coup de tête à l'autre, qui se tenait la gorge, et l’assomma, lui aussi. Les deux hommes étaient allongés par terre, inconscients, et Erec les enjamba pour se diriger vers l'aubergiste, qui tremblait maintenant dans sa chaise, les yeux écarquillés de peur. Erec tendit la main, saisit l'homme par les cheveux, lui tira violemment la tête en arrière et mit un poignard contre la gorge de l'homme. “Dis-moi où elle est et je te laisserai peut-être en vie”, grogna Erec. L'homme bafouilla. “Je vais te le dire mais tu perds ton temps,” répondit-il. “Je l'ai vendue à un seigneur. Il a sa propre troupe de chevaliers et habite dans son propre château. C'est un homme très puissant. Personne ne s'est jamais introduit de force dans son château. Et en plus de ça, il a une armée entière en réserve. C'est un homme très riche. Il a une armée de mercenaires qui fait tout ce qu'il ordonne n'importe quand. Il garde toutes les filles qu'il achète. Jamais tu ne pourras la libérer. Par conséquent, repars d'où tu viens. Elle a disparu.” Erec rapprocha la lame de la gorge de l'homme jusqu'à ce que le sang commence à couler. L'homme poussa un cri. “Où est ce seigneur ?” grogna Erec en perdant patience. “Son château est à l'ouest de la ville. Prends la porte Ouest de la cité et va jusqu'au bout de la route. Tu verras son château. Cependant, c'est une perte de temps. Il a payé cher pour elle, plus que ce qu'elle valait.” Erec en avait assez. Sans attendre, il trancha la gorge à ce proxénète et le tua. Le sang coula partout quand l'homme s'effondra sur son siège, mort. Erec baissa les yeux vers le cadavre, vers les hommes de main inconscients, et se sentit dégoûté par l'endroit tout entier. Il n'arrivait pas à croire qu'il puisse exister. Erec parcourut la pièce et commença à couper les cordes épaisses qui reliaient toutes les femmes, les libérant une à la fois. Plusieurs se levèrent d'un bond et coururent vers la porte. Bientôt, toute la pièce fut libérée et elles se ruèrent toutes vers la porte. Certaines étaient trop droguées pour bouger et d'autres les aidèrent. “Qui que tu sois”, dit une femme à Erec en s'arrêtant à la porte, “sois béni. Et où que tu ailles, puisse Dieu te venir en aide.” Erec apprécia la gratitude et la bénédiction. Avec un sentiment de désespoir, il se dit que, là où il allait, il en aurait besoin. CHAPITRE DIX L'aube se leva et la lumière entra par les petites fenêtres de la maison d'Illepra, éclaira les yeux fermés de Gwendolyn et la réveilla lentement. Le premier soleil, orange doux, la caressa et la réveilla dans le proche silence de l'aube. Elle cligna des yeux plusieurs fois, d'abord désorientée, en se demandant où elle était, puis se souvint. Godfrey. Gwen s'était endormie dans la maison, par terre, sur un lit de paille près du chevet de son frère. Illepra dormait juste à côté de Godfrey et cela avait été une longue nuit pour tous les trois. Godfrey avait gémi tout au long de la nuit, s'était retourné dans tous les sens et Illepra l'avait soigné sans arrêt. Gwen avait été là pour aider de toutes les façons qu'elle avait pu. Elle avait emmené des chiffons humides, les avait essorés et placés sur le front de Godfrey. Elle avait tendu à Illepra les plantes aromatiques et les baumes qu'elle n'avait cessé de demander. La nuit avait eu l'air sans fin; à de nombreuses reprises, Godfrey avait crié et elle avait été sûre qu'il mourait. Plus d'une fois, il avait appelé leur père et ça avait fait frissonner Gwen. Elle sentait la présence de son père, qui planait fortement au-dessus d'eux. Elle ne savait pas si son père voulait que son fils vive ou meure, car leur relation avait toujours été pleine de tension. Gwen avait aussi dormi dans la maison parce qu'elle ne savait pas où aller autrement. Elle ne se serait pas sentie en sécurité si elle était revenue au château, sous le même toit que son frère; elle se sentait en sécurité ici, prise en charge par Illepra, avec Akorth et Fulton qui montaient la garde de l'autre côté de la porte. Elle sentait que personne ne savait où elle était et elle voulait que ça continue. De plus, ces quelques derniers jours, elle s'était rapprochée de Godfrey, avait découvert le frère qu'elle n'avait jamais connu et souffrait à l'idée de le voir mourir. Gwen se leva avec difficulté, se précipita au côté de Godfrey, son cœur battant la chamade, en se demandant s'il était encore en vie. Une partie d'elle-même sentait que, s'il se réveillait ce matin, il survivrait, et que s'il ne se réveillait pas, ce serait terminé. Illepra se réveilla et se précipita vers Godfrey, elle aussi. Elle avait dû s'endormir à un moment de la nuit; Gwen ne pouvait guère lui en vouloir. Elles restèrent toutes les deux agenouillées à côté de Godfrey pendant que la petite maison se remplissait de lumière. Gwen plaça une main sur son poignet et le secoua. Illepra leva le bras et lui plaça une main sur le front. Elle ferma les yeux, respira et, soudain, Godfrey ouvrit grand les yeux. Illepra retira sa main, surprise. Gwen était surprise, elle aussi. Elle ne s'attendait pas à voir Godfrey ouvrir les yeux. Il se tourna et la fixa du regard. “Godfrey ?” demanda-t-elle. Il plissa les yeux, les ferma puis les rouvrit; puis, à la grande surprise de sa sœur, il se dressa lui-même sur un coude et les regarda. “Quelle heure est-il ?” demanda-t-il. “Où suis-je ?” Sa voix avait l'air alerte, saine et Gwen ne s'était jamais sentie aussi soulagée. Elle fit un immense sourire en même temps qu'Illepra. Gwen bondit en avant et le prit dans ses bras, le serra fort contre elle puis se retira. “Tu es en vie !” s'exclama-t-elle. “Bien sûr”, dit-il. “Pourquoi ne le serais-je pas? Qui est cette dame ?” demanda-t-il en se tournant vers Illepra. “La dame qui t'a sauvé la vie”, répondit Gwen. “Sauvé la vie ?” Illepra baissa les yeux vers le sol. “Je n'ai fait qu'aider un petit peu”, dit-elle humblement. “Que m'est-il arrivé ?” demanda-t-il à Gwen, frénétique. “Tout ce dont je me souviens, c'est que je buvais à la taverne, puis …” “Vous avez été empoisonné”, dit Illepra. “Par un poison très rare et très fort. Cela faisait des années que je ne l'avais pas vu. Vous avez de la chance d'être en vie. En fait, vous êtes le seul que j'aie jamais vu survivre à ce poison. Quelqu'un a dû veiller sur vous.” En entendant ses paroles, Gwen sut qu'elle avait raison et pensa immédiatement à son père. Le soleil rentrait en stries par les fenêtres et elle sentait que son père était avec eux. Il avait voulu que Godfrey vive. “Ça t'apprendra”, dit Gwen avec un sourire. “Tu avais promis de renoncer à la bière. Or, regarde ce qui t'est arrivé.” Il se tourna vers elle et lui sourit; elle vit la vie revenir dans ses joues et se sentit inondée de soulagement. Godfrey était de retour. “Tu m'as sauvé la vie”, lui dit-il sérieusement. Il se tourna vers Illepra. “Vous m'avez toutes les deux sauvé la vie”, ajouta-t-il. “Je ne sais pas comment je pourrai jamais vous remercier.” Quand il regarda Illepra, Gwen remarqua quelque chose. Dans son regard, il y avait plus que de la gratitude. Elle se tourna, regarda Illepra, remarqua qu'elle rougissait en regardant par terre et se rendit compte qu'ils s'appréciaient l'un l'autre. Illepra se détourna rapidement et traversa la pièce, leur tournant le dos, s'occupant de la préparation d'une potion. Godfrey se retourna vers Gwen. “Gareth ?” demanda-t-il, soudain grave. Gwen lui répondit d'un hochement de tête en comprenant ce qu'il demandait. “Tu as de la chance de ne pas être mort”, dit-elle. “Firth l'est, lui.” “Firth ?” répondit Godfrey en haussant la voix, surpris. “Mort? Mais comment ?” “Il l'a fait pendre”, dit-elle. “Tu étais supposé être le prochain sur la liste.” “Et toi ?” demanda Godfrey. Gwen haussa les épaules. “Il prévoit de me donner en mariage. Il m'a vendue aux Nevaruns. Apparemment, ils vont venir me chercher.” Godfrey se redressa, indigné. “Jamais je ne le permettrai !” s'exclama-t-il. “Moi non plus”, répondit-elle. “Je trouverai un moyen.” “Mais sans Firth, nous n'avons aucune preuve”, dit-il. “Nous n'avons aucun moyen de le renverser. Gareth sera libre.” “Nous trouverons un moyen”, répondit-elle. “Nous trouverons – ” Soudain, la porte s'ouvrit, la maison se remplit de lumière et Akorth et Fulton rentrèrent. “Milady – ” commença Akorth, puis se tourna quand il vit Godfrey. “Fils de pute !” cria Akorth à Godfrey, ravi. “Je le savais! Tu as berné à peu près tout le monde dans ta vie: je savais que tu bernerais aussi la mort !” “Je savais bien qu'une chope de bière ne pourrait jamais te tuer !” ajouta Fulton. Akorth et Fulton accoururent, Godfrey se leva du lit d'un bond et ils se serrèrent tous les uns contre les autres. Ensuite, Akorth se tourna vers Gwen, sérieux. “Milady, je suis désolé de vous déranger mais nous avons repéré un contingent de soldats à l'horizon. Ils se précipitent vers nous à l'instant même.” Gwen le regarda avec inquiétude puis courut dehors, suivie par tous les autres. Elle baissa la tête puis plissa les yeux dans la forte lumière du soleil. Le groupe se tint dehors. Gwen regarda l'horizon et vit un petit groupe de l'Argent se diriger vers la maison. Une demi-douzaine hommes chargeait à toute vitesse et il n'y avait pas le moindre doute qu'ils se dirigeaient vers eux. Godfrey baissa le bras pour tirer son épée mais Gwen lui posa une main rassurante sur le poignet. “Ce ne sont pas les hommes de Gareth, mais ceux de Kendrick. Je suis sûre qu'ils viennent en paix.” Les soldats les rejoignirent et, sans s'arrêter, descendirent de cheval et s'agenouillèrent devant Gwendolyn. “Milady”, dit le soldat de tête. “Nous vous apportons de grandes nouvelles. Nous avons repoussé les McCloud! Votre frère Kendrick est en sécurité et il m'a demandé de vous envoyer un message: Thor va bien.” Quand elle entendit les nouvelles, Gwen éclata en sanglots, submergée de gratitude et de soulagement. Elle s'avança et serra Godfrey contre elle. Godfrey la serra lui aussi. Elle avait l'impression qu'on venait de lui rendre la vie. “Ils reviendront tous aujourd'hui”, poursuivit le messager, “et il y aura une grande célébration à la Cour du Roi !” “De grandes nouvelles, en vérité !” s'exclama Gwen. “Milady”, dit une autre voix grave, et Gwen vit un seigneur, guerrier renommé, Srog, qui portait le rouge distinctif de l'ouest. C'était un homme qu'elle connaissait depuis sa jeunesse. Il avait été proche de son père. Il était agenouillé devant elle et elle eut honte. “S'il vous plaît, monsieur”, dit-elle, “ne vous agenouillez pas devant moi.” C'était un homme célèbre, un puissant seigneur qui avait des milliers de soldats sous ses ordres et qui gouvernait sa propre cité, Silesia, la forteresse de l'Ouest, une cité hors du commun, bâtie à l'intérieur d'une falaise au bord du Canyon. Cette cité était presque impénétrable et Srog était un des rares hommes en lesquels son père avait eu confiance. “Je suis venu ici avec ces hommes parce que j'entends dire que de grands changements se préparent à la Cour du Roi”, dit-il d'un air entendu. “Le trône est instable. Il faut nommer un nouveau souverain, un vrai souverain avec de l'autorité, à la place du roi actuel. J'ai entendu dire que votre père désirait que vous soyez reine. Votre père était comme un frère pour moi et sa parole est la mienne. Si tel est son souhait, alors, c'est aussi le mien. Je suis venu vous dire que, si vous montez sur le trône, alors, mes hommes vous feront allégeance. Je vous conseillerais d'agir vite. Les événements d'aujourd'hui ont prouvé que la Cour du Roi a besoin d'un nouveau souverain.” Gwen resta sur place, désemparée, sans savoir comment réagir. Elle se sentait profondément émue, et fière, mais elle se sentait aussi accablée, dépassée. “Je vous remercie, monsieur”, dit-elle. “Je suis reconnaissante pour vos paroles et pour votre offre. Je vais sérieusement y réfléchir. Pour l'instant, je souhaite seulement accueillir mon frère et Thor.” Srog baissa la tête et un cor sonna à l'horizon. Gwen leva les yeux et aperçut déjà un nuage de poussière: une grande armée arrivait. Elle leva une main pour bloquer le soleil et eut chaud au cœur. Même d'ici, elle sentait qui c'était. C'était l'Argent, les hommes du Roi. Et Thor chevauchait à leur tête. CHAPITRE ONZE Thor chevauchait avec l'armée. Des milliers de soldats rentraient ensemble à la Cour du Roi et il se sentait victorieux. Il avait encore peine à comprendre ce qui s'était passé. Il était fier de ce qu'il avait fait, fier de ne pas avoir cédé à la peur, d'être resté affronter ces guerriers quand la bataille avait l'air d'être perdue. Et il était choqué d'avoir survécu d'une façon ou d'une autre. Toute la bataille avait eu l'air surréaliste et il était extrêmement heureux d'avoir pu invoquer ses pouvoirs. Cela dit, il était aussi confus, puisque ses pouvoirs ne fonctionnaient pas toujours. Il ne les comprenait pas et, pire encore, il ne savait pas d'où ils venaient ou comment les invoquer. Cela lui apprenait plus que jamais qu'il fallait qu'il apprenne aussi à se fier à ses compétences humaines, à être le meilleur combattant, le meilleur guerrier qu'il puisse être. Il commençait à comprendre que, pour être le meilleur guerrier qu'il puisse être, il avait besoin des deux versants de lui-même, du combattant et du sorcier, si c'était bien ce qu'il était. Ils chevauchèrent toute la nuit pour revenir à la Cour du Roi et Thor était maintenant plus qu'épuisé, mais aussi euphorique. Le premier soleil se levait à l'horizon, la grande étendue du ciel s'ouvrait devant lui en nuances de jaune et de rose et il avait l'impression de voir le monde pour la première fois. Il ne s'était jamais senti aussi en vie. Il était entouré de ses amis, Reece, O’Connor, Elden et les jumeaux, de Kendrick, Kolk, et Brom et de centaines de membres de la Légion, de l'Argent et de l'armée du Roi. Cependant, au lieu d'être à la périphérie de tout cela, maintenant, il chevauchait au centre et ils l'accueillaient tous comme un des leurs. En effet, ils le regardaient tous différemment depuis la bataille. Maintenant, il ne voyait plus seulement de l'admiration dans les yeux de ses compagnons de la Légion, mais aussi dans les yeux des vrais guerriers endurcis. Il avait affronté toute l'armée McCloud tout seul et inversé le cours de la guerre. Thor était simplement heureux de n'avoir laissé tomber aucun de ses frères de la Légion. Il était heureux que ses amis en aient réchappé sans véritables blessures, et il ressentait du regret pour ceux qui étaient morts dans la bataille. Il ne les connaissait pas mais il aurait voulu pouvoir les sauver, eux aussi. Cela avait été une bataille sanglante et féroce et, à l'instant même, alors que Thor chevauchait, quand il clignait des yeux, il voyait dans sa tête des images du combat, des différentes armes et guerriers qui s'étaient attaqués à lui. Les McCloud étaient féroces et il avait eu de la chance. Qui savait s'il en aurait autant s'ils se rencontraient à nouveau. Qui savait s'il serait à nouveau capable d'invoquer ces pouvoirs. Il ne savait pas s'ils reviendraient un jour. Il avait besoin de réponses et il avait besoin de trouver sa mère. Il avait besoin de savoir qui il était vraiment. Il avait besoin de trouver Argon. Krohn gémit derrière lui. Thor se pencha en arrière et lui caressa la tête pendant que Krohn lui léchait la main. Thor était soulagé que Krohn aille bien. Thor l'avait emporté du champ de bataille et l'avait attaché derrière lui, à l'arrière de son cheval; Krohn avait l'air capable de marcher mais Thor voulait qu'il se repose et récupère pour le long voyage de retour. C'était un coup violent qu'avait reçu Krohn et il semblait à Thor qu'il avait peut-être une côte cassée. Thor ne pouvait pas vraiment exprimer sa gratitude à Krohn qui, pour lui, était plus un frère qu'un animal et lui avait sauvé la vie plus d'une fois. Quand ils passèrent par dessus une colline et que la vue du royaume s'étendit devant eux, ils aperçurent la cité tentaculaire et glorieuse de la Cour du Roi, avec des dizaines de tours et de flèches, avec ses anciens murs de pierre et son pont-levis massif, avec ses portes cintrées, ses centaines de soldats qui montaient la garde sur les parapets et sur la route, entourée de terres agricoles vallonnées et, bien sûr, avec le Château du Roi au centre. Thor pensa immédiatement à Gwen. Elle l'avait soutenu au cours de cette bataille; elle lui avait donné lui une raison et un but de vie. En se souvenant qu'on lui avait tendu un piège là-bas, qu'on lui avait tendu une embuscade, soudain, Thor craignit aussi pour le destin de Gwendolyn. Il espéra qu'elle allait bien, que les forces, quelles qu'elles soient, qui avaient organisé sa trahison l'avaient laissée indemne. Thor entendit des acclamations lointaines, vit quelque chose briller dans la lumière et, alors qu'il plissait les yeux au sommet de la colline, il se rendit compte qu'une grande foule se formait à l'horizon, devant la Cour du Roi, et bordait la route en agitant des drapeaux. Les gens arrivaient en grand nombre pour les accueillir. Quelqu'un sonna du cor et Thor se rendit compte qu'on était en train de les accueillir chez eux. Pour la première fois de sa vie, il n'eut pas l'impression d'être un marginal. “Ces cors résonnent pour toi”, dit Reece, qui chevauchait à côté de lui et lui tapota le dos en le regardant avec un nouveau respect. “Tu es le champion de cette bataille. Tu es le héros du peuple, maintenant.” “Imagine qu'un seul d'entre nous, un simple membre de la Légion, a mis toute l'Armée McCloud en déroute”, ajouta O’Connor avec fierté. “Tu fais grand honneur à toute la Légion”, dit Elden. “Maintenant, ils devront tous nous prendre beaucoup plus au sérieux.” “Sans oublier que tu nous as tous sauvé la vie”, ajouta Conval. Thor haussa les épaules, plein de fierté, mais refusant aussi que tout ça lui monte à la tête. Il savait qu'il était humain, fragile, vulnérable comme n'importe lequel d'entre eux, et que la bataille aurait pu se finir par une victoire des McCloud. “J'ai seulement fait ce qu'on m'a appris à faire”, répondit Thor. “Ce qu'on nous a tous appris à faire. Je ne vaux pas plus que n'importe qui d'autre. J'ai seulement eu de la chance aujourd'hui.” “Je dirais que c'était plus que de la chance”, répondit Reece. Ils continuèrent tous à petit trot sur la route principale qui menait à la Cour du Roi et, alors qu'ils le faisaient, la route commença à se remplir de gens qui venaient en masse de la campagne en les acclamant et en agitant les bannières bleu royal et jaunes des MacGil. Thor se rendit compte que cet accueil était en train de se transformer en véritable parade. Toute la cour était sortie pour leur faire la fête et il voyait le soulagement et la joie sur leurs visages. Il comprenait pourquoi: si l'armée McCloud s'était encore rapprochée, ils auraient pu détruire tout ça. Thor chevaucha avec les autres dans la foule, passa le pont-levis en bois, les sabots de leurs chevaux résonnant sur le bois. Ils passèrent la porte cintrée en pierre, par le passage souterrain, où le ciel s'assombrit, puis ressortirent de l'autre côté, dans la Cour du Roi, où les masses les acclamèrent. Ils agitaient des drapeaux et lançaient des friandises, et un orchestre de musiciens se mit à jouer à coups de cymbales et de tambours pendant que les gens se mettaient à danser dans les rues. Comme la foule devenait trop dense pour continuer d'avancer à cheval, Thor descendit avec les autres, tendit le bras et aida Krohn à descendre de cheval. Il le regarda avec attention boiter puis marcher; il avait l'air capable de marcher, à présent, et Thor se sentit soulagé. Krohn se retourna et lui lécha la main plusieurs fois. Leur groupe traversa la Place du Roi et Thor fut serré et pris dans les bras de gens qu'il ne connaissait pas de tous les côtés. “Tu nous as sauvés !” cria un homme plus âgé. “Tu as libéré notre royaume !” Thor voulait répondre mais ne le pouvait pas car sa voix était étouffée par le vacarme de centaines de gens qui les acclamaient et criaient tout autour d'eux et de la musique qui jouait de plus en plus fort. Bientôt, on fit rouler des tonneaux de bière sur le terrain et les gens se mirent soudain à boire, chanter et rire. Cependant, Thor n'avait qu'une idée en tête: Gwendolyn. Il fallait qu'il la voie. Il examina tous les visages, cherchant désespérément à l'apercevoir, sûr qu'elle serait ici, mais il n'arrivait pas à la trouver, d'où sa déception. Puis il sentit qu'on lui tapotait l'épaule. “Je crois que la femme que tu cherches est par là”, dit Reece en le retournant et en montrant du doigt l'autre direction. Thor se retourna et ses yeux s'illuminèrent. Gwendolyn marchait rapidement vers lui avec un immense sourire de soulagement. On aurait dit qu'elle n'avait pas fermé l’œil de la nuit. Elle avait l'air plus belle que jamais. Elle se précipita vers lui et se jeta dans ses bras. Elle bondit et le serra contre elle et il en fit autant, la serra fort et le fit virevolter dans la foule. Accrochée à lui, elle ne lâchait pas et il sentait ses larmes couler dans son cou. Il sentait son amour et le lui renvoyait. “Grâce à Dieu, tu es en vie”, dit-elle, ravie. “Je n'ai pensé qu'à toi”, lui répondit Thor en la serrant fort. Alors qu'il la tenait dans ses bras, tout avait encore l'air de bien aller dans le monde. Lentement, il la lâcha. Elle le regarda fixement, ils se penchèrent et s'embrassèrent. Le baiser dura longtemps, pendant que les masses tourbillonnaient tout autour eux. “Gwendolyn !” appela Reece, ravi. Elle se retourna et le prit dans ses bras, puis Godfrey s'avança et prit Thor dans ses bras, puis son frère Reece. C'était une grande réunion de famille et, d'une façon ou d'une autre, Thor avait la sensation d'en faire partie, comme s'ils étaient déjà tous sa famille. Ils étaient tous unis par leur amour pour MacGil et par leur haine pour Gareth. Krohn s'avança et sauta contre Gwendolyn. Elle se pencha avec un rire et le serra alors qu'il lui léchait le visage. “Tu grandis à chaque jour qui passe !” s'exclama-t-elle. “Comment pourrais-je te remercier pour avoir protégé Thor ?” Krohn bondissait sans cesse contre elle, jusqu'à ce que, finalement, elle rie et soit obligée de le calmer en lui tapotant le dos. “Partons d'ici”, dit Gwen à Thor, poussée de tous les côtés par les masses abondantes. Elle tendit le bras et lui prit la main. Thor tendit le bras, lui prit la main et allait la suivre quand, soudain, plusieurs guerriers de l'Argent arrivèrent derrière Thor, le soulevèrent haut au-dessus de leur tête puis le placèrent sur leurs épaules. Quand Thor s'éleva en l'air, un grand cri vint de la foule. “THORGRIN !” acclama la foule. On fit tourner Thor dans tous les sens et quelqu'un lui plaça une chope de bière dans la main. Il se pencha en arrière et but, et la foule l'acclama follement. Thor fut rudement ramené à terre et il trébucha en riant, alors que la foule le serrait contre elle. “Nous allons maintenant tout droit au festin du vainqueur”, dit un guerrier, un membre de l'Argent que Thor ne connaissait pas et qui lui donna une claque sur le dos d'une main solide. “C'est un festin réservé aux guerriers. Aux hommes. Tu viens avec nous. Tu auras ta place réservée. Et toi et toi”, dit-il en se tournant vers Reece, O’Connor et les amis de Thor. “Vous êtes des hommes, maintenant, et vous venez avec nous.” La foule les acclama quand ils furent tous saisis par des membres de l'Argent et entraînés au loin. Thor se dégagea à la dernière seconde et se tourna vers Gwen. Il se sentait coupable et ne voulait pas la laisser. “Va avec eux”, dit-elle avec abnégation. “Il est important que tu le fasses. Fais la fête avec tes frères. Célèbre la victoire avec eux. C'est une tradition de l'Argent. Tu ne peux pas la rater. Plus tard, ce soir, retrouve-moi à la porte de derrière de la Salle des Armes. A ce moment-là, nous serons ensemble.” Thor se pencha et l'embrassa une dernière fois en la retenant aussi longtemps que possible, jusqu'à ce qu'il soit entraîné par ses compagnons de guerre. “Je t'aime”, lui dit-elle. “Je t'aime moi aussi”, répondit-il, le pensant plus qu'elle ne le saurait jamais. Tout ce à quoi il pouvait penser alors qu'on l'entraînait et qu'il regardait ces beaux yeux qui débordaient d'amour pour lui, c'était qu'il voulait plus que tout au monde la demander en mariage, qu'elle devienne sienne pour toujours. Ce n'était pas le bon moment mais, bientôt, il se dit qu'il le ferait. Peut-être même ce soir. CHAPITRE DOUZE Gareth se tenait dans sa chambre. Par la fenêtre, il regardait la lumière de l'aube se lever sur la Cour du Roi, les masses se rassembler en dessous, et il se sentait écœuré. A l'horizon se trouvait sa pire crainte, l'image même de ce qu'il redoutait le plus: l'armée du roi qui revenait victorieuse et triomphante de sa confrontation avec les McCloud. Kendrick et Thor chevauchaient à sa tête, libres, en vie et en héros. Ses espions l'avaient déjà informé de tout ce qui s'était passé, lui avaient dit que Thor avait survécu à l'embuscade, qu'il était en vie et se portait bien. Maintenant, ces hommes étaient tous enhardis et retournaient à la Cour du Roi plus forts qu'avant. Tous ses plans avaient complètement fonctionné de travers et lui laissaient un creux à l'estomac. Il sentait que le royaume se refermait sur lui. Gareth entendit un craquement dans sa chambre. Il se retourna et ferma rapidement les yeux devant ce qui le confrontait, frappé de terreur. “Ouvre les yeux, mon fils !” dit la voix tonitruante. Tremblant, Gareth ouvrit les yeux et fut atterré de voir le cadavre en décomposition de son père qui se tenait là, une couronne rouillée sur la tête, un sceptre rouillé à la main. Il le fixait comme pour le réprimander, comme il l'avait fait dans la vie. “Le sang appelle le sang”, proclama son père. “Je te hais !” cria Gareth. “Je TE HAIS !” répéta-t-il, puis sortit le poignard de sa ceinture et fonça sur son père. Quand il l'atteint, il le taillada mais ne rencontra que de l'air et trébucha dans la pièce. Gareth se retourna mais l'apparition avait disparu. Il était seul dans la chambre. Il avait été seul tout ce temps-là. Perdait-il la tête ? Gareth courut à l'autre bout de la chambre, fouilla dans son armoire à vêtements et en sortit sa pipe à opium en tremblant des mains; il l'alluma rapidement et inhala profondément à plusieurs reprises. Il sentit la drogue lui inonder le système nerveux, se sentit momentanément perdu sous l'effet de la drogue. Il fumait de plus en plus d'opium, ces derniers jours. Cela semblait être la seule chose qui l'aide à chasser l'image de son père. Habiter au château tourmentait Gareth et il commençait à se demander si le fantôme de son père était piégé dans ces murs et s'il fallait qu'il déménage sa cour quelque part ailleurs. Il ferait raser ce bâtiment, de toute façon, ce lieu qui conservait tous les souvenirs d'une enfance qu'il avait détestée. Gareth se retourna vers la fenêtre, couvert d'une sueur froide, et s'essuya le front du revers de la main. Il regarda dehors. L'armée approchait et Thor était visible même d'ici alors que ces imbéciles de masses se ruaient vers lui comme vers un héros. Cela rendait Gareth livide, le faisait brûler de jalousie. Tous les plans qu'il avait mis en action avaient échoué: Kendrick était libre, Thor était en vie et même Godfrey avait d'une façon ou d'une autre réussi à échapper à une dose de poison qui aurait suffi à tuer un cheval. Cependant, ses autres plans avaient fonctionné: au moins, Firth était mort et il ne restait aucun témoin pour prouver qu'il avait tué son père. Gareth inspira profondément, soulagé, et comprit que la situation n'était pas aussi grave qu'elle en avait l'air. Après tout, le convoi de Nevaruns venait encore emporter Gwendolyn, l'entraîner vers quelque horrible coin de l'Anneau et la marier de force. Il sourit en y pensant et commença à se sentir mieux. Oui, au moins, il serait bientôt débarrassé d'elle. Gareth avait le temps. Il trouverait d'autres moyens de s'occuper de Kendrick, de Thor et de Godfrey. Il avait des quantités d'idées pour se débarrasser d'eux, et il avait tout le temps et tout le pouvoir du monde pour faire en sorte que ça arrive. Oui, ils avaient gagné cette bataille mais ils ne gagneraient pas la guerre. Gareth entendit un autre gémissement, se retourna et ne vit rien dans sa chambre. Il fallait qu'il sorte d'ici. Il n'en pouvait plus. Il se retourna et sortit furieusement de la pièce. La porte s'ouvrit avant qu'il l'atteigne, car ses serviteurs faisaient attention à anticiper tous ses mouvements. Gareth se mit rapidement le manteau et la couronne de son père, puis prit son sceptre et parcourut le hall. Il tourna dans les couloirs jusqu'à atteindre sa salle à manger personnelle, une pièce en pierre décorée avec un haut plafond cintré et des vitraux, éclairée par la lumière de début de matinée. Deux serviteurs se tenaient à la porte ouverte et attendaient. Un autre se tenait et attendait derrière le bout de la table. C'était une longue table de banquet de quinze mètres de long avec des dizaines de chaises alignées de chaque côté; le serviteur tira la chaise pour Gareth quand il approcha, un ancienne chaise en chêne sur laquelle son père s'était assis une quantité innombrable de fois. Gareth s'assit et se rendit compte à quel point il détestait cette pièce. Il se souvenait qu'il avait été forcé d'y être quand il était enfant, que toute sa famille était à table et qu'il subissait les reproches de son père et de sa mère. Maintenant, la pièce dégageait une profonde solitude. Il n'y avait que lui, ni ses frères ni ses sœurs, ni ses parents ni ses amis. Pas même ses conseillers. Au cours des jours précédents, il avait réussi à s'aliéner tout le monde et, maintenant, il dînait seul. De toute façon, il préférait que ce soit comme ça. Trop de fois, il avait vu le fantôme de son père dans cette pièce et cela l'avait embarrassé de pousser un cri devant les autres. Gareth baissa le bras, goûta sa soupe matinale puis, soudain, claqua sa cuillère d'argent sur l'assiette. “La soupe n'est pas assez chaude !” hurla-t-il. Elle était chaude, mais pas brûlante comme il l'aimait, et Gareth refusait d'accepter une erreur de plus dans son entourage. Un serviteur accourut. “Je suis désolé, mon seigneur”, dit le serviteur en baissant la tête et en se précipitant pour l'emporter. Cependant, Gareth prit l'assiette et lança le liquide chaud au visage du serviteur. Le serviteur se couvrit les yeux et cria, ébouillanté par le liquide. Ensuite, Gareth prit l'assiette, la souleva haut au-dessus de sa tête et la brisa sur la tête du serviteur. Le serviteur cria en saisissant son cuir chevelu sanglant. “Emmenez-le !” cria Gareth aux autres serviteurs. Ils se regardèrent les uns les autres avec prudence puis obéirent à contrecœur. “Emmenez-le au cachot !” dit Gareth. Quand Gareth se rassit en tremblant, la pièce ne contenait plus qu'un serviteur, qui marcha humblement vers Gareth. “Mon seigneur”, dit-il, nerveux. Gareth le regarda, bouillonnant de rage. Quand il regarda, Gareth vit son père qui, assis tout droit à la table à quelques chaises de distance, le regardait et lui adressait un sourire mauvais. Gareth essaya de détourner le regard. “Le Seigneur que vous avez convoqué est venu vous voir”, dit le serviteur. “Le Seigneur Kultin, de la province d'Essen. Il attend dehors.” Gareth cligna des yeux plusieurs fois, puis il commença à comprendre ce que son serviteur disait. Le Seigneur Kultin. Oui, maintenant, il se souvenait. “Faites-le entrer tout de suite”, ordonna Gareth. Le serviteur s'inclina et sortit de la pièce en courant. Quand il ouvrit la porte, un guerrier énorme et féroce, aux longs cheveux noirs, aux yeux noirs froids et à la longue barbe noire entra fièrement. Il portait une armure complète et un manteau, ainsi que deux longues épées, une de chaque côté de sa ceinture, et il gardait les mains sur les deux, comme s'il était prêt à de défendre, ou à attaquer, à n'importe quel moment. Il avait l'air d'être lui-même enragé, mais Gareth savait qu'il ne l'était pas. Le Seigneur Kultin avait toujours eu cette apparence depuis l'époque de son père. Kultin avança fièrement jusqu'à Gareth, se tint au-dessus de lui et Gareth lui montra un siège vacant. “Asseyez-vous”, dit Gareth. “Je resterai debout”, répondit sèchement Kultin. Kultin regardait Gareth d'un air renfrogné. Gareth entendait la force dans sa voix et savait que ce Seigneur n'était pas comme les autres. Il était féroce, assoiffé de sang, prêt à tuer n'importe qui et à détruire n'importe quoi à la moindre remarque. C'était exactement le type d'homme dont Gareth voulait s'entourer. Gareth sourit, content pour la première fois de la journée. “Vous savez pourquoi je vous ai convoqué ?” demanda Gareth. “Ça se devine”, répondit Kultin, laconique. “J'ai décidé de vous élever”, dit Gareth. “Vous serez élevés même au-dessus des Hommes du Roi, même au-dessus de l'Argent. Désormais, vous serez ma garde personnelle. L’Élite du Roi. Vous et vos cinq cent guerriers, vous aurez droit à la meilleure viande, aux meilleurs logements et à la vénérable Salle de l'Argent. Ce qu'il a de meilleur.” Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/morgan-rice/un-cri-d-honneur/?lfrom=334617187) на ЛитРес. 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